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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /Sep /2006 08:02

Vin de bagnole, c'est ce qui m'a sauté à l'oeil lorsque j'ai vu l'étiquette gentiment trash - fond jaune canari et bandeau rose - et je me suis dit voilà un gars qui se fout de la gueule des bordelais et de leur vin de garage. Mais au-dessus de cette appellation non contrôlée, en noir, s'étalait la gracieuse expression masculine " ON S'EN BAT LES COUILLES " et là je me suis dit c'est sans doute de l'humour de mec. Comme c'est une photo dans un magazine je lis le texte explicatif, spirituellement intitulé "God save the bibine " où le journaleux gastronomique écrit en citant le vigneron " on n'est pas obligé de le boire au volant " Ouf ! Son "vin de bagnole " provocateur assumé, moque la frilosité de notre époque et la diabolisation du vin..."

Moi j'adore les provocateurs mais en l'espèce où est la provocation. A l'endroit du Ministre de l'Intérieur ? Il s'en bat les c... De plus, l'emploi du on générique laisse à penser que c'est la corporation des roulez bourrés qui s'exprime. Mec, faut assumer et écrire " je m'en bats les couilles ". De qui d'ailleurs, des pauvres gens qui se font défoncer par un pochtron ? Et vous le journaleux, je ne vois pas en quoi se battre les couilles des lois de la République - même si on les estime mauvaises - c'est se moquer de la frilosité du temps. Faut pas demander aux sauvageons le respect de la légalité républicaine, eux aussi ils s'en battent les c... Je ne suis pas soupçonnable de participer à la diabolisation du vin ni d'être cul pincé, mais désolé les mecs ce genre de plaisanteries à deux balles, bien couillues, je trouve ça minable, très Loir et Cher profond, très con. Ce n'est pas avec ce niveau de provoc épaisse que nous convaincrons l'opinion publique de notre bonne foi face à la lutte contre la violence routière.

De plus, détail intéressant, ce nectar issu de 6ha de vieilles vignes, un gamay dit le gratte-papier, "du vin digeste, le plus nature" dit le provocateur mercanti, est un vin de table de France vendu au prix très couillu de 7,40 euros la boutanche de 75cl. C'est le père Coutoux qui doit être content : à l'hecto c'est tout bon pour ses vignerons. Certes, le provocateur autoproclamé s'en bat les couilles mais il s'en met plein les fouilles. Le jour où ce petit monde se retrouvera face à de braves gens qui ont vu leurs proches tués par un chauffeur bourré - j'ai pas dit au vin, mais ça peut aussi en être - je suis sûr qu'ils feront moins les intéressants. Ils bafouilleront que... Que quoi d'ailleurs... Si c'était de l'humour je préfèrais celui de Coluche car lui au moins il avait du coeur et du talent. Bon vous me direz que tout cela est une tempête dans un verre d'eau, que c'est un pet de lapin sur une toile cirée, ça va pas faire grand bruit. Certes, mais c'est du niveau de nos affrontements à la con, de la provoc nullissime, ça débouche sur du mépris et entre nous ça n'intéresse que nous, pas nos consommateurs.

Moi ce matin ça m'a fait du bien de pousser un coup de gueule dans le désert de l'indifférence. Car dans ce pays on s'en bat les couilles de beaucoup de choses, plus particulièrement des autres qui ne sont pas des choses. Gueuler ça dégage les bronches. Et puis ce bref retour du côté de Mesland m'a fait penser à Michel Delpech et au temps où j'étais "monsieur vin du Loir et Cher"   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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