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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 00:03

M’aider, c’était vite dit car Yvette, la génitrice de cette belle plante, aux dires de Raymond son frère, n’était pas une femme facile. L’aborder par la face des sentiments, ou pire par celle du sexe, s’avérait mission impossible puisque, depuis qu’elle avait congédié le père de Marie-Églantine, elle vivait à la colle avec un ombrageux corse, commissaire divisionnaire à la PJ, de dix ans son aîné. M’aventurer sur ce terrain mouvant, surtout pour une affaire qui n’entrait pas vraiment dans mes plans, ne m’enchantait guère. En mots choisis, après avoir remercié Marie-Églantine de ses bonnes intentions, je lui fis part de mon souhait de ne pas mouiller sa mère dans une affaire qui risquait de la compromettre. Je me dépensais en pure perte car je faisais face à une étrange coalition. Raymond et sa nièce m’écoutèrent avec un semblant d’intérêt mais je dus me rendre très vite à l’évidence : ils ne lâcheraient pas le morceau. Leur silence amusé fut rompu par Marie-Églantine qui, en se laissant glisser du plateau de la table, lançait à la cantonade « de toute façon j’étais venu pour t’inviter à dîner tonton. Comme d’hab t’as oublié que c’est aujourd’hui l’anniversaire de ta petite sœur. En plus de ton beau copain tu lui amènes des fleurs et un mahous cadeau. Yvette elle adore les cadeaux… »

Bien avant sa popularité télévisée, due au commissaire Colombo, j’ai connu les délices de la 403 grise décapotable avec ce vieux dragueur de Raymond. Armé de sa nénette il la bichonnait comme un yearling de haute lignée. Roues à rayons, il avait bricolé des jantes de la nouvelle 404 cabriolet, sièges en cuir gold, autoradio, sa Peugeot était le seul vrai luxe de Raymond. Cap sur la rue du Faubourg Saint Honoré, direction Hermès, sapé comme un vieux milord, leggings et chapeau mou chocolat, au volant de son cabriolet, sommes toute très pépère, Raymond avait fière allure. Le carré Hermès, selon mon compère, allait ouvrir une belle brèche dans la muraille de son Yvette de sœur qui avait des goûts de luxe que son commissaire n’arrivait pas à satisfaire. Afin de ne pas provoquer l’ombrageux corse, officiellement, le présent d’anniversaire émanerait de Raymond qui, pour justifier cette folie, ferait état d’un pactole gagné aux courses. Même si à cette époque il était facile de se garer dans le quartier du Faubourg Saint Honoré, le voiturier de chez Hermès, de bonne grâce, nous déchargea du souci de trouver une place. Le look de Raymond ne passa pas inaperçu dans le petit monde, assez âgé, des vendeuses du célèbre sellier. L’une d’elles, port altier, chignon sévère, maquillage impeccable, ongles parfaitement faits, pris ses collègues de vitesse. Elle nous précéda et son popotin, encore haut et ferme, ondulait au rythme de ses pas précautionneux.

Raymond fit durer le plaisir du choix, ce qui semblait combler d’aise la dame bien conservée. Pour ne pas casser l’ambiance je m’esbignai sur la pointe des pieds pour aller prendre un petit noir à un bistro proche de la grande crèmerie de la rue des Saussaies où j’étais à peu près sûr de retrouver quelques vieux chevaux de retour carburant au petit blanc. Le bord de bar en était, en effet, infesté mais, surtout, je tombais nez à nez avec le traitant de la vieille roulure de Gustave. Gustave Porcheron. Gustave la balance, électricien au service d’entretien chez Wendel, que ces petits cons de la GP considéraient comme un vrai révolutionnaire, alors que les RG le tenaient pour une poignée de biftons, et un peu de cul dans une boîte des Champs. Pour amadouer mon collègue je le détournais de son blanc ordinaire en lui offrant une ligne de Muscadet Sèvre et Maine sur lie. L’effet ne fut pas immédiat car le vieux se méfiait. Bien évidemment je bavassais de tout autre chose, lui laissant entendre que j’étais dans les petits papiers de l’étoile montante des RG, l’ambitieux Bertrand. Le tarin bourgeonnant de mon collègue captait les doux effluves d’un avancement qui mettrait un peu de beurre dans ses épinards et il se déballonnait sans aucune réticence. Le Gustave se prenait pour un quasi dieu vivant de la GP. Il devenait incontrôlable depuis qu’il se tapait des filles de grands bourgeois qui cherchaient l’extase sous sa bedaine prolétarienne. Depuis quelques temps il vivait quasiment à temps plein, avec l’une d’elle, dans un duplex donnant sur les Invalides. Je griffonnai l’adresse sur le ticket de caisse. Notre après-midi, à Raymond et moi, allait être très sportif. J’en salivais d’avance en saluant mon collègue d’un généreux « je n’oublierai pas ton coup de main. J’ai le bras long… »


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