Samedi 20 juin 2009
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« Je viens de tuer ma femme. Ce qui m’ennuie c’est les faire-part. Je dois absolument écrire
avant d’aller à la gendarmerie. Évidemment, je n’ai plus de timbres. Je lui avais demandé d’en acheter. En prévision. Je vais devoir m’habituer à faire les choses moi-même. Au moins aujourd’hui.
Demain, le juge s’occupera de tout. Je n’aurai plus à penser. Je serai libre. »
Stupeur ! Dérapage incontrôlé ? Provocation gratuite ? Non ! Les plus fidèles
d’entre vous se demandent déjà : « Pourra-t-il écrire ses chroniques depuis sa cellule ? » La réponse est oui puisqu’étant voisin de la Santé ma Wi fi me permettrait de me
connecter. Là je sens que j’ai perdu la partie, l’emploi du conditionnel vous a mis la puce à l’oreille. Pour autant je ne vous ai pas mené en bateau. Tout ce que j’ai écrit est vrai parce que
c’est faux. L’emploi de la première personne dans un roman n’est pas, contrairement à ce que pensent certains lecteurs, l’indice d’un écrit autobiographique. Ceux d’entre vous qui lisent encore
mon petit roman en ligne du dimanche peuvent en témoigner (pour les nouveaux arrivants l’intégrale est disponible sur demande). Si vous avez marché, si vous avez cru à ma grosse ficelle, j’en
suis un peu marri même si j’ai réussi mon coup. Cependant, un détail aurait du vous mettre la puce à l’oreille : Paris est hors juridiction de la gendarmerie, les seuls gendarmes que nous
croisons sont des gendarmes mobiles qui viennent avec leur harnachement passer le plus clair de leur temps dans leurs cars.
C’est un petit livre (format poche) d’Emmanuel Pons publié chez arléa www.arlea.com à ne pas mettre entre les mains des âmes sensibles car il est très border line, à lire au
deuxième degré, en cachette de votre épouse légitime, pendant vos futures vacances. Pourtant, à sa façon provocatrice, c’est livre d’amour qui prend des voies très surprenantes. L’extrait que je
vous propose ne déflore pas l’intrigue mais donne une idée du ton jubilatoire et décalé de ce petit opus. Je l’ai choisi aussi parce l’épisode se passe à Monoprix, comme quoi, comme aux Galeries
Lafayette, il se passe toujours quelque chose à Monoprix.
« Sylvie fait les courses. Vive Monoprix, puisque m’y voici ! Les premières années de notre relation, le samedi matin était prétexte aux
exhibitions des formes de ma belle au rayon alimentation de notre city-marché. Je me revois troussant sa mini-jupe sur ses fesses nues, tandis qu’elle comparait les dates de péremption des
yaourts. Aucun endroit n’excitait plus ma libido que notre Monoprix, et ses caméras de surveillance. Les cuisses découvertes de Sylvie m’y excitaient comme jamais, et malaxer ses seins sou son
chemisier m’y procurait un plaisir que je n’aurais pu prendre dans aucun lit. Nous l’appelions « l’effet Monoprix ». Aussi nous lancions-nous, d’un ton las, ces dernières
années : » Et si on se faisait un Monop’ ? » ; ultime tentative de résurrection d’une libido tombée au champ du quotidien. »
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