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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 00:09

Chers compatriotes,

 

Ma décision est prise : je pars !

Je quitte sans regret notre mère patrie qui, comme le Monde entier le sait, est la « patrie du vin ».

Je suis donc dorénavant un « exilé ».

Rassurez-vous je ne serai point un exilé fiscal car je continuerai de résider dans mon 9ième étage du 14ième arrondissement de Paris. Mon départ s’apparentera donc à une forme originale d’extraterritorialité : j’ai fait mon deuil des dix dernières années passées à seriner les mêmes âneries – sous ma plume d’amoureux des ânes c’est un péché d’orgueil – et je laisse aux esprits brillants, notre belle patrie du vin en porte de nombreux, le soin de vous abreuver de leurs hautes pensées sur l’avenir de notre secteur d’activité.

À l’âge de 10 ans, un matin devant mon bol de chocolat Poulain, j’ai déclaré à ma mère, qui rêvait que je sois curé, « maman je veux être journaliste ». La sainte femme m’a répondu « ce n’est pas un métier... » ; à 18 ans, en dansant un slow dans un bal de campagne, j’ai déclaré, toujours modeste, à celle qui allait devenir ma 1ière épouse, et qui s’inquiétait de mon avenir, « je serai Ministre » ; à 21 ans, avant d’entamer ma thèse de Doctorat, avec Yves Prats, le doyen de la Fac frère de Bruno, je lui faisais part de mon envie de devenir Professeur de Droit, sa réponse, fort pertinente, « vous allez vous ennuyer... » a fixé mon destin professionnel.

Maman avait tort, c’est d’être Ministre qui n’est pas un métier. Quand à être journaliste, à ma façon, avec Vin&Cie je suis revenu à mes premières amours. Pour ce qui est d’être professeur, avec un grand P, je l’ai fait 3 ans durant comme Professeur associé, à mi-temps, de l’Université de Nantes, et je me dis que si j’avais embrassé cette brillante sinécure, pour tromper l’ennui, j’aurais eu tout le temps d’écrire des livres.

Digressions pour aller à l’essentiel : pourquoi pars-je ?

Naturellement, sans regret, j’étais mûr et, avant d’être blet, couper le cordon s’imposait. Depuis quelques temps, comme je suis tombé tout petit dans la marmite de la chose publique, l’état de la maison rose m’attristait. Quel piteux spectacle ! Mais, philosophe, je me disais qu’il valait mieux en rire qu’en pleurer. Et puis, boum bada boum, la « Bécassine du Poitou-Charentes » a encore frappé. J’étais vert. Étrange état pour un type qui se dit mûr me direz-vous. En apparence oui mais très vite le coup de grâce est venu de là où je ne l’attendais point. D’un coup de POINT dans le plexus solaire qui m’a couvert le front d’une sainte colère. J’étais rouge. Et puis, je me suis rasséréné. À quoi bon ferrailler contre les bastilles, les chapelles, les fonds de commerce, les poses en tout genre. Sois un papy-boomer apaisé me suis-je dit.

Qu’avais-je lu ?

Je cite  « si on avait autorisé le mélange blanc-rouge, sans doute que nombre de producteurs de vrai rosé de Provence auraient du cesser leur activité et vendre en terrain à bâtir leur vignoble, contribuant ainsi au bétonnage systématique de la région. »

Royal ce texte, beau à l’image de ce on venu de nulle part, forme moderne de la main invisible, manipulatrice, semant sur son passage de la désolation et du béton. Presque du Perico ou du Chiquelin, j’en étais tout « affané ». J’en avais la « gargagnole nouée » et je me retenais de « chougner comme un veau. »

