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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 00:09

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Je n’étais pas présent à ce débat et je m’en tiens au compte-rendu paru en ligne publié sur le site de la RVF. Je ne sais si celui-ci reflète très exactement de la tonalité du débat ou si le sensationnel a été privilégié par la rédactrice de l’article Florentine Mähler-Besse mais, dans la mesure où le compte-rendu est publié par l’organisateur du débat la RVF, je suppose que le choix a été fait de mettre en avant les saillies dont je n’apprécie ni le ton, ni le fond. J’étais prévenu que « le ton était tranché et sans langue de bois » mais je ne m’attendais pas à un tel degré d’agressivité et à un tel niveau  de suffisance. Avec de tels propos nous nous caricaturons, dressés sur nos petits ergots, arrogants et suffisants.  


La palme de la suffisance revenant à M.Poëls qui après 3 petits séjours en Chine, pays qui comme chacun le sait est grand comme un mouchoir de poche, délivre des jugements sans nuances qui font les intertitres de l’article  « AUCUN CHINOIS NE RÉCLAME DU VIN AU RESTAURANT » et « JE SUIS TOMBÉ SUR DES VINS IMBUVABLES ». Quand à Stéphane Derenoncourt il fait du Stéphane Derenoncourt « ILS NE SAVENT MÊME PAS CE QU’ILS VENDENT ! » et « Je n’ai personnellement pas envie de voir certaines appellations bordelaises se transformer en Chinatown ». Sous de telles affirmations péremptoires et agressives qui, je ne le nie pas, recouvrent bien sûr des réalités, on sent poindre notre goût immodéré à donner des leçons à la terre entière.


Ce qui est stupéfiant c’est qu’à l’origine l’intitulé du débat était : « France/Chine : avons-nous le même goût ? » et que très vite il ait glissé vers des jugements de valeur tant sur le consommateur chinois lambda et bien évidemment sur la capacité des chinois à produire sur le sol des vins… dit de qualité. Tout cela relève d’une grande confusion, une totale méconnaissance du marché du, des vins, comme si celui, dit des Grands Vins, constituait l’enjeu des temps à venir. Bref, même causes mêmes effets nous avons l’art de répéter les mêmes erreurs d’analyse qu’au tournant du siècle face à l’irruption des vins dit du Nouveau Monde. Certains, réfugiés dans leur tour d’ivoire, ou d’autres craignant de perdre la main, adoptent le ton de Mélenchon ou de Montebourg pour aborder des sujets importants comme s’ils avaient peur d’affronter la réalité d’une Chine grande puissance qui bien sûr peut être perçue comme une menace mais qui, dans le domaine du vin, est pour nous Français une opportunité à saisir.


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Sans vouloir ironiser pendant que la RVF plaçait le sieur Jérôme Despey, illustre inconnu au-delà de nos frontières nationales, en tête de ses personnalités influentes du monde du vin en notre vieux pays qui se vit comme un grand pays du vin, Decanter plus au fait des réalités mondiale du vin plaçait lui un certain Pierre Pringuet, illustre inconnu en France tout DG du groupe Pernod-Ricard qu’il soit, sur la première marche du podium. Ce dernier m’a reçu la semaine passée pour m’expliquer en quoi, pour son groupe, très bien implanté en Chine, le vin constituait un relais de croissance. Bien sûr il s’agit de vins australiens vendus sous la marque Jacob’s Creeks, donc pour M.Poëls et Stéphane Derenoncourt des vins sans pedigree donc indignes de leur intérêt et pourtant ce sont eux qui s’imposent et vont s’imposer dans le cœur du marché chinois naissant de cette nouvelle classe moyenne. Ces consommateurs qui boivent « du thé à table, puis éventuellement du baijo, un alcool local qui titre 40° » et qui ne réclament pas spontanément du vin au restaurant, entreront dans l’univers du vin par cette misérable petite porte, et n’en déplaise au sieur Poëls entameront ainsi leur apprentissage du vin et nourriront ensuite leur culture du vin.


