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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 00:03

N’ayant aucun goût ni pour les meutes, ni pour les troupeaux, à la première question je réponds NON, et à la seconde je réponds OUI. Bien évidemment les deux questions ne se situent pas au même niveau d’importance mais hurler avec les loups comme se calfeutrer dans la masse des moutons relève d’une même forme d’adhésion  négative, de coagulation circonstancielle des rancœurs accumulées, de versatilité des foules, de coalitions hétéroclites, de poujadisme… Taper à bras raccourci sur le « maître » qui vient de faire un faux-pas ou se contenter de stigmatiser au café du coin les boucs émissaires mis à disposition ou de jouer les Ponce-Pilate revenus de tout, c’est se dédouaner à bon compte. Céder à l’émotion au détriment de la raison.

Commençons par celui par qui le scandale est arrivé : Robert Parker. Le très sérieux Wall Street Journal – j’adore les gens sérieux frères de lait du modèle banquiers costume trois pièces, qui se trompent avec sérieux et qui, par la même occasion nous trompent : versus affaire Madoff et autres joyeusetés, et qui toujours avec le même sérieux, sans même teinter de rouge leur front, s’érigent en donneurs de leçons d’éthique – sous la signature de David Kesmodel vient de sécher durement Robert Parker : http://online.wsj.com/article/SB124330183074253149.html d’un passing shoot de revers assassin le long de la ligne.


 « Depuis des décennies, le critique Robert Parker se fait le héraut d’une éthique rigoureuse, payant tous ses voyages dans les vignobles et déclinant les cadeaux. (...) Mais Robert Parker n’a pas fait montre de la même rigueur avec les collaborateurs de son influente newsletter Robert Parker’s wine advocate. En septembre dernier, Wine Australia, un groupe industriel, a payé 25 000 dollars le voyage et les frais afférents de Jay Miller pour son déplacement dans le vignoble australien »


Avec une célérité qu’il faut saluer Robert Parker a admonesté son collaborateur et a présenté ses excuses pour ce défaut de contrôle.

 

Faut-il convoquer le tribunal de l’Inquisition, dresser le bûcher ?

 

Rober Parker fait du buiseness. Il a bâti un système de référence et non de valeurs au sens moral du terme. Ses lecteurs lui accordent un certain crédit. Le suivent. À lui de le préserver. S’il l’écorne, l’amoindrit, c’est son problème. Qu’il subisse les effets de l’arroseur arrosé du fait de ses positions « intransigeantes » est dans l’ordre des choses mais en rajouter, faire des trémolos sur l’éthique relève du jésuitisme ou du pharisianisme. Ceux qui lavent plus blanc que blanc comme ceux qui jettent la première pierre m’ont toujours paru suspects et ils me font peur car, comme tout un chacun, je pourrais être la cible de leur entreprise de purification ou de leur lapidation. À plusieurs reprises dans mes chroniques j’ai plaidé en défense pour des personnes jetées à la vindicte publique. Le grand Robert Parker n’a nul besoin d’un petit avocat comme moi pour contre-attaquer et je n’ai nulle envie de le défendre. Plus généralement, pour ce qui concerne ceux qui exercent la même profession que Robert Parker, l’adoption d’un code de déontologie donnant un cadre clair et connu à leur métier est le moins qu’ils puissent faire pour lever la suspicion. En tant que bloggeur, afin de garder ma liberté de plume, je me suis fixé une règle simple : être fidèle à moi-même en assumant mes contradictions. Mes seuls juges c’est vous. Mais je n’ai aucun mérite puisque je ne vis pas de ma plume.


Sur la deuxième interrogation, que voulez-vous, pour moi, l’abstention et l’abstinence sont sœurs de lait (en vieux français abstention=astensiun : abstinence) et, comme je ne suis pas un adepte du renoncement, que j’ai peu de sympathie pour les abstinents, j’ai toujours beaucoup de mal à trouver des excuses aux abstentionnistes qu’ils soient pêcheurs à la ligne ou militants.

