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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 00:02

Ma ballade ensoleillée au pays des Grands Crus Classés de Bordeaux, pour les primeurs 2008, a fait dire à certains de vous « qu’est-il allé faire ce Berthomeau au pays des châteaux ? » Sous entendu tout ce tam-tam autour des primeurs n’intéresse qu’une poignée d’happy few, d’initiés, les gens des étages élevés – ceux dont l’étoile a singulièrement faibli ces derniers temps – c’est du cinéma. Et alors moi j’adore le cinéma et, dans les salles obscures comme dans notre beau pays du vin, je ne me refuse rien. Je suis éclectique, curieux et paradoxal. Bordeaux m’intéresse, à tous les étages. Vous étiez prévenus d’ailleurs : « Pour ne rien vous cacher, au-delà de la pure découverte du millésime 2008, sonder les « reins et les cœurs » de tous les protagonistes de cette « fameuse place de Bordeaux » afin de savoir si une stratégie de la raison va s’élaborer et surtout se concrétiser, entre dans mes desseins… » Bref, même si l’establishment bordelais vous donne de l’urticaire, prêter de l’attention au jeu des différents acteurs fait partie du champ d’investigation du chroniqueur que je suis. « Intéresse-toi à tout sinon tu ne t’intéresseras à rien… » me disait le frère Gabriel mon professeur de français.

Interroger François Lévêque, président des courtiers de la place de Bordeaux, entrait donc dans le champ de mon intérêt pour tout ce qui touche à l’étrange alchimie de la notoriété. Bordeaux tient une place éminente dans l’image du vin français à l’étranger et le retour des grands crus classés dans l’économie réelle me semblerait être un signe important donné aux vrais amateurs de vin. De plus, une image moins contrastée, plus unifiée de la galaxie du vin, ne peut qu’améliorer la perception qu’en ont les Français, leurs dirigeants surtout. Si nous voulons gagner à notre cause, sur les sujets qui fâchent, l’opinion publique il est de la première importance d’apparaître comme un secteur à la fois stratégique et surtout porteur de valeurs communes. Donc, ayant croisé François Lévêque au Château Haut Smith Lafitte j’ai pu donner corps à mon projet.

Chez les Lévêque on est courtier depuis 4 générations. François l’est, lui, depuis 1983. Assermenté en 1994 il va développer le secteur des Grands Crus jusqu’à y réaliser 80% de son chiffre d’affaires. C’est donc un homme d’influence, écouté de la propriété et reconnu par ses pairs puisqu’il est président régional des courtiers en vins et vice-président national depuis 2004. Enfin, François Lévêque est copropriétaire du Château Chantegrive dans les Graves. Je le remercie d’avoir bien voulu répondre à mes questions.


1ière Question
 : L’origine de votre métier se perd dans la nuit des temps puisqu’il en est question en Bordelais avec le grand commerce des vins de Gascogne vers l’Angleterre. Les « couretiers » sont alors chargés de prospecter les campagnes, d’approvisionner les marchands et de faciliter les transactions. Nous sommes à la fin de la première décennie du XXIe siècle, dans un monde numérique, dématérialisé, où les transactions peuvent se nouer sans intermédiaire, alors François Lévêque à quoi ça sert un courtier en vins ? Quel est son rôle ? Son influence ?

 

 

Réponse de François Lévêque : En effet, les Courtiers en vins existent depuis le 12 Mars 1321, leur fonction d’intermédiaire du commerce se justifie par la prospection et la connaissance parfaite d’une région viticole en vue de procurer au négoce de Place le type de produits qu’il recherche. Bordeaux est une des plus importante et prestigieuse place de Courtage en France. C’est ici même qu’en 1855 le Duc de Morny sous l’égide de la Chambre de Commerce nous a missionné pour établir le fameux classement des grands vins de Bordeaux qui reste toujours d’actualité. Aujourd’hui le rôle du Courtier en vins consiste à rapprocher le vendeur (le viticulteur) de l’acheteur (le négociant), de constater l’accord entre les parties et à leur notifier. Au-delà de cette mission, le courtier est le garant moral de la bonne fin de toutes les opérations où il intervient. Son rôle est de renseigner au mieux de ses connaissances, Acheteurs et Vendeurs et de faire en sorte qu’aucun litige entre eux ne se manifeste.

Aujourd’hui plus que jamais, dans un monde « chahuté » notre métier trouve toute sa pertinence. La meilleure preuve c’est qu’en 2008, 85% des transactions enregistrées au CIVB (Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux) sont réalisées par notre intermédiaire. Ce pourcentage montant à 98 % pour les grands vins

 

 

2ième Question : Dès le XVIe siècle, nommé par le maire et les jurats de la ville, votre profession était protégée par un statut particulier celui de « courtier gourmet piqueur de vins ». En droite ligne de cette grande tradition de goûteur, François Lévêque, vous venez de déguster les vins du millésime 2008, quel est votre appréciatiation ? Comment situez vous ce millésime ?

