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10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 08:00

Les premiers temps, dans toutes les manifestations où Lucienne l'emmenait, le jeune Pochon adoptait un profil bas, attentif et discret sur sa chaise, fondu dans l'anonymat des rangs du milieu pendant les AG multiples, agent dormant dans le deuxième cercle des conversations, nul ne faisait attention à lui. Lui s'imprégnait des règles non écrites du lieu, cherchait le bon bout des fils des nombreuses pelottes ou écheveaux, hochait la tête d'un air entendu aux dires des influents, applaudissait lorsqu'il fallait applaudir les envolées des orateurs, glanait avec son air de pas y toucher les rancoeurs des opposants, levait son verre à bon escient. Il se fondait dans le paysage, chemise blanche ouverte, pantalon de Tergal gris de gris acheté chez Armand Thiéry et, bien sûr, des grolles ringardes de chez ringard bien avachies. Dans cette parcelle de la France profonde ce qui vient de Paris n'a que peu de crédit.

Et pourtant, flanqué de la petite Fougère, la Clairette, notre petit Pochon pénétrait sans vergogne le système des honneurs et des prébendes, mettait en place des bretelles de dérivation, pervertissait les fichiers, hacker soft il investissait au  coeur du buiseness le plus rentable, jamais obsolète, celui de la vanité des hommes. Méthodique, il emmagasinait, hiérarchisait, triait l'embrouillamini des ambitions, comptabilisait les points forts et les faiblesses des petits et gros caïmans, dressait la carte des parcours rêvés par ceux qui ambitionnaient d'avoir dans leur poche une carte d'abonnement au TGV, celui qui monte à Paris, l'Olympe des costumes gris, le Saint des saints des parrains, loin du train-train du quotidien du terrain.

La première fois qu'il sortit du bois, lors d'une paisible assemblée générale de la cave coopérative, le petit Pochon le fit avec doigté, sobrement, par la bande. En l'occurence, la bande, c'était Bourré, le directeur de la cave, avec qui il avait su nouer des liens de confiance, un petit service par ci pour le gamin, un petit cadeau par là pour l'intéressé amateur de semences potagères oubliées. Léon lui suggéra de glisser dans le discours du président une petite phrase qui ferait grand bruit : dans la prochaine promotion du poireau, l'infatigable José Tournissan, le promoteur pugnace des vins de pays de la croupe schisteuse du Val Perdu et Oublié, depuis toujours membre du conseil d'administration sans jamais avoir brigué le moindre poste, se verrait attribuer la croix de chevalier. Stupeur dans les rangs assoupis ! Applaudissements nourris des ventres qui criaient famine.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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S.COUREAU 10/07/2006 23:25

Comme j'aimerai être petit Pochon et faire ma pelote, hélas hélas je n'ai jamais eu l'âme de syndiqué, et encore moins la passions des AG (entendez Assemblée Générale) et des compromis vasouillard.
Je suis un impatient, et j'aime en découtre ... je suis un peu comme Keynes je n'aime pas le long terme "demain nous serons tous mort". A quoi sert une longue vie tranquille et soyeuse, une vie sans combat ? sans défi ? sans la jouissance de vaincre ?

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