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17 juillet 2006 1 17 /07 /juillet /2006 08:01

Alceste Paillard avait le physique de l'emploi de faux-derche, obséquieux, sirupeux, cul béni, mains moites et poignée de mains molle, commençant la plupart de ses phrase par un tout petit peu, regard fuyant et, cerise sur le moka : radin comme pas un. Pour le petit Pochon l'allié rêvé, idéal, de ceux qui ne vous font pas regretter de tutoyer la ligne jaune, et surtout qui n'éveillent pas en vous la moindre parcelle de mauvaise conscience. L'important pour Léon était de le mettre en confiance, faire celui qui depuis le premier jour avait su sentir sous la bogue rugueuse de Paillard, le mal nommé, un homme de conviction, un mal-aimé qui méritait mieux que le poste de trésorier du syndicat de défense, un vigneron méconnu qui ne demandait qu'à sortir en pleine lumière. Léon fit de la commisération positive, en fines couches, gras sur maigre, tel un maître de la Renaissance. Ainsi enduit de considération le Paillard déballa sa marchandise d'un bloc.

Véhément, avec la méchanceté des faibles, il ne se fit pas prier pour dresser les CV publics et privés de ses honorables confrères, n'omettant aucun détail, même les plus croustillants, toujours à charge, du fiel pur jus, rien que du miel pour le petit Pochon. Tout autre que lui se serait précipité dans la brèche, aurait profité du boulevard ouvert par les confidences du délateur à la triste figure. Léon se garda d'une telle hâte, il lui fallait laisser l'aigre mariner dans son jus rance. Bien sûr il assura Paillard de son silence de tombe et qu'il saurait en son temps se souvenir de la confiance qu'il lui avait accordé en effectuant une démarche aussi difficile. Qui trahi trahira ! Léon cantonnerait Paillard dans un rôle d'utilité avant de le renvoyer dans les ténèbres extérieures.  

Afin de sceller l'ignominie, Léon dégaina l'arme fatale pour un grippe-sou : lui demander une faveur, en l'ocurrence l'échange d'une parcelle de vigne, jouxtant l'une des propriétés de Lucienne, contre une autre, enclavée dans son domaine qu'un héritage avait fait tomber dans l'escarcelle du père de Lucienne. Paillard n'y perdrait pas au change, la parcelle de Lucienne avait bien plus de valeur que la sienne. Et pourtant, sitôt la proposition faite il ne pu s'empêcher de demander une compensation, qu'à son grand étonnement Léon lui accorda sans broncher, payant ainsi la première traite de la trahison de ce grand crétin. Pour faire bon poids, avant que Paillard ne descende, il lui glissait un billet dans la main, pour le prix du billet, en sachant pertinemment que Paillard n'avait pas engagé cette folle dépense.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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