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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 00:02

A ceux qui arrivent sur ce blog comme à mes fidèles et anciens lecteurs un petit rappel s'impose à propos de mes écrits du samedimanche.
- Depuis le samedi 7 octobre 2006 avec "ne m'appelez pas Benoît" jusqu'au 25 février 2007 avec "c'est encore un de ces fichus poivrots", Benoît, le narrateur de cette histoire écrite en direct sur mon blog pour les jours du WE, se lançait dans le roman de sa vie. C'était le chapitre 1.
- Du 3 mars 2007 avec "c'est le chapitre 2 opus 1" jusqu'au 9 juin 2007 avec "qui se souvient du soleil d'Austerlitz opus 32" il en terminait avec le second chapitre.
- Aujourd'hui, 24 juin, avec l'entame du chapitre 3, Benoît entre brutalement de plain pied dans la part la plus noire ou la plus rouge de sa vie. Bonne lecture chers abonnés...

Je pressentais le pire. La montée de l'étroit escalier au tapis élimé me semblait interminable. A chaque palier son lot d'odeurs, lampées de la misère ordinaire, discrète, cachée même sous le soin des gens de peu. Mes collègues m'encadraient. Devant moi, Dornier, un pataud ventru, boudiné dans un costume en tergal gris lustré, épongeait son cou de taureau avec un grand mouchoir à carreaux pas très net. Il peinait. Au commissariat de la place d'Aligre c'est lui qui m'avait réceptionné sans grand ménagement. Chauve et sans lèvres, imberbe, lardeux et rosé, il me tendait une main molle aux ongles manucurés. "Inspecteur Dornier, c'est moi qui vous ai appelé..." Voix de fausset, regard fuyant, effluves de lavandin, imperceptible trémoussement des hanches et petit doigt levé, une vraie caricature de la tantouse refoulée. Mon indifférence affichée, ma barbe de trois jours, mon costard de luxe froissé et mes pompes cousues Goodyeard lui tiraient une petite moue mauvaise.Il réajustait nerveusement sa cravate graisseuse. Ce geste, d'apparence anodin, ne l'était pas. Ce type réfrénait à peine son envie de me cracher son venin. Ma seule vue l'agressait. La lecture de mon dossier me classait sans recours dans la colonne dangeureux. Comment pouvait-on recruter des types comme moi dans la police ? Tout foutait le camp. Lui empestait Vichy et l'Algérie française. Juifs, bougnoules ou gauchistes, l'essentiel pour ce salopard c'était d'éradiquer la vermine. " On va y aller..." Je le suivais.

Dans la rue, adossé à une 403 grise, un grand échalas roux sans âge grillait une Gitane maïs qui poudrait de gris sa chemise qui fut blanche. " Mousset, éteins moi cette merde ! La bagnole empeste déjà assez ton jus de chaussettes et le tabac froid..."
- Ca compense ta putain de brillantine, Bib...
- Cesse de m'appeler Bib !
- Ne monte pas sur tes petits ergots nacrés pour impressionner notre collégue, Bib !
- Au lieu de débiter des conneries tu ferais mieux de bouger ta couenne. On est déjà à la bourre...
- Oui ma mémère tes désirs sont des ordres.
Dornier tirait nerveusement sur ses poignets mousquetaires ornés de boutons de manchettes en or jaune pétant. Mon petit sourire rajoutait une dose supplémentaire à sa fureur rentrée. Je serrais la main osseuse de Mousset qui m'avertissait avec une réelle compassion " j'espère que vous avez le coeur bien accroché collégue car j'ai rarement vu un tel carnage..." J'opinai sans grande conviction en esquissant ce qui se voulait une sourire. Ses chicots pourris jaunis par la nicotine comme ses sourcils broussailleux me le rendaient sympathique.
   

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