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24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 00:10

Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que je savais d'elle et l'affaire était pliée. J'allais passer ma vie avec cette grande fille droite et simple. Nous étions allés manger des berniques et des sardines grillées dans un petit restaurant aux volets bleus. Le serveur avait allumé des bougies. Elles grésillaient. Marie était aussi fraîche et belle que Françoise Hardy. J'adorais Françoise Hardy. Je le dis à Marie. Elle rit : "et moi tu m'adores comment ? "


- Comme le beurre de sardines...


- J'ai peur...


- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...


- Alors je suis fichue Benoît. Tu vas me croquer...


- J'hésite...


- Menteur !


- Es-tu baptisée ?


- Non !


- Alors je peux car ce ne sera pas un péché...


- Je suis juive !


- Moi je suis goy et je t'aime !


- Que tu dis.


- Je ne l'ai jamais dit.


- Menteur !


- Et toi ?


- Je ne veux que toi !


- Alors c'est simple, puisque je t'aime plus que le beurre de sardines, je vends mon âme au diable des goys pour le prix d'une petite juive qui ne veux que moi. Tope là !

 

Nos mots, nos rires, nos silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, des draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonfle sous la brise, nos caresses, nos premiers émerveillements, le coeur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur mon cou, nos enlacements, nos maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de nos corps, notre désir, le café chaud dans de grands bols...  

 

Pourquoi vous confierais-je la plus petite parcelle de cet espace de temps où chaque seconde était bonheur ? C'est trop simple le bonheur. Traduit en mots on le trouve mièvre. Qu'importe, peu importe, il était là, sans nuance, débordant, éclaboussant, Marie et moi on se fichait pas mal de le cerner, de le retenir, il nous était tombé dessus comme ça, c'était bon, c'était bien. Nul besoin de serments, d'arrangements, de tout ces atours, ces quolifichets, le 24 mai 1968 était le jour d'elle, le seul jour, l'unique.  

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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