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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 00:10

L'été 1998, la France vivait dans l'euphorie de la victoire de l'équipe de France en Coupe du Monde et moi je vivais des jours agités dans le Pavillon d'Honneur de l'ancien château du Mont-Royal - devenu un grand hôtel où avait logé l'équipe d'Espagne - à la Chapelle-en-Serval, à 30 km de Paris. Ce jour-là j'arrosais mes arbres nouvellement plantés et mon téléphone portable carrillonnait. Le Ministre me proposait, en plein mois d'août, de descendre à Perpignan pour tenter de jouer le médiateur dans l'imbroglio des vins doux naturels. J'acceptais. J'arrivais un soir, la voiture du Préfet m'attendait à l'aéroport. On m'attendait vraiment comme le messie. Le dîner bien arrosé - ce cher Préfet venait d'hériter d'une énième fille - avec le Directeur de l'Agriculture, me permettait de constater que je mettais les pieds dans un gros sac de noeuds à la catalane. Le lendemain je déjeunais avec le Président du Conseil Général - un clône de Jojo - et son directeur de cabinet - portrait-type du petit loup sans foi ni loi -, on me demandait des têtes, dont celle de Jacques Séguéla auteur d'une campagne de pub mémorable et qui ambitionnait de devenir Président de l'USAP. Bref, je commençais à me demander dans quelle galère je venais d'embarquer. La conférence de presse confirmait mes craintes : les rancoeurs étaient tenaces et lourdes, la situation grave. Mais, vous qui me connaissez un peu maintenant, le challenge me motivait. Pour comprendre, tenter de trouver une issue à la crise, je fis portes ouvertes salle Pams à tous ceux qui voulaient s'exprimer. Ce fut le rush, une forme inédite de thérapie collective.

Chaque semaine je passais donc deux ou trois jours à Perpignan mais très vite je manquais d'air. Mettre le nez dehors, aller voir des gens chez eux, me sortir du jeu institutionnel. Alors avec la voiture pourrie que m'avait alloué le Conseil Général je traînais mes guêtres dans le vignoble et j'allais à la rencontre de vignerons qui avaient anticipé le déclin des VDN. Et puis un jour, je ne sais plus qui me dit " tu devrais aller voir Hervé Bizeul à Vintgrau..." Rendez-vous pris pour un milieu d'après-midi. Putain que c'était beau ! Splendeur des paysages ! A couper le souffle. Dans sa maison de village plongée dans la pénombre, Hervé Bizeul m'accueillit à la Hervé, avec une petite pointe d'ironie gentille. Je le comprenais : le techno parisien mâtiné de politique a rarement la cote d'amour. Ma mémoire n'est pas suffisamment sûre pour que je puisse vous relater le détail de notre conversation mais, ce que je puis vous assurer, c'est qu'il y eut une vraie conversation, animée, courtoise, mais sans concession. Une belle bouffée d'oxygène dans le confinement des jeux des petits appareils du cru. Et je repartais avec un ouvrage de JP Coffe sous le bras et le sentiment d'avoir été un peu bousculé dans mes certitudes. Vous pouvez pas savoir comme ça fait du bien.

Ce que j'ai apprécié chez Hervé ce jour-là c'est qu'il avait des convictions, pas des certitudes, qu'il les défendait avec talent, sans arrogance, avec humour, avec aussi, ce qui est rare dans le débat actuel, une approche qui prenait en compte notre viticulture dans sa diversité économique et sa complexité humaine. J'aime ce respect des faits et des gens. Depuis nous nous sommes rarement croisés mais je prends toujours un mâlin plaisir à le titiller via mon blog sur ses sujets de prédilexion et, je suis rarement déçu, il part au quart de tour avec talent. Alors aujourd'hui je profite - puisqu'il a commenté mon vin de cheval - de cet espace de liberté qu'est mon blog pour lui torcher une chronique : vin de mule, photo à l'appui. Le muletier c'est Franck, un Ariègeois qui a monté une entreprise de traction animale : débardage l'hiver et du labour le reste du temps. Chez Hervé il fait les plantations et 3 à 4 ha de vieilles vignes. " La mule a un meilleur pied, dans les côteaux,mais est moins puissante que le cheval; Franck en a donc toujours deux, l'une travaille la moitié de la journée, l'autre ensuite " me précise Hervé. 

Alors pour me faire plaisir allez donc faire un petit tour sur le site du Clos des Fées pour télécharger l'offre primeur 2006 www.closdesfees.com et buvez avec jubilation du vin de mule en ces temps où la taxe carbone est à l'ordre du jour...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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