Moi je vote. Je m’exprime. J’utilise un droit. Je choisis même si choisir est souvent une douleur. Dimanche dernier tout l’éventail de l’offre politique française sur l’Europe était offert à notre choix. Que certains estiment qu’elle ne soit pas de qualité je peux le concevoir mais sur le « marché électoral » la qualité de l’offre est largement fonction de celle de la demande. En clair, sur la scène nationale, nous avons les élus que nous méritons, à force de n’exiger d’eux qu’un listing de promesses nous nous exposons à ne récolter que des désillusions. Alors, pensez-donc, sur la scène européenne, aller voter pour élire des députés siégeant je ne sais où, je ne sais quand, pour je ne sais quel résultat concret, équivaudrait à se déplacer pour offrir à tous les recalés des partis français une sinécure douillette pour un résultat proche de rien. Même s’il y a dans ce sentiment une part de vérité je persiste à penser que l’abstention, le désintérêt des citoyens ne fait que renforcer l’absence de chair, d’envie de vivre ensemble qui prévaut dans notre espace européen. En effet n’oublions pas complètement d’où nous venons. N’oublions pas que les pères fondateurs ont pensé que le cambouis d’une union économique constituait le moyen le plus sûr de progresser vers une union politique.


À l’origine son nom, la Communauté Économique Européenne explicitait clairement sa finalité et, dans le langage courant, tout un chacun parlait du Marché Commun. Dans cette construction, l’Europe Verte, a tenu une place centrale et les marathons agricoles, forme moderne de l’arène antique, occupaient la Une des médias de l’époque. La fine fleur de la haute administration française se bousculait dans le TEE Paris-Bruxelles et le 78 rue de Varenne accueillait des pointures : Edgar Pisani, Edgar Faure, Jacques Duhamel, Jacques Chirac, Michel Rocard… L’histoire de l’Europe s’est écrite d’abord dans la bouse de vache, les Montants Compensatoires Monétaires, les prélèvements et les restitutions, la poudre de lait, les distillations en tout genre, les primes de stockage et la si fameuse garantie de bonne fin… pour avoir participé de très près – à la table du Conseil ou comme Directeur de Cabinet – à cette aventure sur des dossiers chauds je peux écrire, sans crainte d’être contredit, que sur le dossier des quotas laitiers, sur celui des accords de Dublin permettant l’élargissement à l’Espagne et au Portugal, sur celui de la 1ière réforme de la PAC le cartel des NON n’avait que le non comme programme. Je n’aurai pas l’outrecuidance de souligner que les mêmes ou leurs héritiers sont aujourd’hui les plus ardents défenseurs des avancées de ces accords : l’actuel conflit sur le prix du lait en témoigne.


Les enjeux de dimanche dernier, si tant est que cette élection en comportait, dépassaient bien évidemment le cadre restreint des problèmes de la PAC et de nos dossiers viticoles, mais comment ne pas être inquiet de constater que sur des dossiers aussi « techniques » que le sont les nôtres, nous ne soyons pas encore mûrs pour les appréhender dans le seul cadre économique efficient, celui de l’Union Européenne, et que nous en revenions à prôner le retour de barrières nationales, à nous recroqueviller. Je sais que ce que je vais écrire est très terre à terre mais c’est la vie de tous les jours : nous allons à Prowein, à la London International Wine Fair, à Vinitaly… Nous accueillons le monde à Vinexpo et à Vinisud. Notre grand marché domestique est celui de l’Union. C’est le plus riche et le plus important du Monde. Nous nous voulons grands exportateurs. Alors, plutôt que de nous servir de l’Union comme d’un punching-ball, ne vaudrait-il pas mieux que nous commencions, avant de lui taper dessus, par assumer nos propres responsabilités. Ce serait, je le pense sincèrement, un grand pas vers de plus grands desseins.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

