Mercredi 1 août 2012 3 01 /08 /Août /2012 16:00

Dans les cercles d’initiés, chez les gens sérieux du vin, ceux qui savent le goûter, le commenter, même le noter, tenir chronique sur les mérites comparés d’un Palette ou d’un château Grillet, il est aussi de bon ton d’affirmer que la convivialité, la bonne humeur, même la fête, ont le vin pour meilleur allié. Moi je veux bien mais franchement le geste ne suit pas toujours la parole et, trop souvent, comme dirait ma Prof’ de lettres d’hier, qu’avait la langue bien pendue, on est nombreux à s’emmerder. Franchement ce n’est pas joyeux, joyeux. Que sont devenues les chansons à boire, les chansons lestes, la bonne gaudriole ?


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Disparues, enterrées sous les discours des adeptes de ceci ou de cela, les controverses sur le ceci ou le cela, les exécrations de celui-ci ou de celui-là, le politiquement correct qui n’est pas très friand des dénominations simples comme : buveur, ça n’est pas très convenable, ça sent trop le pochtron, le gars ou la fille, c’est pire pour les filles, un peu pompette qui se libère, rigole, s’amuse se sent pousser des ailes. J’ai parfois le sentiment que deux blocs irréductibles se forment : une nouvelle génération qui se shoote aux boissons fortes pour atteindre la limite, parfois même la rupture et toute une confrérie de buveurs tristes qui se prennent le chou, qui nous prennent le nôtre et qui nous font sombrer dans un ennui profond.


Bien sûr je force à dessein le trait et je ne suis pas nostalgique des chansons grivoises, des grosse plaisanteries salaces, des beuveries, mais je revendique haut et fort le droit au rire, à la franche rigolade, à la légèreté, à cette forme d’ivresse qui fait qu’on envie de danser même si on n’est pas le roi du tango ou un as du rock and roll. Dans mes souvenirs d’enfant, les mariages, qui duraient parfois trois jours, alliaient ce sens de la fête, de la danse et, pour les hommes, à la cave, se raconter des histoires, discuter, chanter. Personne ne parlait de vin,  sans doute n’était-ce pas des nectars prestigieux mais qu’importe, ce qui comptait c’est que le vin déliait les langues, égaillait les cœurs. Alors je suis dans cette tradition : je parle de tout, je ne m’interdit rien.


En parlant de tout je parle toujours du vin et surtout je m’adresse à un public bien plus large que le cercle étroit des amateurs de vin. En 3000 chroniques, et avec lectorat qui, en plein mois de juillet, va avoisiner la consommation de 40 000 pages, je poursuis sans me soucier de ceux qui ont le vin triste, à travailler à l’extension du domaine du vin. Alors, en ce mois d’août, je lâche la bride, vous ne me voyez pas gloser sur les mérites comparés du bouchage liège et du bouchage à vis. Sur les grands sujets qui font débat je m’enorgueillis d’avoir été souvent à l’avant-garde, alors de grâce qu’on ne vienne pas me chercher des poux dans la tête parce que je provoque une chroniqueuse à la plume bien pendue qui assimile la plaisir à la technique : ça ne vous rappelle rien cette façon de faire. C’est du genre les 10 conseils pour…


Le Taulier que je suis devenu mène sa barque comme bon lui semble, plutôt joyeusement, préférant mettre les rieurs de son côté plutôt que de sacrifier à la dictature du sujet dit sérieux. Je n’ai jamais eu le vin triste et je n’ai pas l’intention de déroger à ma ligne de conduite. Toute une nouvelle génération de vignerons, depuis une petite dizaine d’années, fait des vins joyeux, de gais lurons, qu’ils affublent de noms plutôt jubilatoires alors pourquoi oublier la fête, faire du vin un objet central, unique, détaché de sa fonction d’allié du plaisir ? Moi j’écris pour le plaisir, pour me faire plaisir en tentant de vous faire plaisir alors comme le dirait le cultissime Robert Bidochon : ça commence vraiment à me faire chier l’œnologie

 

La tradition libertine de Vin&Cie est ancienne et bien établie comme en témoigne deux chroniques glanées au hasard link et link 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : les afterwork du taulier
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Commentaires

Alors là BRAVO Jacques, enfin une personne qui parle du vin en l'associant à la fête, le rire. Dans ce monde d'ennui trop d'ennuyeux et d'ennuyeuses ! Le vin, même le bon vin ;-) juste pour la fête, le plaisir de s'éclater. Je fais fi des discours et revendique la joyeuse soirée où les mots "domaine" "vigneron" "bio" "nature" sont bannis ! Une TAZ (Zone autonome temporaire) avec de quoi boire et en bonne compagnie dans ce monde brut qui en savent trop ou finalment trop peu.

MERCI m'sieur l'Taulier !

Commentaire n°1 posté par Samia le 01/08/2012 à 16h22

Bravo le Taulier! Il faut arrêter d'intellectualiser le vin à longueur de journée. Faisons simple et bon, c'est ce qui donne du plaisir. Et si l'on veut après quelques verres commencer à refaire le monde, celui du vin, de la politique ou de l'économie, pourquoi pas?

Le vin ne doit jamais être consommé seul mais avec des amis, en famille, avec des collègues de travail et pourquoi pas avec des inconnus au gré des rencontres? L'avantage est que cela permet l'échange (informel bien sur), d'acheter une bouteille que l'on va partager, donc d'aider l'économie du vin, et si de plus il y a plusieurs personnes pour partager la bouteille, on ne risque pas de dépasser les 0,5gr / personne.

Un conseil, prenez un Beaujolais ou Beaujolais Villages légèrement rafraichi s'il fait chaud et ce sera le plaisir assuré! On ne va pas se prendre au sérieux non?!!!

Commentaire n°2 posté par Jean Bourjade le 01/08/2012 à 16h23

Je vois que j'ai été précédé mais combien j'apprécie ces chroniques et votre ton authentique sans oublier les vins qui ne le sont pas moins... authentiques ! On aura beau dire qu'on ne veut parler de "rien" (ni bio, ni nature...etc), personnellement je soutiens les vins dont la bouteille se boit à deux en moins de temps qu'il ne faut pour finir l'apéro ou le repas. Comme je le dis souvent : "Je laisse la typicité des AOC aux amateurs qui apprennent...eux !". Encore merci et bonne soirée digeste, beaujolaise volontiers !

Commentaire n°3 posté par Christophe Morice le 01/08/2012 à 17h40

Il y a une chose qui m'épate depuis longtemps : les "clubs d'oenologie", les "soirées oenologiques", etc...L'oenologie existe, et c'est très bien, mais c'est des cours et un diplôme. Ces clubs et ces soirées sont en fait (devraient être) d'oenophiles, si on veut être chic, d'amateurs de vins, pour faire simple. La confusion n'est pas innocente, mais elle est aussi significative...

A part ça, d'accord, mais éviter l'autre écueil tendance, l'envers de ce décor : ce n'est pas parce qu'on aime les vins sympas qu'on boit qu'on pisse qu'il faut pour autant conchier les vins de terroir, de garde, de méditation...Dans le plaisir, il y a tout un éventail à respecter, et explorer....

Commentaire n°4 posté par PATRICK BAUDOUIN le 01/08/2012 à 18h07

Rire est un sujet trop sérieux pour moi. 

Commentaire n°5 posté par Courbette le 01/08/2012 à 19h22

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