Dimanche 17 septembre 2006 7 17 /09 /Sep /2006 00:03

Léon affichait le sérieux qui sied aux gens haut placés, il passait un costume sombre sur une chemise blanche sous le regard lance-flammes d'une Carlotta aussi nue que courroucée. Sans se démonter, il lui demandait " je peux mettre mes Veja avec ça Carlotta ? " La tigresse voltait, hésitait, lui lançait " tu n'es qu'un goujat plus jamais tu ne me toucheras..." pour s'entendre répondre " alors comme ça je suis congédié comme un valet..." Décontenancée, Carlotta lui tendit les bras qu'il esquiva. " Penses-tu recevoir ces messieurs dans ce simple appareil ? " railla-t-il. Elle croisait les bras. Il en rajouta une couche " c'est mieux ainsi mais ça ne suffit pas Bella " Rageuse elle s'enroulait dans un drap " comme ça, ça te va ? " Léon, qui laçait ses Veja, lui répondit " aujourd'hui tout me va..." 

Carlotta introduisit les plénipotentiaires dans le grand salon où se tenait Léon calé dans un vaste fauteuil, les pieds posés sur le cuir patiné d'un bureau empire. Ils étaient quatre, deux gros, dont le gros Pochon le papa de Léon, et deux longs. Pendant qu'ils s'alignaient en rang d'oignons face au petit Pochon Carlotta posait ses belles fesses, à l'extrême ouest du bureau et affichait à ses lèvres botoxées un sourire à damner une bonne moitié des saints du calendrier. On aurait entendu une mouche voler. Léon contemplait le bout de ses Veja. Ce fut le gros Pochon qui fit les présentations. Le papet d'abord, le rusé Bourdalou qui avait l'air aussi frais qu'un mérou en fin de marché, boudiné, fripé, avec aux pieds des mocassins de gérant de clandé.

Pochon premier s'escrimait à vanter les hautes et anciennes responsabilités du papet qui s'impatientait grave, goûtant que très modérément la décontraction du petit Pochon. C'est alors que Carlotta, tout miel, sussurait " cher monsieur Bourdalou, vous souvenez-vous, nous nous sommes rencontrés chez le gouverneur de la Banque de France, je portais un fourreau en lamé, un dîner avec le Ministre des Finances qui tout en nous bassinant sur l'état des déficits ne cessait de me faire du pied et de me tripoter..." Le papet exultait. Enfin quelqu'un qui savait reconnaître en lui un important de ce pays. Imperturbable le vieux Pochon continuait ses présentations en se tournant vers le plus long des deux longs, sapé comme un banquier, du fil à fil, rien à jeter. Sitôt son patronyme annoncé : Amédée Fleuron de Poulpiquet, le long déposait de sa belle main aux doigts manucurés ses références sur carton : associé-gérant de Brown, Brown and Brown. Le dernier, le plus jeune des longs, inquiétait Léon, sa dégaine de flic ne lui disait rien de bon.

A la semaine prochaine et bon dimanche...   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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