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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 00:09

Le débat soulevé par les soutiens indus « aux fruits et légumes » fait remonter l’antienne anti-aide au secteur agricole, justifiée par les gros chèques aux producteurs de grandes cultures, les excès du productivisme, le caractère déstabilisateur de certaines exportations aidées sur les cultures vivrières des pays pauvres, mais pour autant il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain et surtout réécrire l’histoire d’une agriculture française vivant du produit de la vente de ses produits. C’est faux : depuis 1936, l’agriculture française, viticulture comprise, a bénéficié du soutien des fonds de l’Etat. En une petite chronique permettez-moi de l’expliquer sans avoir la prétention d’épuiser le sujet.

Lorsque Georges Monnet, ministre de l’Agriculture du Front Populaire, présenta son projet d’Office du Blé le Sénat, encore dominé par les radicaux de tendance conservatrice, que ce projet était plus rigoureux et inquiétant que la semaine de 40 heures et que ce serait « le plus grand monument marxiste que connaisse aucune législation. À la Chambre des députés, Joseph Cadic, député du Morbihan, membre du Parti Agraire, se tailla un beau succès à la tribune en proclamant « On dit que, dans toute la société, il faut des esclaves pour assurer l’opulence des autres. Le Front Populaire a, lui aussi, choisi ses esclaves : ce sont les paysans. » Les socialistes ont toujours été étiquetés, et ça perdure, dans les campagnes, comme des représentants des couches urbaines sacrifiant les intérêts paysans sur l’autel du consommateur prolétarien. Et pourtant ce sont eux qui ont, depuis l’Office du Blé, le plus souvent, défendus et mis en place les politiques de soutien à l’agriculture. L’idée reçue qu’avant la PAC le paysan tirait ses revenus essentiellement de la vente de ses produits relève d’une vision angélique de l’Histoire de l’agriculture française.

L’objectif de l’Office du Blé était bien de soutenir le prix du blé ou de le réguler. En 1936 et 1937, les récoltes étant faibles, l’Office réfréna la tendance à la hausse, ce qui bien évidemment déclencha l’ire des grands producteurs qui virent là la volonté des socialistes de maintenir le bas prix des denrées alimentaires. En 1938, en revanche les moissons furent splendides et l’Office pour écarter la menace de surproduction acheta toute la récolte mais en 1939, il aborda la nouvelle campagne avec des greniers combles et sans ressources. Que faire ? Contrôler les emblavements ou vendre à perte ? Les successeurs du Front Populaire prirent une troisième voie : l’Office reçut une avance importante du Trésor. Tout ça c’est de l’argent public. Nous venions d’inventer le soutien de la production par les prix. C’est un soutien masqué mais c’est un soutien quand même. La IVe créera le FORMA : le fonds d’orientation et de régulation des marchés agricoles. Nous exporterons le système dans le tout nouveau Marché Commun avec les Organisations Communes de Marché qui formeront la première Politique Commune, la fameuse PAC.

Le soutien par les prix aura des effets pervers : l’emballement laitier avec ses montagnes de beurre et de poudre qui débouchera sur les quotas ; les excédents céréaliers « écoulés » à grands renforts de restitution vers l’empire soviétique (pour le plus grand profit des traders Louis Dreyfus, Continental, Cargill, Bunge) ; nous n’avons pas su, nous les grands penseurs français, inventer de nouveaux systèmes de régulation permettant aux producteurs agricoles français d’être un peu plus connectés aux réalités des marchés physiques et nous avons du capituler en rase campagne face à la vulgate de la « main invisible » du marché qui consiste à tout jeter à la mer. Mais, ne nous méprenons pas, le montant des aides directes actuelles – même si elles sont inéquitablement réparties, ça toujours été ainsi depuis l’origine, les grandes cultures héritières de l’Office du Blé ont toujours pesé très lourd dans le débat syndical – n’est pas supérieur aux crédits de soutien des marchés de la période antérieure. Nous filons tout droit vers des systèmes dit découplés avec les DPU et l’OCM unique, je doute très fortement de leur efficience pour les commodités. Le seul produit qui, s’il s’applique des règles de production adaptées à la diversité des produits que les consommateurs demandent, peut se passer de soutien, est le vin, n’en déplaise à certains qui viennent d’inventer un nouveau concept celui de la crise inédite.

Enfin, pour être à peu près complet, l’une des productions qui n’a jamais bénéficié d’une OCM à base de soutien : le porc, est sûrement celle qui à produit le plus de dégâts à l’environnement et à l’équilibre de nos territoires ruraux.

Pour clore ce rapide et bien incomplet survol un extrait d’un des livres à lire si l’on veut comprendre la France Rurale d’aujourd’hui : « La Révolution rurale en France » de Gordon Wright (chef du département d’histoire de l’Université de Sandford Californie) éditions de l’épi 1967 : « Au départ, l’opinion paysanne semble avoir été soi neutre, soit sceptique, soit hostile ; mais elle ne tarda pas à évoluer. Vers la fin de 1937, l’AGPB interrompit sa violente polémique contre l’Office pour prévenir ses membres de ne pas trop exagérer leurs critiques, de peur que le gouvernement ne décrétât un retour à la liberté du marché. La plupart des paysans pouvaient aisément se souvenir de ce qu’avait signifié la liberté du marché en 1934-35 ; par contraste, même le « dirigisme » de l’Etat était populaire. Il semble que l’Office, combiné avec le mécanisme de contrôle du marché du vin mis en place en 1931-33 parvint à convaincre beaucoup de paysans que de grands écarts de prix pouvaient être corrigés, et que l’action du gouvernement pouvait arriver à compenser les défaillances de la loi de l’offre et de la demande. »
 


QUESTION N°25
 : Y

 

-         Y comme d’Yquem, Alexandre de Lur Saluces l’ancien propriétaire a présidé pendant des années une mutuelle agricole de Gironde, laquelle ?

-         Y comme Yvresse, dans une récente chronique quel grand auteur français orthographiait ainsi l’ivresse ?

-         Y comme Yaka, à quelle date le rapport Yaka plus communément connu sous le nom de rapport B a-t-il été publié?

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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