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20 novembre 2006 1 20 /11 /novembre /2006 00:05

Après la folle nuit du 10 au 11 mai où la rue Gay Lussac donna aux évènements son vrai parfum de chienlit insurrectionnelle, le grand amphi de la Fac débordait. Au premier rang, très entouré, je donnais des nouvelles fraîches du front. Mon informateur, Armand Boulineau, avec qui j'avais usé mes fonds de culotte à l'école Ste Marie, venait tout juste d'émigrer sur le Boul'Mich pour faire le serveur. " Toi Benoît tu peux comprendre. Même si faire le larbin en terrasse n'est pas toujours très marrant, c'est tout de même mieux que de rester aux culs des vaches à crever la dalle, sans un, sous les horions du vieux Boulineau..." Depuis le début des évènements, il me passait des coups de fils chez ma vieille pour me tenir au courant. L'Armand ça lui donnait une pêche d'enfer que de voir ces petits bourges casqués, masqués de foulards, en baskets donner le tournis aux mobiles. L'avant-veille de la fameuse nuit le grand Boulineau m'annonçait son ralliement à la cause du peuple, enrôlé par Violette, une chouette nana de la Sorbonne, " une tête mon Benoît...et je t'en dis pas plus...mais après la bataille le repos du guerrier c'est pas dans les livres qu'on le trouve..." Vu sa carrure, son double quintal et ses pognes larges comme des battoirs de lavandière, l'Armand Boulineau du Grand Douard en abattait comme dix petits enragés.

Le 10 mai j'étais rentré tard rue Noire. Alors qu'en Lettres les anars tenaient le haut du pavé et commençaient à lupanariser leurs locaux flambants neufs, en Droit, le mouvement pataugeait, les chefs se marquant à la culotte. Moi je frayais dans tous les cercles et je me contentais de siffler des bières tièdes en écoutant les barbus ratiociner sur leurs obsessions programmatiques. Ma vieille baveuse goûtait modérément mes horaires erratiques. Elle bougonnait en glaviotant du dentier sans me prendre de front. La télé officielle apeurait le bon peuple et, comme sous ma tronche de propre sur lui je pouvais planquer un suppôt de la révolution, elle se méfiait. Ce soir là j'étais tombé dans un sommeil lourd et je dormais comme un sonneur de vèze quant, à 7 heures du matin, je fus réveillé en sursaut par une main dure. Emergeant d'un coaltar cotonneux j'eus une vision d'horreur : une bouche sans dent et la réplique hirsute d'un balai de fragonnette me surplombaient. La bouche chuinta.
- Votre ami vous demande au téléphone...
Les yeux globuleux et irrigués de sang me fusillaient. Comme je dormais nu mon lever intempestif extirpa de la bouche molle une bordée de flatulences fétides. D'un geste ample je m'emballai dans ma vieille robe de chambre en grommelant un " je suis désolé..." peu crédible.

Le Léon, à l'autre bout du fil, chuchotait. " T'étonnes pas mon Benoît on se planque, ça fait plus d'une heure qu'on s'est réfugié dans un hôtel. On est dans le noir. Moi je suis au standard. Le gardien est reparti pousser son roupillon. Les autres sont installés dans des chambres aux étages. Faut pas que les bourrins flairent notre présence. Pour l'instant y z'ont pas encore pointé leurs truffes. Tu comprends, vers 6 heures ça devenait difficile de continuer de les ballader dans le quartier alors on a eu l'idée d'ouvrir la porte de cet hôtel. Comme les casqués entraient de force chez les particuliers pour ramasser du manifestant on s'est dit que, cons comme ils sont, y penseraient pas à venir nous chercher là. Les filles mouillaient de trouille de tomber entre leurs pognes. Faut dire qu'y z'y vont de bon coeur les boeufs. On les a tellement fait chier qu'y z'ont le tournis les brutes épaisses. Y font la connerie de leur vie. Les bourgeois du quartier y sont horrifiés de voir pisser le sang de leurs mouflons. Bon va falloir que je te laisse car y faut que nous sortions de cette souricière. Moi, avec ma gueule de péquenot, je peux pointer mon nez dehors sans qui m'emballent. Tu sais Benoît je crois que la mayonnaise prend. Faut que vous vous bougiez le cul en province. Crois-moi si ça part de tous les côtés y sauront plus par quel bout la prendre cette affaire..."  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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lecteur avide 20/11/2006 08:19

Tout cela est sans doute divertissant, mais quid des reflexions du club sur la crise viticole, l'actu, les décisions ou non-décisions, enfin bref la vie de la filière ? (réflexions du club ou des blogeurs de ce site d'ailleurs…)NB. Internet étant tout sauf sensible, et pour vous éviter les habituels smileys, je précise qu'il n'y a pas d'animosité dans ma question.Merci

JACQUES BERTHOMEAU 20/11/2006 09:27

- le blog c'est moi- le club c'est nous - les bloggeurce sont eux...Moi j'ai déjà donné et reçu essentiellement des coups sur la gueule,Nous, nous avons choisi d'agir hors les estrades par souci d'efficacité, c'est notre choix. Nous accueillons ceux qui partagent ce choix,Eux ils me lisent et font ce que bon leur semble.Ceci étant écrit sans animosité mais après 230 chroniques si je me contente de ressasser les mêmes antiennes je vais lasser.Enfin pour moi le vin c'est un produit festif alors si on ne peut pas se marrer à l'occasion il vaut mieux se reconvertir tout de suite dans le buiseness du sérieux qu'affectionnent nos penseurs patentés.Merci lecteur avide mais il ne faut pas se contenter de consommer il faut aussi produire. A lire vos réflexions : mon blog est ouvert à tous...

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