D’accord me direz-vous, pourquoi s’alarmer de ce brossage appuyé dans le sens du poil des organisations professionnelles, vous en avez vu d’autres « camarade », en pire. J’en conviens et ça ne justifiait pas que je me retirasse sous ma tente. C’est la suite qui m’a totalement escagassé.
Là, en lisant, je me suis dit mon gars replie tes gaules t’es vraiment pas à la hauteur. Tu barbotes petitement dans le quotidien. Tu patauges grave dans la réalité. Tu n’as pas encore compris que dans la « patrie du vin » pour donner le Cap vaut mieux, soit avoir du nez, soit être un ponte de l’Université. Comme je n'ai pas le bel appendice de l’un, ni la qualité de l’autre et que je n’ai même pas été capable d’être Ministre – c’est tout dire – je me suis dit à moi-même, à l’image de l’affreux Jojo à sa Liliane en 1977, du côté de Sainte-Lucie-de-Moriani, sur la Plaine Orientale, « Jacques fais les valises... ».

Qu’avais-je donc lu qui me mît dans un tel état ?

Rien de transcendant mais simplement le quotidien de ce que j’entends depuis 10 ans dans la bouche des adeptes des postures gauloises.

 

Question : « [...] les remèdes récemment proposés allaient dans l’autre sens (pour le poseur de question depuis la nuit des temps la puissance publique a toujours cherché à améliorer la qualité), « vin passe-partout » normalisé, industrialisé. La réussite du vin en France est majoritairement celle des artisans et des PME, est-ce que cela dérange ? »

 

Réponse : « La qualité de tous les vins de France de tous les vins de France et du monde s’est incontestablement améliorée grâce aux progrès de la viticulture et de l’œnologie, mais l’existence de nouveaux marchés encore assez peu connaisseurs et en forte croissance a entraîné le développement de vins technologiques sans défaut majeur, mais sans grâce. Certains négociants français ou étrangers mettent en vente des vins d’origine qui, du fait des assemblages multiples, sont dépourvus de complexité et, ce qui est le comble, d’ «originalité». Je ne comprends pas l’intérêt de la nouvelle appellation « vin de pays vignobles de France ». Laissons cela aux pays où, la terre et la main d’œuvre ne coûte rien, où l’irrigation est autorisée. Il y a de plus en plus d’amateurs éclairés dans le monde. Ceux-ci ne se satisfont pas des vins de cépage passe-partout. Ils veulent des vins nuancés, qui les conduisent à l’émotion. Efforçons-nous de les satisfaire, selon nos traditions toujours renouvelées. La segmentation du marché est bien plus rentable que la recherche des économies d’échelle. »

 

J’adore le « laissons cela aux pays... » ça sonne comme un ne nous commettons pas nous, Français, à l’élaboration de ces breuvages pour « non connaisseurs », les « pouffes » de Birmingham ex-buveuses de bière ou les jeunes accros de Coca virant au rosé light par exemple. Notre génie, qui seul sait faire dans la nuance, qui seul est capable de procurer de l’émotion aux amateurs éclairés, ne peut s’abaisser à de telles pratiques réservées aux Barbares qui font pisser la vigne à grand coup de flotte en bottant le cul à ceux qui la cultivent en guise de salaire. Qu’est-ce qu’on en a à péter de tous ces ignares aux palais grossiers ? Rien ! Mais là je m’échauffe pour rien. La messe est dite. Je m’occupe de mes vaches.

 

Cependant, avant de boucler mes valises, je me suis permis d’écrire 4 lettres que j’ai jetées, dans une bouteille bien sûr, à la mer :

-          la première, commune à Joseph Helfrich&Pierre Castel  qui, en substance, les exhorte à faire cesser le scandale de leurs assemblages « indignes » : « puisque maintenant la Marianne Fisher Böhl, vient de vous accorder le droit d’accoler le millésime et le cépage aux vins sans Indication Géographique – ce qu’une bande de « fossoyeurs » du vin à la française avaient proposé de réserver aux vins des Vignobles de France – j’espère que, pour faire plaisir au Professeur, vous allez emplir, votre JP Chenet pour l’un, et votre La Roche-Mazet pour l’autre, de vins venus d’ailleurs que de notre Grand Sud. Délocalisons ces breuvages sans qualité que diable ! 