gus 10/06/2009 13:59

Bonjour,Au lendemain de ce vote,qu'est ce qui résonne le plus à nos oreilles:les "hourras" de la victoire UMP,les "vivas" d'une gauche majoritaire en voix dans ce pays ou bien le silence assourdissant des non votants? Ces gens là veulent bien voter,mais ils veulent le faire par adhésion et non par défaut(trop idéalistes peut-être?)Comme Jojo( sur son hésitation à revenir payer ses impots en France) le susurre à l'oreille de son pote Nico ,les abstentionnistes ne demandent qu'une seule chose aux politiques:"qu'on nous donne l'envie,l'envie d'avoir envie..."Mais ce n'est pas demain la veille car ils vont vite nous ressortir la vieille histoire de"Martine et Ségo sont dans un bateau"...Mais je garde espoir et surtout je crois très fort en la génération de nos enfants.Sans faire de bruit et tout naturellement ils construisent l'Europe de demain(échanges d'étudiants entre lycées,facs , grandes écoles,Erasmus etc...).Malgré la suppression des frontières physiques,nos générations voient en l 'étranger un Autre ,alors que nos enfants y voient un Etre ... Par contre je persiste dans mon analyse:"qui sème le déni de démocratie(référendum+traité de Lisbonne)récolte l'abstention !!!Pardon de vous avoir mis au centre de ma petite bafouille car vos propos étaient bien modérés en rapport à tous ceux très moralisateurs de mon entourage bien pensant !Pour avoir servi en quelque sorte d'exutoire à mon irritabilité,je vous remercie ! A la votre !

gus 10/06/2009 13:59

Bonjour,Au lendemain de ce vote,qu'est ce qui résonne le plus à nos oreilles:les "hourras" de la victoire UMP,les "vivas" d'une gauche majoritaire en voix dans ce pays ou bien le silence assourdissant des non votants? Ces gens là veulent bien voter,mais ils veulent le faire par adhésion et non par défaut(trop idéalistes peut-être?)Comme Jojo( sur son hésitation à revenir payer ses impots en France) le susurre à l'oreille de son pote Nico ,les abstentionnistes ne demandent qu'une seule chose aux politiques:"qu'on nous donne l'envie,l'envie d'avoir envie..."Mais ce n'est pas demain la veille car ils vont vite nous ressortir la vieille histoire de"Martine et Ségo sont dans un bateau"...Mais je garde espoir et surtout je crois très fort en la génération de nos enfants.Sans faire de bruit et tout naturellement ils construisent l'Europe de demain(échanges d'étudiants entre lycées,facs , grandes écoles,Erasmus etc...).Malgré la suppression des frontières physiques,nos générations voient en l 'étranger un Autre ,alors que nos enfants y voient un Etre ... Par contre je persiste dans mon analyse:"qui sème le déni de démocratie(référendum+traité de Lisbonne)récolte l'abstention !!!Pardon de vous avoir mis au centre de ma petite bafouille car vos propos étaient bien modérés en rapport à tous ceux très moralisateurs de mon entourage bien pensant !Pour avoir servi en quelque sorte d'exutoire à mon irritabilité,je vous remercie ! A la votre !

gus 08/06/2009 22:25

Ben M'sieur Berthomeau,nous grondez pas !On sait plus comment qui faut qu'on fass' nous!La dernièr'fois pour le référendum on a été voter parce que vous savez,y parait qu'y'en a qui sont mort  pour qu'on puisse avoir ce privilèg'qu'on nous a dit !Et vlan',pan sur les doigts qu'on a eu droit moi et mes 15.5 millions de petits copains.On avait rien compris qu'ils nous ont dits ceusses qui savent !J'ai tellement été contrarié moi que ça ma déclanché une crise de "belles lusitaniennes"(en termes savant,je crois qu'on dit "hémorroïdes",mais moi je trouv' pas ça joli depuis que j'ai contracté ça suite au traité de Lisbonne...).Alors vous savez,dimanch' dernier on était bien embarrassés,en plein dans le dout'  et par peur  de vous enduire d'erreur on s'est appliqué le sage dicton:dans le dout',abstiens toi...Pt'et que le vote devrait êtr' réservé qu'aux bacs +,qui sait?Bon je compt' bien sur vous la prochain' fois pour nous dir' comment qui faut  fair'...Au plaisir !Ps:qui sème le déni de démocratie(référendum+traité de Lisbonne) récolte l'abstention...

