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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 07:00

Brejoux, je l'avais rencontré au comité de grève. C'était le seul dans l'assistance qui n'ouvrait jamais sa gueule, vu qu'il était là pour faire son boulot. En bout de table, sur un petit calepin de chantier à élastique, avec un crayon pointu, il noircissait des pages de pattes de mouche serrées. Nous préférions qu'il soit des nôtres car, avec lui, nous avions la certitude que les infos sur nos activités seraient de première main. La haute hiérarchie des flics était tellement vérolée par le SAC ou autres officines barbouzardes que c'était du pain béni que d'avoir affaire à un type des Renseignements Généraux aussi réglo. Quand je lui téléphonai, après avoir glandé pendant deux jours dans ma chambre d'hôtel, pour lui demander un rendez-vous, sans préciser pourquoi, il ne parut pas surpris. De sa voix qui roulait les R, comme le font tous les natifs de Carcassonne, Brejoux, toujours aussi laconique, me répondait " ce sera pour moi un grand plaisir de vous revoir Benoît. Plutôt qu'à mon bureau je vous propose que nous nous retrouvions autour d'un verre au Conti. Ca vous rappellera de bon souvenir..." Ma gorge se nouait. Brailler. Crier. Expulser ma rage froide. A l'autre bout du fil, le brave homme dut percevoir mon trouble, il s'inquiétait :
- Benoît vous avez des soucis ?
- Non, non, pas des soucis, mais juste le besoin de parler à quelqu'un...
Cette marque de confiance ébranlait Brejoux. Il pressentait l'urgence. " Si ça vous est possible, retrouvons-nous dans une heure au Conti..." Même s'il me prenait de court, je l'avais appelé, comme ça, avec une vague idée derrière la tête, j'acceptai sa proposition.

Comme j'étais crade je me précipitai sous la douche. L'eau, tiédasse et jaunasse, se déversait en une alternance de trombes et de pluie fine. Je me récurrai au savon de Marseille. La mousse me piquait les yeux. Mon estomac criait famine et mes jambes molles flageollaient. Il faut dire que, depuis deux jours, je me contentais de boire de l'eau du robinet. La serviette était rèche. Je me frictionnai jusqu'au sang. Le miroir piqué me renvoyait une gueule flétrie bouffée par une barbe de trois jours. Me raser me parut au-dessus de mes forces. Je me brossais les dents pour tenter de me défaire d'une haleine fétide. Dans la chambre d'à côté, un client limait une fille en gueulant " t'es qu'une pute ma salope..." ce qu'à l'évidence, elle était. De la brume dans les yeux... la peau de Marie... de la rage... je fourrageais dans mes cheveux humides pour domestiquer ma tignasse frisée... jamais plus... alors des filles comme ça... pourquoi pas... Une envie monstrueuse de hot-dog m'emplissait.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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