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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 00:16

La France a pour elle son sol et son climat, qui lui donnent des fruits exquis, des beurres renommés, des fromages excellents, des volailles réputées, etc. Toutes ces denrées de luxe trouveront toujours acheteurs dans les pays étrangers, à des prix rémunérateurs.
Mais, si certaine qu'elle soit d'alimenter la table du riche, - et ce débouché est loin d'être à dédaigner, - il n'en est pas moins des plus désirable qu'elle puisse aspirer à la fourniture des produits ordinaires, de grande consommation.
Elle le peut en transformant ses méthodes surranées de vente et en développant sa production par des procédés de culture ou de fabrication plus industriels.
Il existe encore des débouchés intéressants en Grande-Bretagne, où s'effectuent nos plus importantes transactions agricoles à l'Etranger. [...] Une connaissance plus approfondie de leurs besoins, des conditions de la vente et des transports chez nos voisins d'Outre-Manche, en facilitant la création de relations directes nouvelles aurait vraisemblablement les plus heureux effets sur l'avenir de nos exportations dans ce pays.
L'Allemagne, d'autre part, dont le développement industriel récent est vraiment remarquable, offre à nos exportateurs un champ d'action considérable. Sa production agricole est notoirement insuffisante à la couverture de ses besoins, aussi fait-elle de plus en plus appel aux ressources de l'Etranger.

Extraits de l'ouvrage "Le Commerce des Produits Agricoles " Ernest Poher Ingénieur Agronome Directeur des Affaires Commerciales à la Compagnie d'Orléans éditions JP Baillière et fils 1913

Beaucoup d'eau a coulé depuis la rédaction de ce texte, mais le Channel et le Rhin ne sont plus tout à fait des frontières qui nous séparent de l'Etranger (la majuscule est une vraie barrière) nous vivons dans une Union où la Grande-Bretagne et l'Allemagne sont pour nous des clients de première importance. De plus, notre ingénieur posait, dans la langue de l'époque, le défi d'un grand pays agricole, la France, déjà autosuffisant pour la plus grande part de ses produits, doté d'un climat tempéré et de terres arables abondantes, de se tourner vers l'exportation. Se contenter de l'attrait des élites de ces pays, pour ce qu'il qualifie de produits de luxe, est une tendance naturelle chez nous. Pays du bien-vivre nous sommes déjà méritant de condescendre à dispenser les richesses de notre beau terroir à nos voisins européens du nord ou de l'est qui mangent si mal et qui boivent si peu, de vin. Ceux du sud, pauvres mais non dépourvus de richesses agricoles, vont bien vite marcher sur nos plates-bandes : vins, fruits italiens, fruits et légumes et vins espagnols...

Pour revenir à 2007, je suis frappé dans cette campagne électorale par le caractère nombrilo-franchouillard des réponses données par tous les candidats au grands défis alimentaires et commerciaux de la Planète. Sans vouloir faire de raccourci réducteur, en voyant le défilé de ces mêmes candidats dans les travées du Salon de l'Agriculture, je pensais que nous étions encore proches de l'esprit des années 1900. En quoi flatter le cul des vaches, porter un agneau dans ses bras, ingurgiter de l'andouille de Vire ou s'envoyer un petit coup de blanc, serrer des pinces, flatter les dirigeants agricoles, donnent aux français, et aux agriculteurs eux-mêmes, une vision juste des grandes questions qui devraient nous préoccuper pour l'avenir de la planète et de ses enfants. La production agricole ne se réduit pas au petit bout de la lorgnette qu'on nous tend. En écrivant cela je ne jette pas forcément la pierre aux candidats, qui ne sont, même si le regrette, que des réceptacles. Un simple exemple, s'intéresser concrètement à l'agriculture méditerranéenne et sub-saharienne, en dehors même de la pure solidarité ou d'une certaine mauvaise conscience de nanti, c'est répondre aux vraies questions de l'immigration. Vivre au pays ! Qui ne le souhaite pas ! Mais quels sont les choix  que nous proposons dans l'UE et à l'OMC ? Aucun qui ne soit favorable à ces pays ! puisque ça n'intéresse personne. Dans ces pays, les élites consomment à l'européenne des produits importés, les paysans crèvent et les classes moyennes enragent de n'avoir pas les moyens d'accéder à nos produits. C'est la réalité et ce ne sont pas les ritournelles sur le bio, le terroir et autres productions d'élite, qui répondront à ces défis (ce qui ne veut pas dire que ces modes de production sont à négliger, bien au contraire).     

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

laurent Dulau 23/03/2007 11:10

Mon cher Jacques,
Joie de la technologie, je vous lis dans une salle de conférence d'un hôtel international à Barcelona grâce au réseau Wifi gratuit.
Faut dire que je m'ennuie un peu... mais jamais en vous lisant.
Si vous saviez comme je partage votre avis. Mais sachant également que les politiques ne feront jamais le pas les premiers, je vous propose donc d'initier une action via votre blog (et tous les blogs de vos lecteurs) pour réveiller les consciences et créer un mouvement de fond de type ONG pour prendre à bras le corps ce pb crucial pour l'avenir du monde.
Genre si tous les internautes concernés du monde agissait ensemble on pourrait récolter des fonds énoooooormes (le nerf de la guerre) autour d'un projet bien défini et fédérateur.
On s'y colle quand ?
 

Jean 23/03/2007 07:53

"Je vois qu’on a tué le vin français. Nous avions le plus beau savoir-faire. On était les seuls. Et puis, Robert Parker est arrivé, avec ses goûts d’un autre monde pour des vins forts en alcool, sucrés, structurellement vulgaires. Ce type est devenu juge. Et au lieu de le contrer tout de suite, de le renvoyer au Kansas, tout le monde l’a suivi, parce qu’il nous ouvrait le marché américain. On s’est tous parkerisé. On s’est vulgarisé, ce qui est une énorme erreur. Il ne faut jamais essayer de penser comme les autres, il faut être son propre client. D’autant que si on décide de faire des vins vulgaires, les vulgaires le feront encore mieux…"A propos  des productions agricoles standardisées, ce commentaire de Philippe Starck, tirtée d'un entretien avec rançois Simon (le Figaro, 24/02/07. Starck n'est pas ma tasse de thé, mais je trouve cette réflexion très juste. La dernière phrase notamment.

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