Lundi 19 juin 2006 1 19 /06 /Juin /2006 09:31

Chers collègues (1)

Vous êtes plus à plaindre qu'à blamer. Que l'un ou plusieurs d'entre vous puissent avoir conçu - mot trop riche en l'espèce - un tel sujet, que toute la chaîne hiérarchique l'ait approuvé, montre à l'évidence que la sensibilité et l'intelligence des hommes et du milieu dans lequel vous êtes sensés exercer votre mission d'enseignant vous font cruellement défaut. Comment des transmetteurs de savoir, des éveilleurs d'intelligence peuvent-ils proposer en sujet de baccalauréat technologique, coefficient 4, durée 3H 30, ce torchonnet ni fait, ni à faire ? Le sujet est inintelligent et surtout inintelligible. C'est de la bouillie pour les chats qui mélange le vin, l'alcoolémie, la sécurité routière, la biologie écologie où il faut attendre le point 4 pour voir apparaître une phrase construite et l'ébauche d'une question. Aucun exposé des motifs, aucun cadrage, démerdez-vous les gamins les profs ne savent même plus formuler un sujet.

Sur le fond du sujet, puisque l'inénarable représentant syndical interviewé sur la 2 justifie ce torchonnet par des arguments de mission pédagogique - entre nous je ne suis pas sûr que mon grand-père lui aurait confié la mission de garder les vaches - l'absence totale de mise en perspective du sujet condamne les élèves à un exercice d'instruction à charge du produit. Comme je suis de ceux qui ont toujours assumé les risques liés à l'ingestion abusive d'un produit alcoolisé : les pochtrons et les conducteurs bourrés sont les pires ennemis du vin, je puis me permettre de dire à ces soi-disants pédagogues qu'en stigmatisant le produit ils contribuent à l'affrontement entre les chapelles. Si tant est qu'il faille proposer ce type de sujet au baccalauréat alors il faut prendre en compte l'ensemble des arguments en présence afin que les élèves puissent à la fois exercer leur sens critique et appréhender la complexité des phénomènes de société.

Pour autant, voir sous ce sujet une volonté supplémentaire, en haut lieu, d'éradication d'une grande part de la viticulture méridionale c'est faire trop d'honneur aux auteurs qui sont plus bêtes que méchants. Alors plutôt que de réclamer des sanctions je pense, chers collègues, étant donné l'absence de RESPECT, tant vis à vis de vos élèves, que des hommes et des femmes qui vivent de la vigne et du vin, que vous devriez vous excuser par écrit auprès de ceux que vous avez offensés. Vous fendre d'une lettre, bien écrite, sensible où, au lieu de vous justifier pesamment, vous trouveriez les arguments pour expliquer que vous avez été maladroits, que vous allez vous ouvrir à eux - le contact avec les viticulteurs ne vous polluera pas, votre liberté d'enseignant n'en sera nullement entravée - que vous allez travailler à lever les malentendus, tout simplement que vous vous excusez de cette légèreté blamable avec laquelle vous avez abordé un sujet aussi sensible.

Veuillez agréer, chers collègues, l'expression de mon souvenir de toutes les réunions où vos représentants m'ont donné de sévères leçons sur mon incapacité à comprendre les problèmes de la base, de la France profonde...

Jacques BERTHOMEAU

(1) j'ai enseigné dans ma vie, d'abord pour payer mes études supérieures au CEG de Pouzauges (de la 6ième à la 3ième), puis 4 ans au lycée agricole privé de La Roches/Yon (BTA, Bac D', BTS), puis 2 ans à l'Université de Constantine en coopération (maître-assistant), puis après mon passage au cabinet 3ans comme professeur associé de l'Université de Nantes à mi-temps en DESS...   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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