Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /Juil /2006 08:07

La fin du jour flottait dans une douce torpeur. Le président du syndicat accueillait à la porte de la salle des fêtes, avec chaleur, le petit Pochon en lui disant, tout en s'épongeant le front avec son mouchoir à carreaux, tout le bien qu'il pensait de la décision de Lucienne de l'associer à la commercialisation des vins de son domaine. Il ajoutait que le syndicat était honoré de le compter parmi ses membres. Léon opinait. Il venait de faire le grand saut en se mettant en disponibilité. Restée à Paris, la petite Fougère, poussait les feux, pas encore allumés, par des SMS ollé ollé avec un Laurent totalement scotché. Elle téléphonait à Léon son petit bonbon pour lui dire qu'il n'y avait que lui et qu'elle avait hâte de le revoir lundi. L'AG du syndicat de défense promettait d'être un long fleuve tranquille et ennuyeux. A la tribune on somnolait ferme. Le commissaire aux comptes débitait les comptes. Le rapport moral tombait dans l'indifférence générale. Vint l'heure du vote des motions statutaires. Le grand Paillard levait la main et demandait un vote à bulletin secret. Il eut posé une bombe au pied de l'estrade que l'effet de souffle n'eut pas été plus violent.

Les objurgations du président restèrent lettres mortes. Paillard agitait au-dessus de son crâne déplumé les statuts. Le secrétaire de séance allait quérir un carton à bouteilles pour fabriquer une urne de fortune qu'il déposait entre les deux scrutateurs médusés. Paillard dirigeait la manoeuvre face à un bureau en plein désarroi. Après moults discussions on passait au vote. Le dépouillement se déroulait sous une chape de crainte. Le raz de marée montait. La proclamation des résultats achevait le président. Laurent se saisissait du micro. Un effet Larsen déchirait le brouhaha. " Mes amis la base a tranché. Les résultats sont clairs. L'heure du renouveau a enfin sonné. Celui qui l'incarne le mieux c'est notre collègue Pochon..." Stupeur ! Abattement ! L'affaire était pliée.

" C'est un putch ! " murmurait le président. C'en était un mais restait à savoir si Pochon en était l'instigateur ou la victime consentante. Tout l'art du petit Pochon consista à brouiller plus encore les lignes. Son discours, prononcé de sa place, fut un monument de duplicité. en substance, ce cher Léon, commença par déclarer qu'il ne pouvait accepter une telle responsabilité. trop nouveau, trop novice, trop respectueux du travail accompli par l'équipe sortante. Bien sûr il appréciait la confiance qu'on venait de lui faire mais se lançant dans une analyse planétaire du marché, de la concurrence, jonglant avec les chiffres, proposant une nouvelle approche, il s'attirait une salve d'applaudissements qu'il calmait avec sagesse. Une large part de l'ancien bureau s'était jointe aux bravos. Léon se dit qu'il était temps de porter l'estocade. Rejoignant l'allée, tout en progressant vers la tribune il s'adressait au président déchu en déclarant qu'il allait faire une proposition qui dénouerait la crise. 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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