Mardi 3 avril 2007
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" Nous étions à Bordeaux, il y a quelque dix ans et, après un dîner copieux, la discussion roula sur la dégustation.
Quelques-uns de nos amphytrions nous firent observer que si l'on ne voyait pas le vin et que l'on goutât, les yeux bandés, on ne pouvait distinguer le vin rouge du blanc. Gravet et moi fûmes
indignés, soutenant qu'il était impossible de ne pas faire cette différence au goût.
On engagea un pari et immédiatement on nous apporta une quinzaine de verres bien alignés, en nous bandant consciencieusement les yeux. La dégustation commença.
Les premiers verres allèrent à peu près bien.
Au dixième, au douzième verre, Gravet s'écria :
- Il est un peu plat, ce vin : c'est du petit Libournais.
- Je crus bien faire en ajoutant que c'était du Blayais.
Les amis qui étaient là, dirent :
- Gardez bien votre verre en main. C'est bien du Libournais... du Blayais, n'est-ce pas ?
On nous défait le bandeau et jugez de notre stupéfaction et de notre confusions. Nous avions chacun, un verre d'eau."
histoire de dégustation contée par E.Néraud, écrivain spirituel et connaisseur de bonnes caves, mais qui ne s'en fait pas accroire.
in Bercy Cellier du Monde de V.Drouin et O.Charpentier éditions La Caravelle 1928
J'adore cette petite histoire. Le dimanche où j'ai trouvé mon vin de
crise, au parc floral de Vincennes, dans une salle qui donnait par une baie vitrée sur le Salon Vivre et Nature, j'ai pu contempler les participants d'un atelier de dégustation. C'était comme une
histoire sans parole. Déjà que le conso bio n'est pas d'une gaité folle, la douzaine d'apprentis des deux sexes, certains prenaient furieusement des notes, semblaient être accablés par tous les
malheurs du monde. Bien sûr, l'éducateur-dégustateur, qui portait un collier de barbe, tel un néo-député socialiste de la vague rose de 1981, inscrivait des noms étranges sur un paper-board. Sans
vouloir faire du mauvais esprit je l'imaginais engueulant la fille, qui avait une tronche de vieille fille, parce qu'elle s'enfilait le fond de verre à fond la caisse ou frappant avec une badine
sur les doigts du senior plus intéressé par le décolleté de sa jeune voisine Peace and Love que par le gouleyant de son fond de verre. Moi la pédagogie ça m'a toujours hérissé. En dehors
d'apprendre à lire et écrire, je me suis toujours profondément ennuyé sur les bancs de l'école, emmerdé sur ceux du lycée et pratiqué la politique de la chaise vide à l'Université. Lire comme un
mort de faim m'a sauvé du désastre. Aimer et apprécier le vin ne s'apprend pas sur des bancs d'école. Je sais que je vais me mettre à dos ceux qui veulent éduquer le consommateur. Bon
courage, pour l'heure les résultats tardent à produire leurs effets sur cette jeunesse insoucieuse et rétive.
Par JACQUES BERTHOMEAU
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Publié dans : berthomeau
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