-          la seconde à Dominique Granier, Président de la Safer Languedoc-Roussillon, viticulteur dans le Gard : « Cher Dominique,  dis-moi, pour faire plaisir au Professeur combien d’hectares va-t-il falloir arracher ? Puis, une fois l’opération faites, combien vaudra l’ex-terre viticole devenue de la friche ? Enfin, comme tu es Gardois, les bornes de la Compagnie du Bas-Rhône pourraient-elles aussi servir à faire de l’irrigation raisonnée des vignes sans Indication Géographique ?

-          la troisième à celles et ceux qui, comme moi, s’interrogent sur l’opportunité d’abandonner, pour le grand pays généraliste du vin que nous sommes et que nous avons toujours été, « à ces pays lointains qui... », ces vins dit technologiques, alors que nous sommes au cœur du plus grand marché de consommation ? Même si le petisme nous va bien au teint pourquoi diable la maison Pernod-Ricard ne sourcerait-elle pas des vins dans notre beau pays du vin ?

-          la quatrième à Louis Gallois, président d’EADS, à propos de la célèbre antienne entonnée aussi par le Professeur sur l’équivalent  de 130 Airbus pour l’export de nos vins et spiritueux. En effet, puisque, hormis les GCC de Bordeaux et la fine fleur de Bourgogne, de Châteauneuf et autres bijoux, le gros du solde positif depuis 25 ans est le fait du Cognac, du Champagne (des PME telles que LVMH, Pernod-Ricard, Rémy-Cointreau...), merci de me dire combien de Tonnes de raisins/hectare sont nécessaire dans ces prestigieuses appellations pour « élaborer » un Airbus A320 ? De plus, comme vous êtes Polytechnicien, vous seriez gentil de m’indiquer s’il y a plus d’emplois dans une bouteille de JP Chenet que dans une bouteille de GCC ? Enfin, si ce n’est pas trop abuser de votre tête bien faite de mathématicien, pourriez-vous expliquer une bonne fois à ceux qui confondent vente de bouteilles avec exportation de millions de cols, ce qu’est la loi des grands nombres et ses conséquences sur l’activité économique d’un secteur ?

 Voilà, tout est dit.

Ma philosophie reste celle de mes origines à l’image du frère Henri Bécot, mon professeur d’histoire et de viticulture qui se préoccupait bien plus du bonheur des vignerons occasionnels qu’étaient les laboureurs vendéens que des mondanités du vin http://www.berthomeau.com/article-34022380.html

Pour le présent, je m’en tiens à ce que dit mieux que moi François de Ligneris : «Sur la carte routière du vin, il y aura des autoroutes et des départementales. Pourvu que je puisse toujours rouler sur les chemins de traverse, les autoroutes ne me dérangent absolument pas.» http://www.berthomeau.com/article-34516165.html.   

Fini le temps où je dégainais sans sommation mon Uzzi pour arroser illico tous ceux qui brocardaient Cap 2010. Dorénavant, depuis mon exil doré, en compagnie de mes vaches, de mes cochons, de mes couvées, je laisserai la main à tous ceux qui, semblables à ces sportifs en salle fainsant du jogging sur des tapis roulants en devisant avec leurs voisins des sujets de l’air du temps, nous confortent dans notre goût immodéré pour le sur-place.

Au temps où je tenais la plume d’Henri Nallet, je luis avais fait dire, suite aux accords de Dublin, dans une interview au Midi-Libre : « je ne serai pas le syndic de faillite de la viticulture méridionale... » ça avait un très beau titre, de belles reprises dans les médias et, cerise sur le gâteau, l’Histoire lui a donné raison. Je forme des vœux pour que les promoteurs d’une « viticulture chic » digne de notre génie français relèvent le même défi.

