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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 00:03

Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre, tel un grand fou rire, la nouvelle se propageait sur les ondes : Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaît à la Sorbonne. Tout le monde rit, jaune pour certains, le pouvoir connaît quelquechose de pire que l'impuissance, le ridicule. Christian Fouchet, car les télévisions des chaînes internationales sont là, est la risée du monde entier. Avec Marie, alors que nous redescendions sur Nantes dans notre 2CV capotée, nous l'avions entendu sur le transistor miniature, made in japan, que nous avait offert son père. Cet épisode, grand guignolesque, devait conforter le général dans son incompréhension de cette chienlit si éloignée de l'ordre militaire. Mais comme nous l'avait expliqué le père de Marie, il le tenait de l'épouse du Premier Ministre qui appréciait sa peinture, ce que de Gaulle supportait mal c'était de voir beaucoup des Excellences du gouvernement - la saillie est de Bernard Tricot - se " décomposer biologiquement". Seuls quelques originaux, du style Sanguinetti, ne cédaient pas à la panique. Le Vieux, ne pouvait camper sur cette position désabusée. Son goût du poker politique, qui l'avait vu affronter des pointures comme Churchill et Roosvelt, allait le pousser à un dernier coup de bluff.

A Nantes, le front ouvrier est solide. La Faculté de Lettres est un cloaque. En Droit, tout est figé. Seuls les médecins, partis sur le tard, hors structures syndicales, ruent dans les brancards. Avec Marie je participe à l'intendance du mouvement en tirant des affiches à l'atelier improvisé dans la buanderie du CHU. Les carabins ont une bonne descente, un goût prononcé pour la copulation, alors les fins de soirée s'apparentent à de quasi orgies. Le nouveau statut de Marie, la nana du grand juriste gaucho, la préservait de leurs assauts, car même si le carabin est chaud il reste encore très respectueux des codes de la bienséance. A notre retour de Paris nous fûmes traités tels des émissaires venant de rendre visite au grand Mogol. En dépit de ses protestations, je laissai la parole à Marie. " My chérie c'est la meilleure thérapie que je connaisse pour guérir tes chers collègues de leur machisme policé..." Le résultat dépassa mes espérances, les blouses blanches lui firent une standing ovation. Il faut dire que l'amour de ma vie, fine mouche, avait su brosser un tableau de la situation qui ne pouvait que satisfaire ces grands jeunes gens dont l'immaturité politique était proportionnelle au sectarisme des extrémistes des deux bords.

Ce soir-là Marie voulut que nous couchions chez sa mère. A peine rentré le téléphone sonnait. C'était son père. La nouvelle était d'importance : de Gaulle venait de quitter Paris en hélicoptère. Le grand poker menteur venait de commencer. Flore dînait en ville. Plus exactement elle passait sa soirée chez son notaire. Seuls dans le grand appartement, étendus sur le grand canapé du salon, nous écoutions Procol Harum en boucle en sirotant de grands verres de citronnade glacée. Mai, ce mois de mai fou, échevelé, toujours à la limite sans jamais la franchir, retenait son souffle, en apnée, tel un courreur insoucieux de ses forces qui, dans le dernier virage, alors que la ligne d'arrivée est proche, sait qu'il va perdre ; que ceux qu'il a nargué pendant sa folle chevauchée vont fondre sur lui, le laisser sur place, gagner. La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille. Marie, en se blotissant contre moi, me disait " il est à nous ce mois, ça il ne pourrons pas nous l'enlever..." 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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