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27 juin 2006 2 27 /06 /juin /2006 10:00

Depuis que je me suis lancé comme un chien fou - pas un jeune chien vu mon âge, certains auraient plutôt tendance à me qualifier de cheval de retour - dans cette entreprise d'un nouveau type : écrire une chronique chaque jour sur l'internet je ne me suis jamais trouvé confronté au syndrome de la page blanche. Parfois en arrivant devant mon écran je ne sais pas trop ce que je vais traiter, je me lance et, avec plus ou moins de bonheur, je ponds. Mon plus gros problème, je l'avoue, c'est que parfois ma plume me démange, j'ai envie de déborder de ma petite coupe de vin, de laisser aller mon tempérament sur des sujets qui agitent notre beau pays. La raison l'emporte toujours et je me contente de rêver à une tribune libre dans un grand journal du soir...

Cette maîtrise de soi, cette capacité à se maintenir dans les limites prescrites, je les ai obtenues en pratiquant deux métiers aux contraintes très strictes : nègre et haut-parleur. Je m'explique. Le nègre est celui qui prête sa plume à un autre sans revendiquer de droits d'auteur : j'ai beaucoup écrit de discours, de tribunes, de bouts de livres, de préfaces, de réponses à des interviews, d'éléments pour prise de parole dans des enceintes diverses : assemblée nationale, sénat, conseil des Ministres de l'UE etcétéri ecétéra... C'est simple, du genre figures imposées en patinage artistique, plus on écrit plus on maîtrise la technique. On n'éprouve aucune frustration d'auteur. On s'amuse parfois en entendant l'impétrant prononcer avec conviction vos phrases de besogneux de la plume. Ma préférence allait aux interviews, j'adorais placer des formules chocs : ainsi j'ai fait dire à un de mes Ministres dans le Midi Libre " je ne serai pas le syndic de faillite de la viticulture du Languedoc... " Titre choc, bonnes reprises et plaisir extrême de l'homme de l'ombre.

Le second métier : haut-parleur, c'est-à-dire prononceur de discours pour le compte de son Ministre, est un exercice plus périlleux car, soit on s'en tient à la lecture d'un discours écrit et on fait dans le genre soporifique et chiant, soit on brode sur le texte ou pire, on improvise, au risque de se laisser emporter par la chaleur de l'ambiance et de déraper.  Le secteur agricole, eut égard à l'inflation d'organisations de tout poils, de la diversité des produits, propose au Ministre une foultitude de congrès. Pour ceux du top 10 le Ministre donne de sa personne, souvent pour se faire houspiller, brocarder ou même insulter, mais c'est ainsi, sous l'oeil des grands chefs, qui font d'ordinaire des ronds de jambe dans l'antichambre, la base, ou tout du moins sa représentation, se défoule. Pour les autres pinces-fesses le cabinet s'y colle. Donc j'ai beaucoup discouru. Deux anecdotes pour conclure ce propos sans queue ni tête : mon premier discours et mon discours devant la CGB...

Mon premier discours eut pour cadre le Congrès des Planteurs de Tabac à Poitiers. J'arrive en train, un adjoint du DDA, dans une 4L pourrie, me véhicule, il se confond en excuses pour le peu de standing du carrosse, je le rassure en lui disant que c'est normal pour un représentant des SC (1), il rigole. Bref je me retrouve face à 2000 personnes, un écho horrible et un discours écrit, très bien écrit, avec des phrases interminables, des sujets auxquels je ne bite rien. Je dégouline. Je m'accroche et je jure de ne plus jamais me soumettre à une telle épreuve. Les planteurs et leurs épouses sont contents. Par la suite j'ai toujours brodé ou improvisé. Le sommet de cette prise de risque fut mon show au Palais des Congrés de la Porte Maillot devant le Congrès de la Confédération générale des Betteraviers. Le plus beau lobby du monde agricole, là encore 1500 pékins assez remontés contre les va-nu-pieds du pouvoir. Le président improvise. Discours au bazooka. Le mien, écrit par les spécialistes, est un chef d'oeuvre de technicité. La salle fait un triomphe au président. Je monte à la tribune. C'est chaud. Je les sens goguenards. Je me tourne vers le président, je lui tend le discours écrit en lui disant de bien vouloir le publier dans le Betteravier Français car il est riche et j'attaque les mains sur le pupitre une réponse improvisée point par point au président, je rends les coups, je pointe les contradictions, je ne lache rien, j'ironise même, la salle commence à se détendre, le silence est religieux et en final elle m'applaudit. Le Betteravier Français se fendra d'un bel éditorial pour saluer la pugnacité du représentant du Ministre et depuis ce jour je suis toujours invité au Congrès de la CGB.  

(1) abréviation très usitée de la coalition au pouvoir après 1981

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

billy 27/06/2006 14:35

M. berthomeau,
on vous connait comme un défenseur de la viticulture languedocienne, mais j\\\'aimerais que vous donniez un avis sur la viticulture bordelaise et les mutations que celle ci doit subir pour redevenir compétitive... (votre avis sur le départ de Christian Delpeuch du CIVB, les bienfaits de la fete du vin ce week end pour l\\\'opinion publique...)
J\\\'attend vos commentaires avec impatience
 

fromage 27/06/2006 11:41

Ah la vie est bien faite Jacques ! Pas d'info hier et cela te permet de nous rédiger "au débotté" quelques ministériels souvenirs et aujourd'hui, hop ! tu as la composition du nouveau conseil vin à qui je n'en doute pas tu vas distiller quelques lignes, ne serait-ce que pour que nous sachions si les propositions de Bruxelles sont «les meilleures propositions entendues depuis longtemps» (version officieuse, aussi appelée "de couloir"), ou une terrible trahison (version officielle et quasi unanime).Mais vu comme ça, rapidement, j'ai un peu le sentiment que c'est reparti pour quelques années de feuilleton parisiano-Varennien…  Allez ! Au boulot !

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