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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Jeudi 5 avril 2007 4 05 /04 /Avr /2007 00:01

Mon moyen de locomotion urbain, le vélo, présente de multiples avantages, outre la capacité de contrôler ses temps de trajet, donc d'être à l'heure aux réunions, il permet, puisque j'évolue en surface, de voir comment vit la ville : affiches de spectacles, panneaux publicitaires, vitrines des boutiques, vêture des gens, terrasses de café, hordes de touristes, queues devant les expositions, évolution de la végétation, nouveau resto qui ouvre, comportement de la police, incivilités en tout genre, j'en passe et des meilleures. Tout ça pour vous dire que sur mon trajet de travail, à l'aller, comme au retour, je passe devant deux magasins Nicolas, l'un est à Sèvres-Babylone, l'autre à Vavin. D'habitude je jette un coup d'oeil panoramique en passant, sans plus. Là, je me suis carrément arrêté, stupéfait. Qu'avais-je vu ? La vitrine, en partie obturée par une grille surmontée de piques sur laquelle était apposée une pancarte jaune pétant portant une inscription surprenante : A VENDRE CHÂTEAUX, prenait des allures d'annonce d'un propriétaire fauché vendant les bijoux de famille. En plus, il nous annonçait un rabais de 20%.

Vous allez m'objecter que, dès qu'il s'agit de Bordeaux - car en l'occurrence il s'agissait de l'annonce d'une foire aux vins de Bordeaux - j'ai la dent dure. Pas du tout, ce qui m'a fait m'arrêter c'est la grille. Je n'ai découvert la référence à Bordeaux qu'ensuite. Je m'explique : d'une grille peinte sur la glace d'une vitrine, même stylisée en grille de château, ce que l'on voit en premier ce sont les barreaux. Les bouteilles semblaient emprisonnées, bouclées à double tour, hors de portée. Vous me direz, l'important c'est que je me sois arrêté. Surprendre est un bon ressort publicitaire. Certes, mais cette grille façon Moulinsart je ne la trouvais pas très sympathique, elle mettait une distance entre moi et le produit. Et puis, comme je l'ai écrit, la pancarte un peu clinquante, très agence immobilière de seconde zône, donnait le sentiment que si le château était à vendre c'est que ses propriétaires n'avaient même plus de ronds pour faire réparer les gouttières du toit. J'avoue que cette campagne pour les Bordeaux m'étonne. Comme si en remettre une couche sur les petits châteaux à deux balles donnait au consommateur le sentiment de s'offrir à bon compte une bonne bouteille descendant en ligne directe des Grands.

Ce sujet, le lien entre l'extrême must et le prêt à porter Bordelais, est d'une grande importance. En effet, le gouffre d'image qui sépare l'éclatante réussite des Grands et l'extrême difficulté de la masse viticole, montre qu'à l'évidence la maison bordelaise ne tire qu'un faible parti de sa grande notoriété et ne joue qu'un rôle mineur dans notre économie viti-vinicole. Deux mondes se cotoient sans se voir, s'écouter et s'entendre. On en reste à une vision classique - qui certes à fait Bordeaux dans sa pérennité et sa notoriété - où les rôles sont distribués, la partition connue et surtout la quasi certitude que quoi qu'il arrive Bordeaux tirera son épingle du jeu. A quel prix humain ? Tel sera l'enjeu des années qui viennent. Ce prix, c'est un fait inscrit dans les panels, Bordeaux l'a d'abord fait payé à ses voisins, les AOC Languedociennes tout particulièrement.  C'est le jeu de notre marché domestique national où pour, les opérateurs, la défense de la part de marché, ou sa conquête, passe par un seul impératif : le prix d'achat de la matière première. Dans une économie d'abondance confrontée à un marché de consommation en repli c'est là où se situe la valeur à capter. Que les viticulteurs Bordelais ou d'ailleurs le découvrent me paraît un peu surréaliste. Dans une économie de cueillette c'est la seule règle. Tout le reste s'apparente à des propos de fin de banquet. Concurrence entre régions, concurrence entre structures de production, jeu normal du marché, mais la balkanisation, la faiblesse du négoce face aux acheteurs de la GD, font du toujours moins le principe de fonctionnement du système qui appauvrit l'ensemble et dévalue l'image du produit même si on le pare d'une belle grille de château.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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