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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 00:09

Le loufiat à la courtoisie inoxydable me gratifiait d'un large sourire avant de s'inquiéter, avec humour, de mon avenir d'homme des cavernes extrait du charme douillet d'un palace : " pour se rendre à sa révision des 50 000 km monsieur souhaite-t-il que je lui appelle un taxi ?
- Non merci, mais si vous pouviez m'avancer deux tickets de métro ça me sauverait...
Ma demande, en ce lieu, équivalait à réclamer une bouteille de Kiravi chez Hédiard. Le réceptionniste imperturbable tirait de je ne sais quel tiroir deux tickets violets qu'il déposait délicatement sur le comptoir d'acajou.
- Monsieur a-t-il besoin d'autre chose ?
- Oui mon bon, d'un plan de métro...
Le dit bon, qui appréciait à demi ma familiarité bonhomme, m'en tendait un en me jetant un regard de commisération contrite. Je le décevais. Seuls les touristes usent de cet outil vulgaire. Je jouai, assez mal, l'outragé. Le malheureux en prenait pour son grade, avec dignité, sans bien comprendre pourquoi. " Qui êtes-vous pour me juger ? Que savez-vous de la ligne 14 ? Rien je suppose ! Alors comment osez-vous me gratifier de votre dédain de parisien d'emprunt. Le métro, monsieur, je m'y suis vautré des nuits entières. C'est mon bac à sable. Justifiez-vous !
- Monsieur se méprend, en aucune façon je n'ai manifesté à son égard un quelconque...
- Venez, je vous offre un verre au bar.
- Ce serait avec plaisir monsieur mais je ne puis quitter mon service.
- A quelle heure terminez-vous ?
- Dans dix minutes monsieur.
- Très bien ! Je vous attends au bar.

J'adore les bars d'hôtels. Ils sont cossus, secrets, les derniers lieux où il fait bon converser et boire. Le garçon m'apportait mon Mojito et Le Monde. Quand le réceptionniste me rejoignit je lisais en diagonale la page des sports de ce canard coincé du col. Débarassé de ses oripeaux professionnels l'homme paraissait plus jeune. Un peu gêné aux entournures. Je le rassurai. " Soyez sans inquiétude je ne vais pas vous retenir très longtemps...
- Du temps j'en ai à revendre, monsieur, mais le boss n'apprécie pas qu'on se mêle à la clientèle.
- Allons ailleurs alors...
- Vous êtes très aimable mais je crois qu'il vous suffit de faire savoir à ce faux-derche d'Armando - c'est le barman - que si je suis ici c'est, disons, que vous l'avez exigé.
- J'adore ! Je l'exécute par écrit le mouchard ?
Il opinait du chef en souriant. Ecrabouiller les cafards m'a toujours plu. Le garçon m'apportait un bloc de l'hôtel. " Profitez de sa présence pour commander - quel est votre prénom ?
- Raphaël, monsieur.
- Alors commandez un Cinzano !
- ...
- Laissez tomber c'est une vanne à deux balles. Un jour je vous expliquerai...
- Je prendrai la même chose que vous.
- Alors deux Mojito !
Je griffonnai à la hâte mon admonestation au bien nommé Armando qui plus est avait la tête de l'emploi. Tête qui s'orna d'un rictus mauvais à la lecture de mon message que le garçon lui avait porté avec un plaisir certain. L'Armando jouissait d'une réelle popularité au Terminus. S'il avait pu foutre son poing sur ma gueule ça l'aurait détendu. Raphaël réfrénait à peine sa joie.
- Puis-je me permettre de vous demandez ce que vous lui avez écrit ?
- Des méchancetés racistes et homophobes...
- Non ?
- Si !
- Ce n'est pas bien monsieur...
- Vous savez Raphaël je suis tout sauf un type bien. Mais rassurez-vous, votre Armando, je le connais, c'est un indic. Je me suis contenté de le lui rappeler et ça le chiffonne...
  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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