Cependant je préviens que si les susdits, en se référant à ma vision d’une viticulture diversifiée, et non une fantasmée, me versent dans la catégorie des stipendiés du « vin industriel » alors je tire à vue, sans sommation, avec des mots assassins bien sûr. Mes 1400 chroniques au compteur, la barre des 400 000 visiteurs passée vendredi dernier, tous les combats que je mène sur mon petit espace de liberté devraient, du moins je l’espère, les inciter à ne pas en arriver à une telle extrémité. Que je me lançasse des fleurs afin de m’éviter que l’on me couvrît d’opprobre est de bonne guerre, si tant est qu’il existât des guerres bonnes. Les nôtres, qu’elles fussent en dentelles ou en sabots, sont stériles : « de quoi vivrons-nous demain si nous laissons filer les métiers les plus humbles ? » Allez-donc, cher confrère et cher collègue, faire un tour du côté d’Embres&Castelmaure, c’est tout au bout d’une départementale dans le fin fond des Corbières... Pour sûr que vous aurez « la chance de boire du bon vin »

Bon, il est temps que je mette un POINT final à ma missive. Pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient mettre des visages sur mes propos alambiqués je leur conseille de se rendre à la page 134 du POINT Spécial Vins.  

En conclusion, permettez-moi de vous livrer la chute de l’histoire du pou et de Noé, que conte Andréa Camilleri dans l’un de ses derniers bijoux. « Et savez-vous, braves gens, pourquoi Dieu le Père avait oublié d’avertir les poux ? Parce que les poux, c’est comme les peineux, même Dieu oublie qu’ils existent. » Ceci écrit, le couple de poux l’avait appris quand même et se retrouva sur la tête de Noé... Que voulez-vous, c’est ainsi, les peineux ça s’accroche partout, reste plus que la Marie Rose pour s’en débarrasser, mais je ne vais repasser les plats sur le feuilleton du rosé...

Au fait, certains vont me faire remarquer : « qu’est-ce que ça change que je me sois exilé ? » Tout, et rien, ce doit-être sans aucun doute le syndrome insulaire, comme le besoin de faire la nique aux juges aux élégances qui, du haut de leur Olympe, ignorent les métiers de viticulteurs et de négociants dans leur énumération des métiers d’avenir... Ce sont pourtant les deux extrémités de la chaîne... Les premiers sont forts nombreux, les seconds exportent des Airbus A320...

Bien à vous.

Un exilé en peau de lapin.

 

PS. Je signale que j’ai beaucoup d’amitié pour l’un et une réelle admiration pour l’érudition et l’éclectisme de l’autre, pour preuve j’achète ses livres, mais « sans la liberté de blâmer il n’y a pas d’éloge flatteur... »



 

Pour ceux que ça intéresse en Wine News N°61 Yves mon« marchand de vins » n’est pas en cale sèche, il entend vous faire accéder à la suite de votre approvisionnement en carburant. Nous continuons sur les ROUGES de ses coups de cœurs de la Foire aux Vins de Monoprix. Comme ça va sans dire mais c’est mieux en le disant la maison Monoprix ne me fait aucune réduction quand je passe à la caisse rue Daviel. Je suis un client, indépendant...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Michel Smith 13/09/2009 14:03

