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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 00:02

 

Mon entreprise de séduction, même discrète, n’était pas dépourvue de risques eut égard au caractère ombrageux du compagnon corse d’Yvette. Curieusement, mes bonnes manières, ma distance, mes propos très mesurés, mes silences aussi, semblaient le rassurer et, à aucun moment, il ne décela le trouble de sa concubine. Raymond, en bon allié, ne ménageait pas ces efforts pour le distraire et, à ma grande surprise, Marie-Églantine, elle aussi, mettait tout en œuvre pour que sa mère tombât dans mes bras. Dès le début du repas elle avait annoncé la couleur : « après le dessert je sors… » et surtout elle avait convaincu son « beau-père », vu l’heure tardive, de lui servir de chauffeur. Cette annonce et cet accord, même si je n’y avais pas été sensible sur le moment, avaient placé Yvette dans une situation idéale pour parvenir à ses fins. La fenêtre de tir, si je puis m’exprimer ainsi, serait ouverte dans des conditions idéales et pour un temps suffisamment long. À chaque fois qu’Yvette se levait pour vaquer à ses devoirs de maîtresse de maison, et surtout lorsqu’elle se rasseyait, le frôlement de ses jambes contre les miennes ne me laissait aucun doute sur la suite des évènements. Stoïque je lançais à Raymond des regards résignés qui manifestement le mettaient en joie. Alors que nous dégustions notre part d’omelette norvégienne sous la véranda, avant de prendre congé, Marie-Églantine vint me claquer deux bises sur les joues et en profiter pour me susurrer « Bon courage… »

Ce qui m’excitait le plus dans la situation c’était de voir comment Yvette allait me prendre d’assaut. Le départ de son cher et tendre déblayait certes le terrain mais restaient les autres invités, deux collègues d’Yvette flanquées de leur mari et un de leur voisin célibataire qui ne pensait qu’à bouffer et picoler. Ce fut du grand art. Le premier acte fut bref mais violent : le temps d’un aller-retour à la cuisine où elle m’avait demandé de l’accompagner pour, dixit, « l’aider à faire du café… » L’assemblée n’y trouva rien à redire et nous laissa filer. Le dos appuyé à la porte du frigo je la laissais faire. Lorsque nous revîmes, comme si de rien n’était, elle portant le café, moi le plateau avec les tasses, nul se soucia de notre état, le mien surtout. Naïvement je pensais que nous resterions-là. Que nenni, le second acte me tomba dessus sans que je n’y prenne garde. Yvette décrétait qu’elle avait envie de danser. Raymond se transformait illico en disc-jockey. Ce salaud embrayait en direct sur Procol Harum. Sans aucune gêne Yvette sortait le grand jeu du slow et sollicitait très vite mes lèvres. J’étais mal mais je cédais. Manifestement il n’y avait que moi qui m’offusquais. Les petits bourgeois tiraient les dividendes de la « libération sexuelle » des soixante-huitards.

Le dernier acte, à l’heure du départ, vit mon atterrissage en détresse sur le ventre. Mon orgueil de mâle en fut certes blessé mais la suite des évènements versa sur lui beaucoup de douceurs. La séquence me prit de court, alors que je pensais basculer Yvette sur le capot de la 403 de Raymond, une Yvette me confiant qu’elle adorait qu’on l’appela Ava dans les désordres de l’amour, elle me repoussait, glaciale, et sans détour, exigeait de moi que je devienne l’instrument de ses amis du cabinet du Ministre de l’Equipement et du logement, plus précisément de son amant, Charles-Henri de Bourson. J’aurais pu l’envoyer au pelotte en lui rétorquant que ses exigences elle n’avait qu’à se les mettre dans sa petite culotte ; qu’elle n’avait aucune prise sur moi ; que j’étais déjà dans une partie de billards à bandes et que je n’allais pas en rajouter. Au lieu de cela j’acquiesçais. Pourquoi ? Je ne saurais le dire, mais ce qui est sûr c’est que la perspective de pénétrer dans le Saint des saints des pots de vin, chasse gardée des grands prédateurs constructeurs de routes, d’autoroutes et de logements, dont les noms s’étalent maintenant au sommet du CAC 40, y fut pour beaucoup. Dans la vie, les blessures d’amour-propre sont celles qui cicatrisent le plus vite sans laisser de traces. Sur l’instant je l’ignorais mais ma vie venait de prendre un virage brutal qui allait me mener tout droit à Sainte Anne.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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