Quant à la qualité des vins chinois je me permets de vous renvoyer à un article de Jérôme Baudouin paru  dans la RVF en juin 2012.


Voici le début « Emma Gao hier, Pernod-Ricard aujourd’hui. Deux mondes, deux visions de la viticulture. Et pourtant, ils semblent si proches. Le n°1 mondial des spiritueux et la jeune œnologue ont en commun d’appliquer des méthodes occidentales pour élaborer leurs vins. Et chacun dans son genre, avec son expérience et ses compétences, tire le meilleur de ce que la vigne peut offrir sur cette terre du Ningxia.


Cela peut paraître paradoxal qu’un géant comme Pernod-Ricard puisse rivaliser avec la jeune Emma. L’idée me saute aux yeux dès que je serre la main de Brett Richardson, le directeur technique de Helan Montain, le vignoble que Pernod-Ricard a mis en place au sud de yinchuan, et de Craig Grafton, le winemaker du domaine. Deux Australiens arrivés tout droit de Jacob Creeks, l’emblématique winery australienne de Pernod-Ricard, qui depuis cinq ans mettent en musique les vins d’ici. Les Australiens sont les maîtres de l’irrigation, ce n’est donc pas un hasard si Pernod-Ricard a confié les rênes du projet à ces deux Aussies […]


Voici la conclusion « On est très loin des vins "bodybuildés" auxquels on s’attendait un peu. Pour ne pas qu'ils soient trop marqués par le bois, Craig Grafton vinifie les vins dans des barriques d’un vin et ne fait venir ses fûts que de la tonnellerie François Frères, en Bourgogne. Ses vins sont irréprochables. Certes, ils manquent de profondeur et de tension, mais quand on voit les vignes, on comprend que Pernod-Ricard donne le ton et montre le potentiel que l’on peut tirer de vignes irriguées non loin du lit du Fleuve Jaune. »


Le tout est ICI link 


Par bonheur dans ce débat il n’y eut pas que des outrances tels les propos de Mei Hong « une jeune femme polyglotte installée en Bourgogne où elle achète des vins destinés au marché chinois. Dans un français parfait, Mei Hong a rappelé que la découverte du vin était un phénomène récent en Chine et elle a encouragé les Européens à partir aider ses compatriotes à parfaire leur connaissance et leur goût du vin. » ou ceux tenus par un disciple de Denis  Dubourdieu : Axel Marchal, docteur en œnologie et chercheur à la faculté de Bordeaux, qui « a ramené le débat sur le terrain du goût, évoquant les différences dans le ressenti qui séparent Français et Chinois. » Vous lirez leurs propos ICI link


J’invite les brillants esprits cités à lire l’excellent livre de Zeng Ruolin « Les chinois sont des hommes comme les autres »link et à consulter Carte des vins au restaurant LAN à Beijing (1) link et (2) link de juillet 2008 pour inciter ceux qui se disent journalistes à aller enquêter sur le terrain des tables chinoises plus ordinaires au lieu de pérorer sur les estrades de Vinexpo.


Enfin demain « Le vin relai de croissance en Chine pour Pernod-Ricard » sera sur mes lignes.


En conclusion une petite question révolutionnaire dans le style Mao-Spontex « y font quoi ceux qui ne font pas de l’argent ? »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

luc charlier 01/07/2013 15:51


Excellent commentaire de Norbert. Il y a des « Lettres Persanes » là-dedans. Moi qui suis « insoucieux de tous les
équipages », même ceux porteurs de MES blés flamands et de ces foutus cotons anglais, je vis non loin de ... Montesquieu des Albères, cela ne s’invente pas. Enfin puis-je vous rappeler la
description, de la même veine, de Jean (2,1 et sqq) :  - « Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, alors le moins bon ; toi, tu as gardé le
bon vin jusqu’à présent ». C’était à Cana, mes amis. Or, on sait qu’ils ne connaissaient rien au pinard, là-bas en Galilée.

