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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 00:09

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Suffirait-il de s’asseoir face à une paillasse sur laquelle sont déposés 80 flacons pour avoir la prétention de porter un jugement définitif sur les vins du Roussillon ?


Bien sûr que non, car la réalité de ce territoire ne peut être saisie et comprise au travers d’une dégustation, fusse-t-elle à l’aveugle et effectuée par des dégustateurs patentés. Pousson a totalement raison lorsqu’il écrit « l'exercice de dégustation à l'aveugle et de classement des vins «est parfaitement ridicule, dépassé, ringard» «quand un système déconne, mieux vaut en changer!» «Comprendre que « le meilleur », ça n'existe pas, c'est stupide, irréaliste. Il y a des vins pour chacun, et pour chaque moment.»


Je partage aussi le point de vue de Sylvie Tonnaire dans Terre de Vins « le Roussillon est le plus beau vignoble du Sud de la France voire de l’Europe. Pourquoi ? Pour trois raisons simples : la géographie, la géologie et le patrimoine ampélographique… link


Mais, comme toute bonne dégustatrice, elle ne fait pas grand cas de l’histoire réelle du vignoble du Roussillon lorsqu’elle écrit : « Ces trois raisons simples se conjuguent à l’Histoire de la viticulture, c’est ici que sont nés les vins doux naturels, miraculeux de longévité. S’ils sont passés de mode aux yeux du plus grand nombre, pour les autres, ce n’est que du bonheur… »


En effet, l’histoire de la viticulture du Roussillon ce fut avant tout celle des VDN de masse, grandeur et chute d’une économie viticole dominée par de grandes marques. Une petite rente pour la grande masse des viticulteurs du Roussillon qui ne prédisposait guère à l’appréhension des attentes des consommateurs.


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L’Indépendant de Perpignan le soulignait dans son article « Dans son "combat" Vincent Pousson a trouvé un allié de poids en la personne de Jacques Berthomeau, contrôleur général du Ministère de l'Agriculture, bien connu en Roussillon pour avoir joué en son temps le rôle de médiateur dans un problème financier des muscats. »


Ironie du peu de mémoire du journaliste car au temps où je fus médiateur les muscats étaient l’espoir du renouveau des Vins doux, demandez-donc à Jean-Luc Pujol, alors jeune et brillant vigneron à Fourques dans les Aspres, président de la Confédération Nationale des VDN, link et le Rivesaltes devenu Grand Roussillon le désespoir des vignerons.


Lorsque je fus dépêché, en plein mois d’août, par le Ministre de l’époque Louis le Pensec, sur le conseil d’un certain Jean-Luc Dairien actuel directeur de l’INAO, c’est les stocks de Rivesaltes avaient atteint la limite du supportable et que le château de cartes artificiellement tenu par le CIVDN s’écroulait. C’était chaud : un vigneron fut embastillé pour avoir balancé un cocktail Molotov dans les chais d’un négociant qui cassait les prix. Le président du CIVDN de l’époque Bernard Dauré ne contrôlait plus rien.


L’économie de la viticulture roussillonnaise était l’une des pires de France, le revenu viticole était le plus bas de France, bref, il fallut faire sauter le CIVDN, créer le CIVR pour fédérer les vins secs et les vins doux. Faire comprendre, y compris aux politiques de l’époque la SOCODIVINS, que l’avenir du Roussillon ne se trouvait pas dans le renouveau des VDN de masse.


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Ce petit rappel historique pour dire l’état de la viticulture roussillonnaise  à l’entrée du XXIe siècle. Je n’irai pas au-delà de ce constat pour ne pas apparaître comme un ancien combattant mais j’ai passé 18 mois de ma vie, à raison de 2 ou 3 jours par semaine à sillonner le Roussillon profond. Pas pour y faire du tourisme ou de la dégustation, mais pour me frotter aux hommes de ce pays. J’ai même connu en ce temps-là un certain Hervé Bizeul en son fief qui n’avait pas encore découvert la Petite Sibérie…


Quelques questions en vrac :


-          Les Vignerons catalans, qui s’en souvient ?


-          La Martiniquaise what else ?

 

-          Le Grand Roussillon c'était quoi au juste ?


-          L’économie de Banyuls a-t-elle été sauvée par le Collioure ?


-          Celle du Maury et de sa coopé « soviétique » a-t-elle raté le bon wagon ?


-          Demandez-donc à Jean-Luc Thunevin ce qu’il pense de la rentabilité de son investissement à Maury ?


-          Quel est le poids de la coopération en Roussillon ?


-          Le Mas Amiel joue quelle carte ?


Comme le répète souvent mon vieux mentor Michel Rocard « la prise en compte de la réalité économique ne saurait nuire à la compréhension de l’avenir… » 


L’avenir économique des vins du Roussillon, les vins secs comme on dit là-bas, le « revenant bon » pour les vignerons, passe par un travail collectif de fond – qu’il ne faut pas assimiler à celui des OPA actuelles et officielles – de la nouvelle génération de vignerons pour que leur notoriété toute fraîche, bien fragile, ne soit pas détériorée ni par une engeance de dégustateurs hors-sol, ni par le poids d’une histoire qui n’est pas encore soldée… 

 

Comme mes archives sont bien tenues, mieux que celle des journalistes de l'Indépendant de Perpignan, les copies des articles sont d'époque novembre 1998 et avril 1998. La note au Ministre est elle du 9 mars 1999.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

JJSalvat 05/02/2015 10:37


Non, je ne fais pas de "politique" , mais j'ai essayé de répondre aux questionnements de Berthomeau, avec pondération. mais avec sincérité.


