Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 00:05

L'intéressée, radieuse, ignorait avec superbe le venin de ces vipères édentées. Madeleine se contentait de concéder que ma conception était un banal accident de parcours ; une simple erreur de calcul. Elle riait en balançant aux rancies " une naissance est toujours un heureux évènement..." Pour le cas d'espèce le docteur Ogino avait le dos large car la réalité était toute autre. Mes parents, au retour des noces bien arrosées du cousin Neau qui se mariait sur le tard, dans l'euphorie de l'aurore, pour le plaisir, par deux fois, dans le foin de la grange et sous les draps frais du lit, avaient joué au papa et à la maman. Ce furent deux beaux assauts et, Madeleine, plus diablesse encore qu'à l'accoutumée, avait mené mon Philippe de père dans les hautes sphères du plaisir.

Je fus ainsi conçu, dans le désordre et le plaisir. Ma mère a joui, crié, dit des choses pas convenables en recueillant la semence de mon père. Je suis un enfant du péché et je m'en fous. Madeleine aimait l'après. L'abandon de son grand Philippe. Elle le rassurait avant qu'il ne roule sur le flanc et ne s'abime dans un sommeil lourd. Je suis un enfant de l'amour et j'aime ça. Mon code génétique a du, j'en suis sûr, être largement tributaire des tribulations initiales de mes géniteurs. Les mauvaises langues hygiénistes diront, puisqu'ils étaient gais, que mon Qi a du subir une forte dévaluation liée à cet état non conforme au code de l'accouplement sanitairement correct. Mais pour moi le pire était à venir : j'ai grandi dans les jupons des femmes.

Ce furent elles qui firent pression sur Madeleine pour qu'elle choisisse un prénom de garçon. Pour ma grand-mère paternelle, sa soeur ma grand-tante et ma soeur Zézette il ne faisait aucun doute que Madeleine portait un garçon. Dans la famille, le prénom de mon père : Philippe, se raccrochait au Pétain du Verdun de mon grand-père et, par pudeur, on évitait ce rappel historique. Par bonheur, mon père n'était pas un fan du général, j'ai donc échappé à Charles. Dans le lot des femmes seule ma Zézette de soeur faisait des propositions que nous qualifierions de nos jours de people. Ma mère, face à ces aussauts et à ceux de toutes les autres femmes qui passaient à la métairie, restait impavide. Elle affichait une indécision de façade mais, en trimballant avec entrain son gros ventre, elle attendait son heure.

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

commentaires

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents