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9 avril 2007 1 09 /04 /avril /2007 00:27
La gueule de bois totale, entre mes lèvres sèches la cuillère pesait des tonnes, elle me semblait être un corps étranger qui venait se ficher dans ma bouche morte. Sylvie me couvait des yeux comme si j'étais un enfant malade. Je grimaçais. Le bouillon me révulsait. Bloquait mon diaphragme. Je suffoquais. Mon coeur, suspendu, hésitait. Je pleurais. Des larmes de rien, sur rien, de la pure mécanique des fluides, comme si je me dissolvais dans mon envie de rien. Que Sylvie quitta Bréjoux, je m'en foutais, non par méchanceté mais par pure inertie. Laisser filer. Subir. Chien crevé au fil de l'eau. Le bouillon passait mieux. Mes neurones se reconnectaient. Du quai montaient les bruits de la vie. Bouger. Me bouger. Sylvie me servirait de béquilles. Mon odeur me gênait. Il fallait que je me douche. Sylvie m'aidait. Ses deux valises étaient rangées près de la porte. Nous allions donc partir. C'était une évidence. Je la laissais ôter mon tee-shirt maculé de taches de sueur. Le jet dru et bouillant me redressait. Je beuglais. Aveuglé par la cataracte j'expulsais tous les miasmes de la nuit. Sylvie m'enveloppait et me frictionnait. Oui, le temps était venu de rompre avec cette ville. " Ce soir on prend le train de nuit pour Paris..." Elle m'embrassait le front et me disait merci.
Le dimanche soir le train, bourré de bidasses remontant vers l'est, empestait la chaussette sale, le tabac froid et la pisse rance. Moulée dans un ensemble en strecht rouge très ras des fesses et juchée sur des talons aux pointes acérées Sylvie ne passait pas inaperçue. Les invites étaient grasses. D'autorité je claquais mes derniers biffetons dans deux couchettes de Première. Le préposé louchait en divergence. Au-dessus de ses lunettes à verre épais les regards qu'il jetait sur la gorge exposée de Sylvie le faisait ressembler à un boeuf entrant dans le couloir de la mort d'un abattoir. Tout me semblait laid. Immonde. Nous n'étions que tous les deux dans le compartiment. Je m'allongeais tout habillé sur l'une des couchettes. Sylvie connectait les veilleuses. La pénombre la rendait plus grande encore quand elle se défaisait avec des pudeurs de nonne. Cette fille était étrange. Je regardais son nombril alors qu'elle passait un grand tee-shirt. Son odeur citronnée tranchait le confinement fade de notre réduit. Elle se glissait sous le drap avec la précaution de quelqu'un qui veut faire oublier sa présence. Le train s'ébranlait avec une exaspérante lenteur. Aux aiguillages les roues claquaient. Depuis notre départ de l'hôtel nous étions restés silencieux. Moi inerte. Sylvie regroupait mon paquetage. Place du commerce elle achetait des sandwiches. Le bus nous déposait devant la gare. Je me sentais flasque. Ailleurs. Le train partait du quai 4. Etrange couple que le notre dans ce grand hall empli de papiers gras. Face au panneau des trains en partance je pensais à Brejoux dont la peau, disait-elle, sentait la mort. Et moi qui était déjà mort qu'est-ce que je sentais ?

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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