Cher OlivierMerci d'apporter tes lumières dans cet énième débat qu'effectivement il nous faudra reprendre à têtes reposées avec quelques bonnes bouteilles à partager. Merci d'avoir pris le temps de le faire. Je ne vais pas tout reprendre point par point mais te dire, par exemple, que je suis d'accord pour comprendre avec toi que tous les goûts sont dans la nature et qu'il ne doit pas y avoir de dictature du goût, que ce soit en matière de vin qu'en matière de cinéma, de littérature ou de musique. Si tous les hommes aimaient les blondes, les rousses et les brunes auraient du souci à se faire. Je parlais de vins foncièrement dégueulasses et je ne vois pas pourquoi, pour répondre à des exigences économiques imposées par les grandes surfaces, on devrait céder à la facilité qui engendre souvent la médiocrité. Si j'étais gros opérateur de vins, je ferais tout pour sortir une bonne et brave bouteille entre 2 et 4 euros qui serait non seulement belle à regarder, mais bonne à goûter et à un prix décent, abordable, étudié pour que les petits viticulteurs puissent vivre aussi bien que les gros. Peut-être ai-je l'âme d'un missionnaire ou d'un romantique, mais avec ce type de vin, bon et abordable, j'aurais l'impression d'exercer un métier noble dans le but d'éduquer le commun des mortels à boire bon plutôt que nul. Ces bonnes bouteilles, fort heureusement existent et j'en bois régulièrement avec plaisir d'autant que ce sont des vins que je recommande dans mes articles.J'ajouterais que ce n'est pas parce que les Français ont le goût pour Nike et Adidas, pour des produits de masse fabriqués en Chine ou au Pakistan dans des conditions humaines lamentables, qu'il faut considérer ces marques comme exemplaires à la fois sur les plans éthiques et qualitatifs. Les géants de l'agro alimentaire mettent beaucoup plus volontiers leurs services marketing et leurs laboratoires de recherche au service des consommateurs en leur imposant des goûts pour ensuite leur piquer un max de fric. Cela peut commencer par une bouteille correcte à moins de deux euros pour alpaguer le client et lui vendre plus tard le même vin plus cher, mais en plus dégueulasse.Mais tu as raison, tout cela est long et compliqué. Si tu vas vers les Pyrénées n'hésite pas à me faire signe. 