JACQUES BERTHOMEAU 10/06/2009 08:59


Cher Gus,

Etes-vous sûr que les 15,5 millions de non étaient copains si ça avait été le cas la présidentielle n'aurait pas accouchée au deuxième tour de 2 candidats ayant voté oui...
Tout le problème est là : les oui de droite et de gauche étaient compatibles  les non de gauche et de droite ne l'étaient pas : le Pen- de Villiers avec le PC, l'extrême-gauche,
Fabius... ça ne fait pas une majorité alternative pour proposer un plan B.
Le Président actuel avait annoncé la couleur sur sa façon de sortir de la crise : ce qu'un référendum avait repoussé a été défait par un vote massif à la présidentielle.
Que vous soyez contrarié mais dimanche vous aviez des candidats qui défendaient vos idées et ne pas voter c'est laisser le champ libre : nombre d'élus à ceux qui vont confirmer Barroso.
Ma culture politique vient de mon père qui était certificat d'études primaires alors ce n'est pas parce que je suis Bac+8 que je suis ce que je suis
Le seul déni démocratique que j'ai connu c'est la démocratie populaire chère aux communistes et les présidents à vie... le bulletin de vote c'est le seul antidote que je connaisse.
Ceci dit je ne gronde personne, j'essaye de convaincre, parfois avec des mots un peu gonflés mais c'est pour faire pièce aux démagos d'en face.
Je me suis abstenu qu'une fois : pour le référendum sur le quinquennat
bien à vous et au plaisir


mauss 08/06/2009 21:02

La première pierre.je ne peux résister à la gentillesse que m'a communiquée un de mes potes.Jésus assiste à la lapidation de la femme adultère ; à terre, entourée d'une foule hostilejésus intervient, et vous connaissez tous sa parole : "que celui qui n'a jamais péché lui lance la première pierre"Quelques secondes de grand silence et puis, poum : une grosse caiilasse atteint la pauvre femme à terre.jésus se retourne et dit : "maman, pas toi !"Ça y est : je vais être excommunié après tant d'année de loyaux services :-)

mauss 08/06/2009 08:31

dieu sait que, depuis l'affaire "Agostini" jusqu'à cet article du WSJ, j'étais plutôt du côté de Monsieur Parker qui, comme les meilleurs, a fait, fait et fera l'objet d'attaques inutiles et trop souvent fausses.Il n'empêche :a : dans le cas de Jay Miller, il ne pouvait pas ne pas savoir que ses frais n'étaient pas réglés par lui et donc il devait bien deviner que quelqu'un d'autre prenait cela en charge. N'oublions pas que Parker répète dans chaque n° de sa revue les règles particulièrement rigoureuses qu'il dit s'appliquer à soi-même. La naïveté a des limites. Et, c'est vrai aussi, dans sa grande intelligence, il a très vite remis les choses en place. C'est à son honneur.b : pour recevoir de multiples mails de la part d'américains qui suivent plus ou moins les activités du GJE, il est patent qu'actuellement un modérateur qui se veut plus royaliste que le roi, exerce une censure assez vacharde sur le forum propriété de Mark Squires, dédié à 100 % à Parker. Simplement, tout ce qui peut être la moindre critique contre le Maître est simplement retiré du forum ou envoyer à d'autres sections bien moins visitées (type social hall). Il y a une réelle hémorragie de belles plumes qui en sont particulièrement dégoûtées et qui vont simplement ailleurs.Disons que nous assistons doucement à un sectarisme assez singulier qui n'aurait jamais été de mise auparavant. En discuter les raisons ? C'est un autre sujet.

JACQUES BERTHOMEAU 08/06/2009 09:43


Cher François
Tout à fait d'accord sur tes points a et b qui confortent mon approche : la perte de crédit de Parker est la sanction la plus dure pour Parker
Mon papier s'adressait à ceux qui vont profiter de l'occasion pour lui jeter la pierre...


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