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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /Juil /2007 00:03

L'autre jour j'ai chiné une charmante petite huile des années 50. Elle m'a séduite par sa pâte et ses couleurs mais aussi par son thème : le lavoir. Comme j'égrène souvent, trop sans doute, mes souvenirs d'enfant, ce matin je vais vous gratifier d'une chronique sur la lessive. Une histoire d'eau... A la maison, la lessive était confiée à Alida Cantin, une forte femme, bavarde, une cancanière disait maman, mais tout le monde l'aimait bien tout de même car, veuve, elle avait élevé dans la dignité ses 4 enfants : Florida, Odette, Jean et Jacques. A l'exception de Florida qui pondait des enfants sans père, Odette était bien mariée et les deux garçons des courageux. La lessive ce n'était pas une sinécure. Le texte que je vous joins, tiré d'un manuel du maître - celui qui donnait la réponse-type - de composition française. Pas tout neuf car se référant aux programmes officiels de 1882 et à l'arrêté ministériel du 29 décembre 1891. Le sujet du jour concernait l'économie domestique : " Votre mère s'est trouvée indisposée ; vous avez dû surveiller et diriger la lessive. Racontez à une amie les diverses opérations qui ont été faites en votre présence."

             

Ma chère Marguerite,

  Cette semaine, ma chère maman s'étant trouvée indisposée, j'ai du la remplacer à la cuisine. La préparation des repas et l'entretien du ménage se sont faits assez facilement : maman me donnait des conseils et je les exécutais presque toujours sous ses yeux.
  Mais, où j'ai été fort gênée, c'est dans la direction et la surveillance de la lessive, que j'ai dû faire en compagnie de la bonne, qui n'était pas plus au courant que moi-même. Jusqu'ici je ne m'en étais guère occupée : mercredi dernier, j'ai opéré comme une véritable lessiveuse.
   Mardi soir, tout le linge à lessiver ayant été rassemblé, je l'ai placé, le gros linge au fond, les petites pièces au-dessus, dans une cuve à moitié remplie d'eau dans laquelle j'avais fait disssoudre des cristaux. Le lendemain, je l'ai savonné au savon noir ; ensuite je l'ai fait bouillir.
   Ces deux premières opérations ont été faciles. Il n'en a plus été de même, ma chère amie, lorsque nous nous sommes mises, la bonne et moi, à frotter le linge jusqu'à ce qu'il fût bien clair : les poings me faisaient mal. Je ne pensais guère alors à lancer des bulles de savon comme autrefois.
    Le lavage étant terminé, j'ai fait bouillir le linge de nouveau avec du savon blanc ; ensuite je l'ai rincé à grande eau claire, passé au bleu et amidonné. Le linge tordu et étendu avec soin, je l'ai placé sur les cordes de la cour et du grenier.
    Voilà le récit de ma première lessive plus ou moins réussie ; j'attends avec impatience, l'occasion de recommencer ; je crois que je ferai mieux.
     Ma lettre ne serait guère intéressante pour une autre que toi-même, ma chère Marguerite : une première lessive est un sujet sérieux, comme tu les aimes. C'est pour cela que je t'en envoie le récit, pensant te faire plaisir.
     Au revoir, chère Marguerite, je t'envoie mille baisers.
                  Ta sincère amie.

La petite jeune fille, bien sous tous les rapports du livre du maître, passe très vite sur l'opération du rinçage à l'eau claire qui se déroulait le plus souvent au lavoir communal. Pour y aller il fallait brouetter le linge. Au lavoir s'agenouiller sur une sorte de caisse en bois ouverte, battre le linge avec un battoir de bois pour en extraire le savon, le rincer avec force de gestes exigeants un dos et des bras en béton, surtout lorsqu'il s'agissait de draps. Tout cela est du passé j'en conviens mais toute cette distance que le progrès - j'ose encore écrire ce mot - a mis entre nous et les gestes du quotidien fait que nous sommes devenus insoucieux d'un élément aussi précieux que l'eau. Nous la gaspillons sans vergogne. Les robinets coulent. Le gazon verdoie sous l'aspersion de l'eau communale. Les zotos sont bichonnées. Les piscines choyées. Mais, elle vient d'où cette eau ? Qui s'en soucie ? Loin d'être passéistes, ringardes, ces questions restent à la base d'une vie en société respectueuse de ce qu'elle léguera à ses enfants... 

 

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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