Olivier NASLES 13/09/2009 11:19

Mon cher Michel, Le problème ne se pose pas en tort ou raison et les quelques lignes que je peux écrire ne seront pas suffisantes pour expliquer des mécanismes économiques complexes. Il nous faudrait quelques heures et quelques bouteilles de Collioures et de Banyuls de Marc pour y arriver. Le fond du sujet est double : Economique d'un côté et Organoleptique de l'autre.Je commencerai par le problème gustatif. Je ne sais plus qui écrivait : "le bon goût, c'est mon goût". Depuis près de trente ans, tant dans mon caveau qu'à travers les soirées oenologiques qu'il m'arrive d'animer, j'ai fini par comprendre une chose aussi simple que le fait que ce qui est bon est ce qui me donne du plaisir et que la prise de plaisir est profondément personnelle et difficilement explicable. Les "géants" de l'agroalimentaire l'ont compris depuis bien longtemps et consacrent beaucoup d'argent à étudier le goût des consommateurs et surtout son évolution au cours du temps. L'endroit le plus emblématique pour suivre ces évolutions du goût est le rayon des yaourts aromatisés. Jacques dans son rapport mettait le doigt sur ce problème et les blocages de notre filière viticole française à accepter ces mécanismes, nous les subissons plus que les anticipons. Deux exemples : Le Beaujolais primeur a répondu à une demande gustative pendant un certain nombre d'année, il est devenu un phénomène de mode qui comme tout phénomène de mode passe. Il est aujourd'hui au creux de la vague mais peut revenir comme les jupes courtes ou longues. Le rosé, il répond actuellement à une demande du goût des consommateurs. Est-ce un phénomène de mode ou un phénomène de fond nul ne sait. Une chose est certaine et c'est la particularité de ce phénomène c'est qu'il s'est formé sans le soutien, si ce n'est contre l'avis des "sachants du vin" qui aujourd'hui courent après le phénomène. Tout ça pour dire que ce que tu vas considérer comme bon ou mauvais ne l'est pas forcément pour la majorité des consommateurs. Si j'avais le temps, je te pourrais te décliner les analyses faites des sensations perçus par un consommateur tant du point du vue des gouts, salé, sucré, ... que des aromes banane, bonbon, vanille, épices, ....Le problème économique est tout aussi important et c'est le vrai point faible de la viticulture française. Sans être un "pro" commission européenne à tout prix, c'est le message que nous envoi la nouvelle OCM vin. Il n'est pas politiquement incorrect de penser que le vin dit "industriel" a toute sa place dans notre filière. Nous oublions trop souvent que nous ne faisons pas du vin pour nous faire plaisir mais d'abord pour en vivre. Je vois arriver tous les jours de "rêveurs" qui croient qu'ils vont gagner leur vie en faisant le "plus grand vin du monde" vendu très cher en biodynamie et à 20 hl/ha. Ce qu'ils oublient c'est que le commerce c'est une question d'offre et de demande et que je peux avoir la plus belle offre du monde, si je n'ai pas la demande en face, je crève économiquement. Alors, oui, je pense que tu as tort de croire que le négoce "citernier" achète des rebus ou des mauvais produits. Ceux qui savent travailler (Jeanjean, Moncigale, les Grands Chais, Listel...) achètent de bons produits, savent faire leur métier d'assembleur, font parfois vinifier pour sortir des produits adaptés à ce goût des consommateurs à un prix plus que raisonnable. Tout est dans l'équilibre.Pour répondre à ta question peut-on faire des bons produits à moins de 2 euros la bouteille et gagner sa vie, je te répondrais "Oui", je fais tous les jours des vins entre 50 et 90 hl/ha (AOC les premiers, IGP les seconds) qui permettent au producteur d'avoir un revenu hectare en vin "brut" de 6 à 8 000 euros et qui gagne beaucoup plus d'argent que des "coqueluches de sachants de la RVF" parce que leur produit simple donne du plaisir au consommateur. Enfin, et parce que j'ai déjà été beaucoup trop long, pour répondre à ta question doivent-ils être en AOC, j'ai répondu à cette question dans une tribune publiée en 2005 et que Jacques Dupont m'avait fait l'honneur de reprendre dans son "Spécial vin", ma réponse est NON. Je milite depuis de nombreuses années pour une déconnexion entre ces deux grandes familles que sont les vins adaptables au goût du consommateur qui devraient être tous en IGP, et ceux qui ne le sont pas, qui sont l'immuable expression de leur terroir et que sont les AOP. Ceci étant, je m'étais battu à l'époque contre René Renou sur ses AOCE et je reconnais aujourd'hui que j'ai eu tort car, angélique, j'avais cru que nous serions capables de faire redescendre en IGP, ces fausses AOC que sont les régionales Bordeaux, Bourgogne, Cotes du Rhône, Côtes de Provence.... Il avait raison, il fallait sortir les VRAIS AOC par le haut, mais on ne refait pas l'histoire. Tout ce que j'écris là n'a rien d'original, Jacques l'avais clairement exprimé dans son rapport il y a près de dix ans mais la plupart ne l'ont pas compris. Dans tous les cas, et c'est ce qui est fondamental, arrêtons d'opposer les viticultures entre elles, il n'y a pas les bons et les mauvais, un sac Hermes et un sac Monoprix ont le même usage, porter le "petit bordel" des femmes, il donne la même satisfaction d'usage à chacune d'entre elle, l'un n'exclut pas l'autre. AmitiésOlivier 

