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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 00:34
Pour le nouveaux arrivants, ceci est la suite de mes écrits du samedi et du dimanche qui ont commencé le 7 octobre... Pour eux machine arrière toute... Pour les autres merci de votre fidélité...

Moi la belle gueule, grand ramier indifférent, j'avais bonne mine avec mes conneries sur le potentiel d'amour des laids. Bourré de sommeil je me sentais sale de l'intérieur, infect, rien qu'un pourri-gâté. Comme je déteste les petits matins blafards, ils me glacent, me donnent envie d'un bol de café au lait à la cuisine, coude sur le formica, les pieds dans des charentaises, face à bobonne en robe de chambre ; m'enfouir dans la douce chaleur du foyer. M'offrir l'hôtel me sembla le seul antidote à mon état de minable lamentable. Pas n'importe lequel hôtel, la gamme au-dessus du bouge pour VRP en costume tergal, le genre un poil vieillot avec baignoire à gros robinets qui pissent drus. Le Terminus St Lazare m'allait bien. Vu ma dégaine crasseuse je me l'offris, en anglais, avec une poignée de dollars et juste ce qu'il faut de mépris. Le loufiat de la réception me traita avec les égards du au duc de Windsor ; dans les taules de luxe ça marche à tout coup le mépris.

Je me suis éveillé sur les coups de cinq heures de l'après-midi. J'étais près. C'est par Chantal que j'ai commencé. Après elle je m'étais laissé glissé en pente douce dans l'indifférence. Sans effort apparent, ni frustration, j'adoptais une abstinence sereine, rangeant les filles dans la catégorie des plantes d'ornements. Face à ce retrait, certains garçons de mon entourage en déduire, à tort, que leur heure était venu. Trop de poils, trop de muscles, trop facile, je les éconduisais en soupirant. De cette période de chasteté non contrainte je garde un souvenir de force contenue, forme la plus accomplie de la maîtrise de ce que mes frères de chaîne, les mecs, qualifient de besoins physiologiques. Chantal m'avait lavé des hantises sexuelles propres aux garçons de mon âge. Ma réclusion n'avait pourtant rien de monacale, j'occupais l'essentiel de mon temps à l'observation des femmes mariées. Dans mon bestiaire féminin, l'épouse, la jeune épousée surtout, présentait la supériorité d'être potentiellement pécheresse. Son serment de fidélité, tel celui de chasteté des prêtres, la plaçait en première ligne de la tentation : la chair est si faible et le plaisir si fort.

Le clan des femmes, en choeur, chantait mes louanges : j'étais en avance, j'apprenais tout ce que je voulais... et moi de soupirer dans mon fors intérieur que j'échangerais tous les prix d'excellence du monde pour le corps d'une de ces femmes mariées qui ne peuplaient que mes rêves. Du haut de mes seize ans elles m'étaient inacessibles. Pour une fois, mon avance ne me servait à rien, ces dames allaient chercher dans des bras plus puissants le plaisir défendu. Comment auraient-elles pu imaginer que ce grand gamin, même s'il était dépourvu d'acnée, lorsqu'il pointait son regard noir sur elles, c'était pour les déshabiller avec une volupté dont les privaient leurs rustres amants ? Elles m'ignoraient. Ne pouvant pousser plus avant les feux de mon désir, et comme je ne pouvais user de ma plume, je restais encalminé. Sur mes cahiers secrets je brocardais leur mol abandon dans des bras si semblables à ceux de leur époux légitime. Quel manque d'imagination ! J'enrageais.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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