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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 08:29

" Tout est imbriqué. Le secteur est dominé par une poignée d'individus qui cumulent tous les pouvoirs. Les dirigeants de la CNCA, Yves Barsalou et Lucien Douroux, se sont autorecrutés. Et ils ont eux-mêmes constitués, en tant que dirigeants de la FNCA, le CA de la Caisse Nationale. Ce dernier reconnaissant, les a ensuite portés à sa tête. Michel Debatisse, ancien président de la FNSEA, ancien secrétaire d'Etat aux IAA, beau-frère de Lucien Douroux, est aujourd'hui président de la Sodima, vaste ensemble de coopératives qui a répondu dans le monde la petite fleur de Yoplait. François Guillaume, ancien président de la FNSEA, ancien ministre de l'Agriculture, était président de St Hubert. L'ULN, qui pèse 10 milliards de francs de CA, est aujourd'hui dirigée par Michel Ledru, cinquante-quatre ans, président de la FNPL et n°3 de la FNSEA. Le monde du blé est tenu, lui, par Henri de Benoist, dirigeant de la caisse de l'Aisne du CA et président de la puissante AGPB. Georges Garinois, administrateur de Béghin-Say, est le patron des betteraviers... "

C'est toujours extrait du bouquin de Gabriel Milési publié chez Belfond en 1990, page 123, la fameuse page où se niche l'inconnu dont tout le monde se fout sur ce blog...

 

C'est de l'histoire ancienne me direz-vous, l'ensemble des dirigeants cités par Milési se sont retirés de la scène professionnelle et Michel Debatisse est décédé. Alors pourquoi remuer la poussière ? Pour une raison simple : en 2006 l'establishment agricole a en grande partie perdu les manettes du pouvoir économique de haut niveau : la CNCA est un groupe privé CASA où la technostructure gouverne, sur les deux groupes laitiers : l'un la SODIMA est en sursis, l'autre l'ULN s'est englouti suite à " sa faillite " dans le groupe Bongrain. Les céréaliers perdent du terrain avec la nouvelle PAC et les soucis d'Unigrains. Il n'y a plus d'entreprise française dans le secteur du sucre qui va perdre avec la réforme de l'OCM ses privilèges. Bref, le monde change, le monde agricole perd encore de son influence...


L'autre raison de ce retour en arrière c'est qu'à l'époque où Milési publiait son opus j'étais directeur du cabinet et qu'un jour, à la suite du mardi mensuel avec le CAF (FNSEA, CNJA, CNMCCA et APCA) Michel Ledru me demande un entretien. Il me suit dans mon bureau pour m'annoncer que l'ULN a un trou de trésorerie et qu'il sollicite mon soutien, c'est-à-dire celui de l'Etat. Le trou est abyssal. Ces braves gens ont acheté à tour de bras des entreprises en Espagne : un peu comme le pékin moyen qui s'achèterait des appartements avec son découvert de CB. Le directeur général, dont je tairais le nom, me la joue grave. Nous devons avec Edith, la conseillère technique au cabinet, ex de la Banexi, tenir à bout de bras le pool bancaire de 23 banques aussi affolé qu'une couvée de poussins. La paye de lait mensuelle de 12 000 livreurs est en cause. Les repreneurs se bousculent, Michel Besnier en tête : Coeur de Lion la marque de camenbert de l'ULN cause des soucis à son Président. Mon devoir de réserve m'interdit de faire état du jeu : les avocats d'affaires s'agitent, les redresseurs d'entreprises fondent sur la proie : mon ex-patron à la SVF l'innénarable Axel Ruckert me la fait dans le style on se connaît Jacques, les élus s'affolent, les dirigeants agricoles rasent les murs et j'en passe...


Discret, ex-séminariste, Jean-Noêl Bongrain, l'homme du Caprice des Dieux, du Boursin et autres spécialités fromagères, l'homme des marques, fondateur et patron du groupe laitier éponyme créé dans une petite laiterie de Haute-Marne, demande à me voir. La rencontre a lieu dans un discret hôtel particulier du VIIième arrondissement assez mal meublé. Gris sur gris, l'homme m'accueille avec la componction des prélats. A peine suis-je assis que JN Bongrain de sa voix doucereuse me pose une question. "Monsieur Berthomeau pourriez-vous me citer les vertus cardinales?" Inversion des rôles, d'ordinaire mes interlocuteurs me cirent les pompes, lui me met en difficulté. Il sait que je suis un pur produit de l'enseignement catholique vendéen. Il me teste. Dans les tréfonds de mes souvenirs de catéchisme je ne retrouve que les 3 vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité mais du côté des cardinales, qui elles sont au nombre de 4, je suis à la ramasse. Pourtant je m'arrache et risque la justice et le courage puis je jette l'éponge. JN Bongrain, toujours aussi chanoinesque me félicite, d'ordinaire ses interlocuteurs sèchent totalement. Il complète ma liste : la prudence et la tempérance... Vous comprenez mieux maintenant pourquoi mon coeur penche du côté du vin plutôt que vers les produits laitiers...  

 

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