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4 novembre 2006 6 04 /11 /novembre /2006 00:05

Son marché je l'avais accepté sans protester. Chantal partait le lendemain travailler à Paris. Nous nous sommes plus jamais revu. Bien des années plus tard, dans la salle d'attente d'une gare, je ne me souviens plus où, ce devait être au fin fond de la Manche, à Valognes, sur une banquette de skaï craquelé, j'ai ramassé un bouquin de poche défraîchi. Comme j'ai horreur de voir les livres abandonnés, ça me fache, je l'ai fourré dans mon sac à dos sans même regarder le titre et puis je me suis avachi sur la banquette. J'étais en avance. Je n'avais aucune raison d'être en avance mais j'avais décrété que je ne voulais pas rater le train. Tout le monde s'était marré vu ma situation de glandeur professionnel. Une bonne demi-heure à tirer. Attendre ! Dans ce bout de ma vie je passais mon temps à attendre. Je n'attendais rien mais j'attendais. Complaisant je passais mes jours à m'apitoyer sur moi-même en grillant des clopes roulées et en éclusant des bières.

Quand j'ai trouvé ce petit livre, je pense que ce devait être le jour où j'étais allé voir Bourassaud, mon ancien commissaire, et que nous avions carburé, trois jours durant, au Calvados. Ma tête faisait office de laminoir. Je pelais de froid alors qu'il faisait tiède. Bourassaud m'avait prêté un vieux pull qui sentait le moisi. Ca ne me dérangeait pas car j'étais moisi moi-même. Le dimanche nous avions bouffé comme des chancres des trucs qui baignaient dans la crème en sifflant des bocks de cidre. Marie-Jo, la femme de Bourrassaud m'aimait bien. Elle était plantureuse, sensuelle et, surtout, elle portait des bas. Les bas et les portes-jarretelles ce n'est pas mon truc. Je trouve que ça fait chaudasse. Pourtant, j'avoue que Marie-Jo, qui dans ce trou pourri s'habillait avec goût, donnait aux bas résilles un charme qui me troublait. Elle n'allumait pas Marie-Jo, non, elle se contentait d'aller de venir, de s'asseoir, de se relever avec grâce. Moi je la contemplais. Elle accrochait un petit sourire à ses lèvres bien dessinées et me raccompagnait toujours à la gare. 

Dans la 4L le spectacle de ses cuisses à demi-découvertes me chavirait mais je résistais. Ce dimanche-là, avant même que je ne m'extrais de la carlingue, Marie-Jo m'avait dit " Benoît, tu deviens moche, c'est triste qu'un type comme toi se vautre dans le n'importe quoi. Fais-moi plaisir ne reviens plus..." Bien sûr ça m'avait un peu secoué mais je m'étais contenté de lui sourire bêtement en lui jetant un regard vide. Me précédant elle m'avait accompagné jusqu'au guichet. Moulée dans un jeans taille basse et un pull angora vert anglais lui découvrant le nombril, la Marie-Jo, toute rousseur dehors, me donnait soudain envie de sortir de mon koaltar. Je trouvais la force de grogner un " t'as raison faut que je me lave... " pâteux. Ca l'avait fait rire et, en voltant, elle m'avait roulé une pelle monstrueuse que j'avais recueilli comme une huître pas fraîche. Avant que je ne réagisse elle était déjà partie. C'était mieux comme ça. Chasser sur les terres des amis ce n'est pas mon genre et puis, en ce temps-là, je ne chassais pas du tout. Marie-Jo valait mieux qu'un détritus dans mon genre. Ma libido défaillante me précipita dans un profond sommeil. Je ratai l'express et je du m'embarquer, à la nuit tombée, dans un tortillard.    

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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