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21 juillet 2007 6 21 /07 /juillet /2007 00:36

La révélation de Mousset me tirait de ma torpeur éthylique. Dans la confusion de mes pensées une lueur d'espoir clignotait. Je commandais un Perrier pour rincer ma bouche empâtée. Dornier, furax, tripotait nerveusement ses boutons de manchette et, lorsque Mousset me tendit la lettre en me disant : " si tu veux la lire..." il s'interposa avec véhémence.
    - C'est une pièce à conviction. Elle doit être versée au dossier. Ce salopard n'a pas à en prendre connaissance...
      - Tu me gonfles Dornier. Cesse de jouer les chefs ! Primo, tu n'as pas à me donner d'ordres ; secundo, arrête de te référer à un dossier puisqu'aucune instruction n'est ouverte. Nous enquêtons sur les circonstances de la mort de deux quidams point c'est tout.
       - Il n'empêche que ce trou du cul n'a pas à lire cette lettre...
       - Et pourquoi ?
       - Parce qu'il est l'un de nos suspects...
       - Tu délires Bib. C'est n'importe quoi. Dans cette affaire il n'y a aucun suspect mais rien que tes petites salades pour mouiller notre collègue. Compte sur moi pour te mettre des bâtons dans les roues.
       - Le commissaire appréciera.
     - Voilà, c'est dit, grosse larve. Fais ton sale boulot mais ne le badigeonne pas aux couleurs d'une procédure régulière. Si tu continues je saisis le Proc...
       - Tu saisis le Procureur... J'aurai tout entendu de toi. T'es barjot Mousset. Crois-moi, ça vient de très haut les ordres. Ce petit con intéresse les grossiums de la place Beauvau.
        - Et alors, que veux-tu que ça me foute ? Moi je fais le boulot pour lequel on me paye. Je ne joue pas dans le marigot des politiques. Je laisse ce soin aux fouilles-merdes dans ton genre.
         - Garde tes appréciations pour toi. Donne-moi cette lettre !
         -
 Violation du secret de la correspondance privée, tu es chocolat Dornier ce courrier, si je le veux, tu en ignores jusqu'à l'existence alors fous-moi la paix. Tiens mon garçon, lis-là...

Dornier, hors de lui, me regardait déplier le feuillet plié en quatre. L'écriture soignée et régulière donnait un sentiment d'application. Brejoux avait écrit à la plume en utilisant de l'encre bleue. Je prenais une forte inspiration et lisais à haute voix. D'une voix sourde mais audible qui plongeait plus encore les vieux dans une forme de panique muette. Dans un mouvement non concerté, un à un d'abord, puis par paquets ils quittaient le rade enfumé tels des parias frappés d'une nouvelle malédiction. Le patron tétanisé essuyait ses verres sans grande conviction. Dornier frisait l'apoplexie. Au fur et à mesure que je lisais la lettre de Brejoux dans cette salle maintenant vide je ne me supportais plus. Qu'est-ce que je foutais ici ? Mon inertie indifférente, posture d'orgueil, débouchait sur le vide. Je bafouillais. Ma vue se brouillait. Je n'étais qu'un pauvre gosse paumé. Mousset craquait sa éième allumette. Je lui tendais le feuillet que je venais de replier avec soin. " Je veux voir Sylvie. Emmenez-moi à l'Institut Médico-légal. Il faut que je m'occupe d'elle. Je lui dois bien ça ..."  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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