Samedi 20 janvier 2007 6 20 /01 /Jan /2007 00:04

L'ordre régnait à nouveau. Le pouvoir n'était plus à prendre. A la Sorbonne le comité d'organisation décidait de chasser les "Katangais" et de fermer les portes pour quarante-huit heures ; y'avait beaucoup de détritus. Daniel Cohn-Bendit, convoyé par Marie-France Pisier, rentrait en Allemagne avant que le pouvoir ne prononce la dissolution de plusieurs organisations gauchistes. Le 16 juin, la Sorbonne capitulait sans heurt. Le 17 juin, les chaînes de Renault redémarraient. Le 30 juin, au second tour des législatives, c'est un raz-de-marée, les gaullistes et leurs alliés obtenaient 358 des 465 sièges de l'Assemblée Nationale. Nous à Nantes, forts du sérieux de notre organisation, face à des caciques revigorés, nous sauvions les meubles. Ici, le vent de mai, laissera des traces durables, aussi bien chez les paysans, que dans les organisations ouvrières et politiques : la deuxième gauche allait prendre d'assaut le Grand d'Ouest et investir la plupart des places fortes d'une démocratie chrétienne à bout de souffle et incapable d'influencer son camp : Nantes, Rennes, La Roche sur Yon, Brest, Lorient viendraient s'ajouter au fief de St Brieuc.

Mon parcours d'avant-mai me valut d'être exempté de tout examen. C'est Hévin qui me l'apprit. Mon premier mouvement fut de refuser. " Evitez la bravoure Benoît, en septembre ça va être un véritable carnage. Vous avez été le témoin de leur lâcheté, ils ne vous le pardonneront pas. Examen ou pas, quelle importance pour vous, ça n'est pas du favoritisme mais l'application pure et simple de l'accord conclu. Partez en vacances ! On aura besoin de vous l'année prochaine pour tenir le choc de l'onde en retour..." me dit-il en me prenant par le bras. Marie, consultée, abonda dans le même sens. En quittant la Fac, je me sentais vidé, sans ressort. Qu'allais-je faire de ces longues vacances ? J'étais raide. Depuis plus d'un mois je n'avais pas mis les pieds ni chez mes curés, ni chez ma vieille logeuse, il me fallait aller apurer mes comptes. Mon arrivée à l'Institut Richelieu, alors que les élèves sortaient du réfectoire, déclencha un mouvement étrange. On fit cercle autour de moi, des jeunes et des profs : " alors raconte-nous ? " me dit un grand boutonneux de Terminale. Le tutoiement, un silence attentif, du respect dans leurs regards, autant de marques de la reconnaissance de mon nouveau statut d'ancien combattant de mai. A l'étage du Père Supérieur, l'accueil fut plus protocolaire, avec jusque ce qu'il faut d'ironie moqueuse, on me règla mon solde de tout compte sans discuter. Ma logeuse, elle, faillit avaler son dentier. Je fis mon balluchon en silence et la laissai en plan sans autre forme de procès.

Restait pour moi à faire un retour au pays. Voir mes parents. Au Conti, avant mon départ, Marie me pressait " allez, soit pas fier, viens avec moi à l'Ile d'Yeu..." Je haussai les épaules sans répondre. " Alors on ne va pas se voir pendant deux mois ? " Elle tapait là où ça faisait mal. Je me regimbais.  " T'en fais pas, je vais me débrouiller. Je t'appelle ce soir..." Aux Sorinières, le pouce levé, je regrettais ce départ précipité. Le stop marchait encore. A la maison on me ne posa pas de questions. Maman trouvait que j'avais maigri. Le clan des femmes s'activa pour me faire festin. Papa, pour la première fois, me parla politique. Notre première proximité. La mémé Marie, qui elle avait tout compris, interrompant son rosaire, me dit " elle est doit être jolie cette petite..." En lui montrant une photo de Marie je lui fis remarquer que maintenant j'avais deux Marie dans ma vie. Dans l'après-midi, le docteur Lory vint délivrer l'ordonnance de calmants pour le dos de la tante Valentine. C'était un type froid, avare de mots. Pourtant, ce jour-là, aimable, il me demandait " tu fais quoi de tes vacances ? " Ma réponse évasive me valait une proposition qui me laissait pantois " Mon cousin, Jean Neveu-Derotrie, brocanteur, cherche, disons un homme à tout faire, pour l'aider. Deux mois à l'Ile d'Yeu ça te dirais ? "

Simple rappel : le club Sans Interdit se mobilise pour organiser le pique-nique de la convivialité, rejoignez-nous pour réfléchir à cet évènement : lepiknik-demonik2007@hotmail.fr ou 06 80 17 78 25 c'est mon téléphone... Agissons ensemble pour mettre un peu de douceur dans ce monde de brutes... 

           

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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