norbert buchonnet 30/06/2013 23:18


L'autre jour, au palais, l'Empereur me dit: "Alors petite mouche raconte moi ce que tu a vu lors de ton
périple en FàGuo".  Je lui murmurais:


"C'est ainsi Honorable Empereur, aucun Français ne réclame de thé au restaurant. A la maison, ils
continuent de boire des résidus de feuilles en sachets qu'ils trempouillent, puis se pincent le nez pour avaler le liquide. Ils sont capables de boire d'infects thés parfumés à la poire ou même à
la mangue. Et puis ils inventent des boutiques pour faire genre mais sans trop savoir ce qu'ils y achètent."


Je te remercie honorable mouche, décidément ces grenouilles-bœufs mériteraient de devenir crapauds!

luc charlier 30/06/2013 20:28


Et une intervention qui ne traite pas du fond de ton sujet, Jacques, mais bien de l’existence-même de ton blog. On y
rencontre des gens de convictions différentes, qui parfois même se détestent apparemment, mais qui y échangent des vues allant bien au-delà des invectives (à part « bof », mais il se
fait discret). Tant d’autres – et c’est leur droit – sont convenus, consensuels, polis et repolis. Quel est l’intéreêt de discuter quand on est d’accord sur tout ? On perd son temps. En deux
années de « suivi », j’ai rencontré au moins une dizaine de personnes par ton entremise, d’abord virtuellement, puis dans la réalité physique. Souvent, au début, ils m’ont contredit, ou
donné un conseil sur un sujet où je doutais, ou apporté un éclairage auquel je n’avais pas songé. There’s nothing that goes above a good
argument !


Maintenant, comme tu le sais, « il sera très difficile d’arriver à pied par la Chine ».

luc charlier 30/06/2013 20:14


Voilà le genre de commentaires (tous) qui font avancer le schmilblic. Moins de langue de bois et plus de vraies interrogations, et
même des attaques ad hominem. Ici, je n’y suis pour rien (avouez-le) mais c’est exactement ce que j’essaie de susciter quand j’introduis un poil de provoc. En fait – jamais mis les pieds
en Chine moi-même, et aucune intention de le faire avant que le Grand Timonier ne me rappelle vers les cieux éternels – ce pays est tellement vaste que probablement personne ne peut l’appréhender
dans sa totalité. Chacun a SA vision de la Chine et chacun a sans doute raison. Mais ces visions ne se chevauchent pas. De même, il n’existe pas UNE langue chinoise, ni UNE gastronomie chinoise.
Et il n’y a plus de Temüdjin pour parcourir la steppe d’Ouest en Est (et puis dans l’autre sens) sur son petit cheval. Enfin, la virulence de certains propos trahit bien l’intérêt de leurs
auteurs envers ce marché. Quand on a peu de vin à vendre, on ne « perd » (le mot est mal choisi, c’est de la provoc.) pas son temps à vouloir conquérir la clientèle asiatique. Quand on
a du mal à écouler sa production (ou ses achats si on est négociant) et qu’elle est abondante, c’est sans doute un passage obligé. Et sans doute se rassure-t-on en diminuant la compétence réelle
des Chinois, mais attention, gagner au mah-jong n’est pas facile ! Ecoutez Franz Lehar (Das Land des Lächelns) en boucle avant de partir.

le Taulier pour Pierre Guigui 30/06/2013 10:24



La question de la qualité du vin est très complexe car nous avons tous un référentiel gustatif formaté par notre culture. Il est vrai que les chinois souhaitant produire du vin devront orienter
leurs vins selon un référentiel choisit  - celui à tendance internationale, français… Quand on dit qu'un vin est bon (ou pas) on ne parle pas du vin mais du gout de celui qui le déguste.
Revenons à la dégustation des vins chinois et surtout de la comparaison avec les vins français. Il serait intéressant de la remettre dans un contexte de prix en mettant des vins à l’aveugle du
même prix… peut être que là la conclusion serait qu’il y a bcp de daube dans les vins français (aussi) ?

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