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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /Juil /2007 00:03

La scène se passe, autour d'une table en bois, dans une cuisine des années 60 meublée de placards en formica. Lino a tombé la veste, Blier, Blanche et Lefèvre sont en costards cravate. Relégués là par les djeuns qui dansent le twiwt dans le reste de l'appartement nos 4 tontons flingueurs se tartinent du pâté. Pour faire couler la miette ils s'avisent de s'envoyer un verre mais, comme le "tout-venant", champagne, whisky, a été "piraté par les mômes", ils doivent se rabattre sur le "bizarre", une eau-de-feu de contrebande planquée sous l'évier. Blier ose une gorgée "Faut reconnaître... c'est brutal !" concède-t-il. Ventura fanfaronne "J'ai connu une Polonaise qu'en buvait au petit déjeuner !" avant de concéder la gorge en brasier : "Faut quand même admettre que c'est plutôt une boisson d'homme !" Lefèvre, plus minable que jamais, risque un commentaire de dégustateur, la larme à l'oeil : "J'y trouve un goût de pomme." Francis Blanche patelin confirme : "Y'en a !" Enhardi par cet appui Lefèvre suggère qu'en plus y'aurait aussi de la "betterave".

Film culte que ces Tontons Flingueurs de Georges Lautner qui passe régulièrement à des horaires raisonnables sur les chaînes généralistes. Il roule vers la cinquantaine (44 ans) frais et gaillard comme du vin nouveau. Sur la toile, des internautes qui n'ont pas fréquenté Lulu la Nantaise et Suzanne Beau Sourire lui dédient des sites. Des accros connaissent les dialogues d'Audiard par coeur et, au café, il s'en trouve toujours un, à l'heure du pousse-café, pour jurer que oui, il a "connu une polonaise". C'est un rien machiste. Les vérités s'y débitent comme des évidences : "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît !" affirme l'imperturbable Lino. Alors, pourquoi diable ce film, au budget serré, traverse-t-il le temps sans prendre une ride ? Comme la recette du succès n'existe pas je vais risquer une explication : nos quatre larrons, si différents, ont pris du plaisir en tournant le film. Les 4 sont des pros, sérieux, mais ce sont aussi, chacun à leur manière, de bons vivants. Lino adorait cuisiner "Quand le menu ne lui convenait pas, il apportait sa gamelle, à la manière d'un ouvrier de la Fiat !"

Manier la démesure, la déconnade est un art, y ajouter un comique de répétition comme les "châtaignes" que prend Blier, alias Raoul Volfoni, à trois reprises dans sa péniche-tripot, relève du génie. Rappelez-vous : on frappe à la porte... Volfoni ouvre... Ventura cogne. Volfoni s'écroule... Musique ! Au troisième bourre-pif, Blier a cette tirade, un sommet Audiardien : "Non mais, t'as déjà vu ça ? En pleine paix, il chante et puis clac, un bourre-pif ! Mais il est complètement fou ce mec ! Mais moi, les dingues, j'les soigne ! J'vais lui faire une ordonnance et une sévère ! J'vais lui montrer qui c'est Raoul ! Aux quatre coins de Paris, qu'on va l'retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle ! Moi, quand on m'en fait trop, j'correctionne plus : j'dynamite, d'disperse, j'ventile !" Reste la grande question : "que contenaient les grosses flasques achetées chez un épicier des environs et faussement étiquetées " The Three Kings, scotch whisky" ? Du thé, comme d'ordinaire sur les tournages ?  Jean Lefèvre vend la mèche " A mon avis, ça devait être du genièvre. Vous savez, je suis du Nord, et le genièvre, c'est ce qu'on donnait aux mineurs avant de descendre dans les puits. Croyez-moi, ça vous tortille les boyaux ! "

Conclusion : pour tourner des scènes cultes, tournez bourrés !

 

 
Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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