Michel Smith 10/09/2009 07:11

Mon Cher OlivierTes commentaires, plein de bon sens, comme toujours, me donnent du fil à retordre. D'accord pour dire qu'un vin à 2 € en GD peut être buvable, voire correct. D'accord aussi pour dire que ceux-là ont leur importance. Mais tu dois admettre que beaucoup, qu'ils viennent de notre beau pays ou d'ailleurs, sont des vins honteux qui démolissent les efforts de tous ceux qui depuis des années ont cru à la notion qualitative de l'appellation contrôlée. Avec l'excuse de la crise, les choses empirent et l'on fait croire aux gogo consommateurs qu'ils font une bonne affaire en achetant un vin qu'ils pensent excellents mais qui est en réalité exécrable ou tout juste buvable. Quant au rosé, vin technique s'il en est, remarquable - et tu en sais quelque chose - lorsqu'on le considère artistiquement et même lorsqu'on le relie à son terroir d'origine, il a su prouver au monde entier que c'était une boisson moderne du meilleur goût. J'en suis moi-même un gros consommateur. Il n'empêche que pour bien le faire on ne peut le vendre à moins de 2 €. Le seul moyen d'atteindre ce prix de vente est de jouer dans la cour du négoce "citernier" en achetant sans même les goûter les invendus ou les difficilement vendables qui attendent dans les grosses cuves des coopératives.À toi de me dire, en toute amitié et si tu en as le temps en ces temps de vendanges, bien sûr, pour quelles raisons j'ai tort d'avancer de tels propos peut-être un peu exagérés je le reconnais. 

Olivier NASLES 09/09/2009 22:56

Jacques, je viens de me faire un petit débat en direct sur Sud Radio avec ton "copain" Périco Legas sur les foires aux vins (Podcast : Pataquès de l'info du 9/09 à 20H05), une somptueuse litanie d'idée reçue. Bon sang, pourquoi dans ce pays ne peut-on être assez intelligent pour ne pas opposer, ce qui n'est pas opposable. Il y a plusieurs viticultures et toutes ont leur place. Je connais nombre de vignerons qui gagne mieux leur vie en vendant à 2 euros HT leur bouteille à la GD qu'en vendant 10 euros HT à la restauration. Arrêtons de croire qu'un vin qui est vendu cher est meilleur qu'un vendu à un prix raisonnable, que les vignerons qui vendent dans les Foires aux vins sont ceux qui ne savent pas vendre ou qui déstocke de la "merde". Les rêveurs, cela suffit ! Livrer 12 ou 24 bouteilles en urgence à un restaurateur qui vous paye (quand il vous paye !) trois ou quatre mois après, même à 10 € HT la bouteille, vous perdez de l'argent. Jacques, je comprends que tu sois las de te battre contre les moulins à vent mais la France du vin a besoin de "monstres" de ton espèce pour rappeler que le tissus viticole français ne repose pas sur les quelques grands crus bordelais ou bourguignon, qu'une filière économique majeure repose sur des milliers de producteurs, qui certes ne font pas tous des nectars mais font souvent des vins honnêtes qui donnent du plaisir au consommateur. L'exemple du rosé devrait donner à réfléchir. Comment ce petit vin de merde, méprisé par tous les "sachants" pour qui ce n'est pas du vin peut-il arriver à tailler des croupières à tous ces Seigneurs du Bordelais ? Pourquoi un hl de Côtes de Provence vaut 130 à 150 € l'hl quand un Côtes du Rhône ou un Bordeaux se trainent lamentablement entre 70 et 90 € l'hl,? Parce qu'il est meilleur ? Certainement pas, tout simplement parce qu'il ne se prend pas au sérieux et qu'il donne du plaisir aux jeunes consommateurs. Tant que nos "sachants" n'auront pas compris cela, ils continueront à être les fossoyeurs de la viticulture française. Bon je retourne déguster mes vins nouveaux soulagé de ma colère en espérant que tu continueras à nous apporter au moins (juste pour les lecteurs de ton Blog) ton analyse pertinente des problèmes de notre filière. Avec toute mon amitié. Olivier

Michel Smith 09/09/2009 08:08

Ainsi, si tu te résigne ainsi à l'exil tu ne vas pas pour autant te mettre au placard et fermer ta gueule. Je suis sûr que nous sommes plusieurs à suivre avec plaisir tes coups de gueulantes sur ce blog et je suis heureux de voir que, du haut de ton exil du 14 ème arrondissement, tu continue à nous abreuver de tes états d'âmes sur le vin comme sur d'autres sujets.

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