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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:01
C'est la suite d'hier...

La moutarde me piquait le nez, des larmes fluides dégoulinaient jusqu'à mes lèvres. Pour éteindre le feu je sifflais au goulot une grande lampée de bière. Dans sa camionnette un peu pourrie empestant l'huile de friture, juché derrière son comptoir graisseux, Ali Berkane, préposé à la graille ambulante, se gondolait. " C'est de la vraie mon frère. C'est comme les lacrymo de tes potos CRS ça chatouille le pif..." J'opinai en enfournant une nouvelle bouchée de brûlot. " Un enragé que t'es mon frère. On te dit fais gaffe c'est de la nitro et paf ! tu remets ça..." Il m'offrait le spectacle de ses dents capotées d'acier inoxydable. Ali, ses frites molles, sa harissa et ses merguez, je l'avais convaincu d'élargir son offre au hot-dog. " Mais c'est du cochon mon frère m'avait-il objecté ? C'est péché..." Avec mes copains très férus de dialectique nous lui avions démontré qu'en tant qu'Infidèle, commerçant de surcroît, qui ne crachait pas sur le jaja par ailleurs, dans une Terre de Vieille Chrétienté l'absence de hot-dog à sa carte serait perçu comme une forme insidieuse de racisme anti-français. Depuis, Ali nous bénissait. Son chiffre d'affaires montaient en flèche. " Même des anciens bidasses d'AFN viennent maintenant se fournir ici..." ajoutait-il pour se rassurer.

 

Le plaisir du hot-dog je l'avais découvert grâce à l'une de nos voisines dans mon pays crotté et ignare, une alsacienne émigrée là par le hasard d'un mariage avec un Parisien qui lui ne savait pas trop pourquoi il était resté là à faire le garagiste après la Libération. Ce fut par le truchement de la choucroute que j'arrivai à la saucisse. La Strasbourg ou la Francfort, je ne sais plus très bien, mais ce que je sais c'est que le jour où, la mère Raymonde - la femme du pompiste donc - glissa dans une baguette de pain, transformée en une sorte de tuyau tiède, une saucisse qu'elle venait d'oindre de moutarde, je tombai sous le charme du hot-dog. Un sandwiche qui porte bien son nom. Cette histoire je l'avais bien sûr raconté à Marie en m'extasiant sur l'étrange alliance sous la dent du mou et du fort. Elle avait beaucoup ri mais elle aussi s'était convertie. Nos envies soudaines et irrépressibles de hot-dog nous voyaient nous précipiter, sitôt la séance de ciné terminée, au comptoir de notre pote Ali. Aujourd'hui, il n'a rien dit Ali. A voir ma gueule de déterré il a du se dire : elle est partie. Alors il a fait comme si notre pote Ali. Marre des souvenirs, j'étais mal. Et puis merde, c'était le saucisson-beurre de notre premier jour au Conti qui me prenait la tête. Ali m'a dit " c'est moi qui t'offre aujourd'hui. J'ai répondu " merci " et je suis parti. Face à moi le bitume de la Place du Commerce m'apparaissait comme un lac gris, hostile. Traverser, gagner la Place Royale, affronter la serre vitrée du Conti. Que des souvenirs heureux... Fuir ? Y aller ! J'y allais d'un pas décidé et le rire de Marie m'y accompagnait.

à suivre demain...   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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