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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 00:19

Tout au fond de la pièce, une fenêtre ouverte donnait sur la rue laissant entrer la rumeur sourde de la circulation. Les rideaux de tulle, gonflés par le courant d'air, ondulaient mollement. Mes yeux fuyaient la réalité. Je ne voulais voir que ce trou de lumière enveloppé de gaze. Dornier avait fait sauter les scellés et ouvert la porte en s'effaçant pour me laisser passer le premier. Ce salaud jubilait. Mousset posait sa grosse paluche sur mon avant-bras " t'es pas obligé de voir ça mon ptit gars. Mais si tu y vas y'a pas de honte de pleurer. Vois-tu, y'a que les hommes qui sont capables d'une telle sauvagerie. Les bêtes, elles, tuent pour vivre. Lui c'est par amour qu'il a fait ça. Putain d'amour ! " En l'écoutant je fermais les yeux. Retrouver son visage, ses yeux interrogateurs, son sourire rieur du jour où nous nous étions quittés. Heureuse me disait-elle, heureuse de s'occuper de mes affaires, de mon ménage, de ma lessive, de mes provisions. Elle s'occupait de tout. Repassait mon linge. Remplissait mes papiers. Toujours fraîche et pimpante, jamais un reproche, Sylvie me maternait. En échange - mot ignoble - je luis faisais l'amour et je la sortais de temps à autre. Ca lui suffisait me disait-elle en passant son bras sous le mien. Toujours inquiète de ma santé elle décrétait face à mon teint de noctambule " je vais t'acheter des ampoules de fortifiants..." Nous échangions peu de mots. Des mots je n'en avais plus mais je tenais à Sylvie car elle était tout ce qui me restait de vie.

Sylvie adorait les intérieurs bonbonnières. Dans son petit appartement, dans cet immeuble pourri d'un quartier glauque, elle s'en était donné à coeur joie, laissant libre court à ses envies de fanfreluches. Les murs tapissés de toile de Jouy, ornés d'une foultitude de miroirs dorés à la feuille, qu'elle avait chiné aux Puces de St Ouen, donnaient à la pièce basse de plafond l'image d'un nid d'amour. Elle savait bien que je détestais tout ce rose, tout ces coussins accumulés, tout ces poufs, toutes ces potiches posées sur des guéridons juponnés et son nickel chrome permanent. Ennemie de la poussière et des moutons sous les meubles je la raillais " t'as qu'un amant, petite pute, ton plumeau..." Elle riait de mes goutajeries. Tolérait, les nuits où je dormais avec elle, mes chaussettes, mon calbar, mes pompes et mes fringues jetés sur sa belle moquette de haute laine. Jamais elle ne mouftait. J'étais son pacha. Elle était ma gagneuse ; une gagneuse tendre et généreuse. Sylvie m'habillait. Pourvoyait à mes menus plaisirs. Vautré dans mon indifférence je profitais de ses largesses sans la moindre once de mauvaise conscience. Mes jours de bonté, rares, me voyaient la sortir. Nous allions au ciné puis au resto. Sylvie se transformait, ces soirs-là, en bourge type triangle NAP : tailleur Chanel, escarpins Céline, sac et foulard Hermès avec rang de perles de culture de chez Chaumet. Elle s'habillait. Au fond de moi je ne pouvais m'empêcher d'admirer l'aisance avec laquelle elle passait des outrances des bas résilles, des talons aiguilles, du maquillage à la truelle de pute non patentée à l'image lisse d'épouse sage et décérébrée de l'avenue Henri Matin.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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