Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 00:03

A la clinique j'entrais dans un univers étrange, d'une beauté froide, lisse, où chaque geste du personnel semblait dicté par le souci de mon confort, mais qui me laissait, le premier soir, dans la solitude douillette de ma chambre, apeurée. Coupée de mon univers étriqué, perdue, oppressée, je tournais en rond. Qu'allais-je devenir ? Je me sentais soudain sèche. Qui m'aimait ? Et moi qui j'aimais ? J'aurais voulu pleurer. Qu'on me consolât. Des grands bras rien que pour me câliner, des grands bras où je me laisserais aller à sucer mon pouce sans risque de me voir prise d'assaut. De vraies caresses, simples, tendres, pas des mains qui me fouillent. Que l'autre pense à autre chose que son plaisir. De la tendresse, des mots de sucre d'orge, des petits baisers dans le cou, et même qu'au lieu de ce bébé que j'allais jeter à la poubelle demain, entre nous deux, il n'y aurait que Boubou mon ours en peluche tout fripé. Par bonheur je l'avais emmené dans ma valise et je suis allé me réfugier sous les draps avec lui. Au matin, lorsque l'interne est venu me préparer, qu'il a soulevé ma chemise de nuit pour me palper, j'ai bien vu dans son regard qu'entre cet ours tout décati et mes cuisses ouvertes, lui aussi choisirait sans hésiter.

Au plan médical tout se passa bien. Mon éveil se fit sans heurt. Même mes questions de la veille semblaient s'être diluées dans l'anesthésie. Personne ne m'appela pour prendre de mes nouvelles. L'infirmière, lorsque le soir je fis mes ablutions sous son regard, me contemplait comme si j'étais un petit oiseau juste sorti du nid. Elle avait une face chevaline et un corps musculeux. Dans ses yeux, d'un bleu délavé, je vis un mélange d'envie et de dégoût. Plus tard, bien plus tard lorsque je découvris que les filles pouvaient aimer les filles, j'en compris les raisons. De voir ainsi une jeune caille ensanglantée par un mâle devait exacerber sa révulsion pour le sexe dit fort. Moi, dans ma naïveté, je crus qu'elle me jugeait. Sans réfléchir, avec un petit sourire implorant, je lui demandais de me passer le gant de toilette sur le dos. Elle le fit avec une infinie douceur. Tout mon corps s'emplit d'une infinie chaleur. Ce n'était pas du plaisir mais comme de la vie. Sa main gantée hésitait, se suspendait au-dessus de mes épaules. Allait-elle l'abaisser et la faire courir sur ma poitrine ? Elle n'en fit rien se contentant de m'aider à passer ma chemise de nuit. Une grande fatigue me tombait dessus. Je sombrais d'un bloc dans un large égoût nauséabond où flottaient, pattes en l'air, des rats poilus avec des queues immenses. Et puis, ce bruit lancinant de chasse d'eau que l'on tire. La cataracte, le trou, on m'aspirait. On me mutilait. 

   

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

commentaires

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents