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21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 00:32

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi qui était né à quelques kilomètres de la mer je n'avais jamais quitté la terre ferme sur un quelconque bateau. L'avion, n'en parlons pas,  en ces années-là voyager était un luxe. A l'embarcadère de Fromentine, face à l'ïle de Noirmoutier, je découvrais notre navire propret, tout blanc, " la Vendée ". Les marins y embarquaient victuailles et fournitures entassées sur des palettes. Ils chargeaient aussi quelques voitures. Sur la jetée de bois, tout un petit monde de vacanciers, d'îliens, de passagers d'un jour se pressaient. Tout était allé si vite, je n'en revenais pas. Ma croyance dans les fenêtres ouvertes par le hasard se renforçait. Au téléphone avec Marie j'étais resté évasif, lui faire la surprise, aller la cueillir à son arrivée à Port-Joinville serait un vrai bonheur. Pour l'heure je me laissais aller à imaginer l'accueil de celui que je devais assister. D'une manière très étrange nous n'avions eu aucun contact. Au téléphone c'était son père, médecin de l'île, retraité, qui m'avait sondé. Plus exactement, l'homme, policé et courtois, m'expliquait que Jean, son fils, avait besoin d'une sorte de tuteur. Quelqu'un qui tienne les comptes, fasse les courses, la cuisine, assure en gros l'intendance générale du magasin de brocante de la Ferme des 3 Moulins. De prime abord étonné c'est avec un réel enthousiasme que j'avais accepté les conditions proposées.

Mon arrivée à Port-Joinville, sous un ciel si bleu, un air tendre et des bouffées de senteurs fortes, restera pour moi l'un des moments forts de ma vie. Jean Neveu-Derotrie était le sosie de Jacques Tati sans l'imperméable. Sa garde-robe se résumait en trois pantalons de tergal gris, deux chemises nylon blanches et une paire de sandales de plastic blanc. Mèche sur les yeux, pipe éteinte au bec, flanqué de son chien, appuyé aux ridelles d'une camionette C4 il me tendait une main ferme et chaleureuse. L'homme était merveilleusement loufoque, cultivé. Au bar de la marine il me comptait son histoire de rejeton d'une famille où l'on était médecin ou dentiste. Lui s'était fait visiteur médical. Il sillonnait la France en fourgonnette J7 pour placer des matelas anti-escarts dans les hopitaux et chiner toutes les vieilleries qui lui tombait sous la main. Militant au PSU, pacifiste, son sens des affaires consistaient à savoir acheter. L'argent ne représentait rien pour lui. Un vieux Rouen, une commode Régence ou un homme debout marqueté, ça lui parlait, ça le faisait bander. Capable des pires manoeuvres pour acquérir le meuble ou l'objet sur lequel il avait jeté son dévolu il se fichait ensuite pas mal de vendre. Jean n'aimait rien tant que de voir son magasin empli de belles choses. C'était un esthète, un pur esprit, notre accord fut instinctif, immédiat. Sans parole.

Les marins l'appellaient le " marchand de vermoulu " et se faisaient un devoir de lui faire prendre, à chacune de ses sorties, une muflée. Mon baptême du feu se révéla redoutable. Après les bières nous étions passés au pastis et, sans nous avoir mis une quelconque nourriture sous la dent, l'heure du Cognac sonnait. Je pratiquais, autant que je le pouvais, la politique du verre plein sans toutefois pouvoir éviter d'en descendre quelques-uns. Jean semblait imperturbable. Droit, rallumant ostensiblement sa pipe toujours éteinte, dans le brouhaha, il me narrait sa "guerre d'Algérie" comme infirmier. Achille, le chien, me fixait de ses yeux tendres. Tous les deux nous allions aussi former une belle paire d'amis. On m'observait. Soumis au rite initiatique d'admission dans le cercle restreint des gus capables de marcher droit après une poignée d'heures passées à écluser sec je devais triompher. Aux alentours de minuit, avec la raideur hésitante de ceux qui sont pleins comme des huîtres mais qui veulent encore porter beau, Jean et moi, côte à côte, sans nous porter secours mutuel, quittions le bar en saluant les derniers piliers de bistrot. La C4 nous mena sans encombres jusqu'à la Ferme des 3 Moulins.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

bdu 21/01/2007 13:40

Hummm Saint-gilles croix de vie, sur la terrasse d'un café, à 10H du matin, avec une douzaine d'huîtres et un verre de blanc.... Bon appêtit !

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