Samedi 12 septembre 2009
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Pour moi les vacances se terminent mais pour garder leur goût rien
ne vaut une petite tranche d'humour leste et, comme Andréa Camilleri est grand expert en la matière ce matin, dans le cadre de mon feuilleton coquin de l’été, je vous en offre une très
savoureuse découpée dans l’opus « Privé de Titre » publié en livre de poche n°31330.
« Il descend, ce grand galavard, oui ou merde ? » se demande Nino Impallomèni qui ne tient plus en place.
Fils de maître Calogero Impallomèni, un ténor du barreau, et de la marquise Angiolina Tesauro, Nino est d’une famille de haut fessier : c’est un
jeune homme de bientôt vingt ans, grand et mince comme un bâton de rogations. Il fait son droit à l’Université de Palerme.
Pour l’heure il a collé son oreille gauche contre la porte d’entrée de son appartement, guettant le moment où il entendra les pas de monsieur Burruano,
descendant l’escalier de l’étage supérieur. À huit heures pétantes, chaque soir que le bon Dieu faisait, monsieur Calogero Burruano sortait de chez lui en tacquant si fort la porte de l’immeuble
que les vitres tremblaient jusqu’au troisième étage, et il allait jouer aux cartes au club « Foi et Progrès » dont il ne ressortait pas avant minuit, laissant seule à la maison son
épouse Adelina, une fenotte d’à peine quarante ans.
Madame Adelina s’était installée trois mois auparavant dans cet appartement du troisième et dernier étage avec son mari, et il ne lui avait guère fallu
de temps pour tomber le nez sur Nino, tout frais «émoulu de ses études palermitaines, et comprendre alors sans qu’on le lui explique longtemps, la façon d’utiliser ces soirées que son mari
passait à son club.
Nino Impallomèni et mame Adelina Pircoco, épouse Burruano, s’étaient accordés au premier regard, sans avoir rien besoin de
dire.
Dans le quart d’heure qui suivit leur rencontre (le temps strictement nécessaire à Nino pour laver la bête), le jeunot grimpait l’escalier vers le
troisième étage. Il s’apprêtait à chapoter à la porte quand il s’aperçut qu’elle était entrouverte. Il entra et la referma derrière lui. L’appartement était plongé dans l’obscurité, sauf une
lumière provenant de la dernière porte à droite dans le couloir. Il s’y dirigea prudemment. Dans la chambre conjugale, la dame était déjà à plat de lit, le drap pudiquement remonté jusqu’aux
yeux.
« Tâche voir de pas me faire mal, je suis une petite nature. »
Au cours des deux heures qui suivirent, Nino Impallomèni acquit la conviction que la petite nature, dans le cas présent, c’était plutôt lui. Quand, à la
troisième reprise, mama Adelina lui avait tendrement demandé à l’oreille s’il pouvait remettre l’ouvrage sur le métier, Nino avait sauté du lit en déclarant avoir oublié un rendez-vous
important.
Ce soir du 24 avril, monsieur Burruano se décida enfin à descendre l’escalier pour aller voir ailleurs s’il y était. Il était huit heures dix et Nino
devait retrouver Titazio et Lillino au plus tard à huit heures et quart. Tant pis, ils attendraient. EN deux temps trois mouvements, Nino se retrouva dans la chambre de mama Adelina, se défubla
de sa veste en un tournemain, déboutonna son pantalon qu’il envoya valser d’un coup de pied. Le pantalon atterrit contre le mur, avec un bruit métallique, en partie étouffé par le
tissu.
« Qu’as-tu donc dans ta poche ? s’enquit la dame.
- Mon révolver » répondit le jeune homme en entrant dans le lit avec ses chaussures. ET il ajouta : « Ce soir, j’ai un quart d’heure tout
compris.
- Et moi, mes affaires, stipula la dame, pivoine.
- Il y a un remède à tout » rebriqua Nino.
Il l’étendit sur le ventre, posa sa main sur sa bouche pour empêcher que l’immanquable quinchée ne s’entende de la rue, et de l’autre baissa sa petite
culotte doublée d’un linge.
« Ah ! » laconisa la dame quand elle sentit l’effraction.
Elle n’avait pas crié, et son ah ! disait plus la satisfaction que la douleur. »
À lire absolument cette histoire du « seul et
unique martyr fasciste de toute la Sicile » qui se déroule juste avant l’avènement du fascisme. Un vrai bijou plein de verve, d’humour, de pertinence sur l’éternelle manipulation de la
vérité par les régimes autoritaires.
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