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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 07:00

- Marie est morte.
La grosse paluche de Brejoux se posait sur mon avant-bras, le serrait fort en une étreinte pudique, un trait d'union chaleureux.
- C'est ici que...
- Oui, c'est ici que nous nous sommes rencontrés...
- Dur mon garçon !
- J'ai du mal...
- Un accident ?
- Oui un type bourré...
- Saloperie !
- Et le pire c'est que je ne lui en veux même pas. J'en veux à la terre entière.
- Je vous comprends !
- Pas sûr, mais ça n'a pas d'importance je ne viens pas vous voir pour être plaint monsieur Brejoux...
- Que puis-je pour vous Benoît ?
- Je ne sais pas trop...
- Et si veniez dîner ce soir à la maison mon épouse saurait mieux que moi trouver les mots qu'il faut.
- Vous êtes gentil mais le réconfort je m'en tape. Moi ce que je veux c'est une rupture. Un truc qui ne m'aille pas, comme entrer dans la police.
- Benoît, écoutez-moi, je suis pas très doué pour ça, mais vous avez l'âge d'être mon fils, ne faite pas cette connerie. prenez le temps, ne bousillez pas votre vie...
- C'est déjà fait !
- Certes, mais vous êtes jeune...
- Oui c'est ça, le temps fera son oeuvre, je me marierai et j'aurai de beaux enfants...
- C'est trop frais Benoît...
- Non, Brejoux, c'est définitif !
- Mais...
- Y'a pas de mais ! Voulez-vous m'aider ?
- Réfléchissez quand même...
- C'est tout réfléchi. Je peux faire seul...
- Ne vous emballez pas Benoît. Venez dîner ce soir à la maison, nous en discuterons et je vous donnerai ma réponse.
- D'accord ! Désolé d'être aussi abrupt mais c'est la seule façon que j'ai trouvé de me raccrocher à cette putain de vie.

Avec Brejoux on a bavassé politique. Il était pessimiste. La grande peur des nantis comme celle des petites gens, transmuée en raz-de-marée électoral, c'était le pire débouché pour les évènements. Que des perdants ! En haut, les spasmes du mouvement n'ont été perçu que comme un prurit de jeunes, rien d'autre, alors que la vague s'était levée parce que cette société étouffait sous une chape de convenu. Un vieux monde disparaissait, la France terrienne, étroite, respectueuse, soumise, un nouveau pays, niché dans les grands ensembles urbains naissait, on l'ignorait, on le méprisait même. Ce qu'on appellerait plus tard la société de consommation, pour Brejoux ce n'était qu'un ramassis de gens onubilés par l'essence dont on avait privé leur petite bagnole et qui craiganit de ne pouvoir partir avec bobonne à la plage pour le long week-end de la Pentecôte. Putain, me disait-il, la classe moyenne, rien que des ventres mous, des gens qu'on tiendra par le licol... J'avais trouvé le courage de le charrier " mais c'est vous le révolutionnaire, Brejoux. Moi je ne suis qu'un émeutier de paccotille. Vous voyez bien je suis tout juste bon pour les travaux de basse la police, j'ai l'échine souple..."   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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