Pour revenir au classement de Decanter, voici ce que j'ai ressenti a la lecture (difficile, je n'ai pratiqué l'anglais qu'an lycée) et dont j'ai fais part à un amis expert:


"-sans le vouloir ils ont défini un profil des vins du Roussillon : denses, alcool, lègère sucrosité, flatteurs aux palais. Je penses que dans
leur subconscient ils attendaient des vins solaires et ont noté moins bien les vins plus élégants, légèrements atypiques au regard de leur représentation mentale et connue des vins du Sud.(peut
etre les Gauby et Bizeul ont été dégusté trop jeunes)


-je remarque une sur-représentation des vins les mieux diffusés en GB :Lurton, Chapoutier et les gros faiseurs


-a noter que George a classé la Mutada dans les 3 premiers malgré sa jeunesse "





Je partage la plupart de vos analyses , certaines avec des bémols;


Convenez que la responsabilité économique d'un village, par l'intermédiaire d'une coop,ou d'un département viticole , est plus complexe, plus
difficile que la gestion d'une cave particulière

herve bizeul 04/02/2015 14:10


Cher Monsieur Salvat, avec un tel discours, que ne faites vous pas de politique... C'est parfait. Un petit mot gentil pour tout le monde, la tête bien au fond dans le sable... Un poste de
président de coopérative vous intéresserait il ?


Le classement de Decanter ne peut donc être remis en question ? Mais bien sûr... En attendant, les derniers de ce "classement" vendent mieux et dix à... 100 fois plus chers que certains des
"premiers", qui soldent toujours parfois leux vins de coopérative à 100 euro l'hectolibre, soit bien en dessous des coûts de production afin d'alimenter dix intermédiaires qui feront du fric sur
leur malheur, le tout dans une coopération qui n'a aucun futur parce qu'aucun jeunes prêts à prendre la relève. S'il n'y avait pas eu des investisseurs extérieurs (dont certains ont pliés
boutique depuis ou sont en train de le faire), que resterait il du vignoble ? Rien. Et toujours 500 hectares au bas mot à vendre dans la vallée de l'Agly à 7500 euros l'hectare. Mais tout vas
bien, bien sûr...


De tels classements n'ont aucun effet positif sur le vignoble, n'attirant que des charognards à la recherche de vins bien notés et vendus à des prix misérables, soit moins de 3 euros, impossibles
à produire ici sauf à ne pas savoir compter. Mais bon, continuez à vous en féliciter, personnellement, être dans les "derniers" semblent plutôt conforter mes clients dans leurs choix et leurs
commandes ;-)


Une grosse note dans certaines revues, on appelle désormais ça dans certains milieux "le baisers de la mort", tant cela veut dire que votre vin ne correspond plus du tout à ce que les gens
veulent boire et qu'il faut donc soigneusement désormais l'éviter. L'époque change et vite. Bon, je dis ça, je dit rien ;-)

Calypso VIGNON 03/02/2015 11:34


arh arh arh ! val d'orbieu groupe "coopératif" composé de sociétés anonymes sous le joug d'une holding , dont les dirigeants se paient un salaire de capitaines d'industrie en expliquant que la
 viticulture est en crise, et qui continue à grossir en mangeant à tous les rateliers

JJSalvat 02/02/2015 18:40


Essayons de répondre aux question de JB et les  connaiseurs de la viticulture Roussillonnaise pourront apporter leur réflexions;


- Les Vignerons Catalans existent toujours et mettent en marché la majorité de la production de la coopération.Je crois qu'ils viennent de s'associer ou d'etre englobés par le Val d'Orbieu


-La Martiniquaise a quasiment le monopole d'achat des VDN et Muscats, et excerce une pression importante pour la vente d'alcool vinique aux producteurs.


-Le Grand Roussillon (ancienne catégorie low cost des VDN) a disparu a l'initiative de la profession afin de rationaliser l'offre.


-Oui , je penses que le Collioure rouge a sauvé l'equilibre des exploitations en production mixte VDN et vin rouge et blanc


-l'option de la coop de Maury , par le basculement des grenaches en vin rouge a sauvé l'appellation.C'est une réussite confirmée par Decanter.


-Thunevin:  l'investisement ostentatoire et couteux de son batiment pèse certainement sur son résultat, malgré une qualité des vins remarquable.


-la coopération joue un role primordial dans les PO: fournisseur de ressource pour les négociants, niveau de qualité élevé pour la vente directe, maintien de petits vignerons, impact important
sur les paysages.


-mas Amiel: je penses que O Decelles, s'inscrit dans une double démarche: respect du terroir et de l'histoire du Maury appuyée par une politique de marque basée sur une haute qualité et la bio


Sur Decanter:


La dégustation a été réalisée a l'aveugle, elle était représentative de l'ensemble de la production des PO, elle était collégiale.


Au regard de ces critères, il est difficile de remettre en cause ce classement.


 


 


 


 

Michel Smith 02/02/2015 13:31


À propos de la gare de Perpignan, où j'habite avec mon vin, profitez donc encore de la présence d'un petit restau que j'adore : Le Garriane. ;-)


 

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