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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 00:05

Muni de cette vaisselle vinaire hétéroclite, après avoir donné un peu d'air aux grands crus, je procédai d'autorité à une distribution équitable. Le doyen, toujours aussi ramenard, délivrait de doctes appréciations, faisant étalage de sa science de la dégustation. A ma grande stupéfaction, un panel représentatif de l'orthodoxie prolétarienne, fit cercle autour de lui pour gober ses lieux communs. Magie du vin, la perfusion des nectars de haute extraction dans de jeunes veines révolutionnaires et, dans celles plus obstruées, des mandarins, déliait les langues, attisait l'esprit, donnait de la légèreté aux mots. Ils fusaient. L'euphorie montait. Le professeur Salin abandonnait Milton Friedmann en rase campagne pour raconter des histoires salaces. Ma Pervenche, seule femme dans ce marigot de mâles ennivrés, subissait les assauts conjugués de Dieulangard, le Spontex, et du doyen que j'avais surpris, quelques minutes auparavant, en train de siffler les fonds de bouteille. Nous étions tous pétés. A la reprise de la séance, sur proposition de Jean-Claude Hévin, un assistant famélique, spécialiste du droit de la Sécurité Sociale, le principe du passage automatique en année supérieure fut voté à l'unanimité. A la suite de ce vote historique, le doyen se levait pesamment pour porter un toast, en dépit de son verre vide, " au succès du plus grand mouvement populaire du siècle..."

 

Ce soir-là, Pervenche et moi, rentrâmes à pied. Nous devions distiller nos excédents avant d'aller dormir. Le ciel de mai était pur, l'air tendre et nous fîmes une longue pause sur les pelouses bordant l'hippodrome du Petit-Port. Couchés sur l'herbe, le nez dans les étoiles, Pervenche ayant posé sa tête sur mon ventre, nous étions restés un long moment silencieux. Même si mon alcoolémie voguait encore sur des sommets, ma lucidité restait intacte, vive, et je pressentais que ma compagne, qui ne quémandait que des caresses tendres, attendait de moi autrechose que l'expression animale de ma virilité. Ayant grandi dans les jupons des femmes j'ai développé un sentiment, dont on dit qu'elles sont supérieurement dotée, l'intuition. Ce sont des ondes fines, une faisceau sensible, comme une petite musique intérieure qui vous rend réceptif, prêt à accueillir et comprendre même l'indicible. L'autre le sent, s'ouvre, se confie et j'entendais Pervenche me dire " Benoît, j'aime les filles..."

" Tu en aimes une en particulier ? "
- Oui.
- Elle le sait ?
- Non.
- Alors, dis-lui...
- Non !
- Tu crois que ce n'est pas réciproque ?
- Oui...
- Tu en es sûre ?
- Oui !
- D'où tires-tu cette certitude ?
- Parce que c'est Anne Sautejeu...
- Non !
- Si !
- Mais c'est la reine des fafs de la Corpo...
- Je sais Benoît mais je l'aime...
L'irruption brutale dans ma petite tête bien pleine, de l'absolue irrationnalité de l'amour avec un grand A, me propulsait dans une abyssale attrition.
 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Lutin :0016: 03/12/2006 21:56

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