 

Réponse de François Lévêque : Après cette semaine de dégustations nous avons un avis plus précis sur la qualité du millésime 2008.Je pense que le millésime se situe comme un bon voire un très bon millésime, il y a cependant une certaine hétérogénéité d’une propriété à l’autre. Il conviendra donc d’être attentif au jugement des dégustateurs professionnels.2008 pourrait être un subtil mariage des millésimes 2001 et 2006.


3ième Question
 : Il y a quelques temps, Jean-François Moueix, répondait à la question : « Peut-on imaginer qu'au printemps il n'y ait pas de ventes en primeur ? » par un laconique : « On ne peut l'exclure » et concluait son analyse par un sombre pronostic : « Si le négoce n'achète plus, adieu la place de Bordeaux, ses négociants et ses courtiers. » L’enjeu de la fixation de l’échelle des prix du présent millésime est donc capital. François Lévêque, vous qui vous situez à la jonction entre la propriété et le négoce, et qui êtes un fin connaisseur des hommes, qu’est-ce qui peut déjouer ce pronostic ? Qui doit donner le la pour redonner confiance aux opérateurs – à leurs banquiers surtout – et déclencher le mouvement des achats ?

 

Réponse de François Lévêque : Nous sommes à un moment clé à la veille de cette campagne primeur. Depuis l’exceptionnel millésime 2005, vendu très cher, les millésimes 2006 et 2007 ont été vendus dans la plupart des cas au-dessus de leur valeur. Encouragé en cela par un mouvement spéculatif sur les plus grandes étiquettes du vignoble Bordelais. Le contexte économique mondial nous oblige à des réajustements nécessaires. Les grands vins de Bordeaux sont et doivent restés des produits de consommation accessibles aux vrais amateurs. Les Bordelais sont des gens pragmatiques et je reste optimiste pour l’avenir.

Note du rédacteur : dans le journal Le Monde du 11 avril sous le titre "Après des années de spéculation, le prix des grands crus classés va baisser" la correspondante à Bordeaux de ce "grand journal de référence" Claudia Courtois - un peu fâchée avec les chiffres : 43,6 millions d'Hl de production à Bordeaux en 2008 - cite François Lévêque : " Soit on fait une campagne primeur à un prix acceptable pour de vrais amateurs qui von faire une bonne affaire au bon prix, soit la propriété garde sa récolte".

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Goulebeneze 16/04/2009 15:45

je n'avais pas lu cette chronique. Merci de me l'avoir indiquée. De la difficulté de débattre par blog interposé...
il n'empêche, l'ouverture sur le rosé s'inscrit dans un contexte qui ne sent pas très bon.

Goulebeneze 16/04/2009 10:32

Je ne prétends pas défendre la Provence. Je trouvais seulement que les commentaires sur votre blog méritaient un peu de contradiction. Enfin, si l'observatoire des rosés existe réellement ce serait intéressant que dans quelques années, on nous montre si notre négoce national est allé prendre des parts de marché avec des rosés coupés et avec quelle valorisation pour ceux qui exploitent les vignes. Prochaine OCM : Liberté de planter tout et partout, liberté de couper tout et partout, y compris des moûts de pays tiers. liberté chérie. Je parle des rosés comme il y a 30 ans ? Je ne crois pas trahir la réalité, les clients en GD choisissent un vin en fonction de la couleur, du prix et éventuellement de la région de production.

JACQUES BERTHOMEAU 16/04/2009 10:52



La liberté préconnisée par CAP 2010 signé et défendu par l'actuel président de la CNAOC n'a rien à voir avec la vulgate libérale de la Commission. N'oubliez pas que cette note stratégique a été
dézinguée par l'alliance des caciques des AOC et les chefs des tribus du Sud, de plus se présenter à une négociation avec l'AOC Bordeaux réclamant une distillation et des professionnels français
en ordre dispersé et se contredisant le résultat est à la hauteur et je ne m'y sens aucune part de responsabilité.
Quand au négoce français contrairement à une légende bien implantée je ne le défends pas d'ailleurs vous devriez parler de metteurs en marché, j'estime qu'il ne fait pas son boulot de sourceur
pour ce fameux rosé de reconquête. Merci de lire ma chronique Madame la Commissaire http://www.berthomeau.com/article-7012042.html du 8/08/2007 cher Concombre masqué avant de me vanner


Quand à la GD ce n'est parce qu'elle a oublié de faire son métier de prescripteur (voir mes dernières chroniques sur Carrefour et Monoprix) qu'il faut continuer à raisonner en regardant dans le
rétroviseur avec un rayon mur de vins où le conservatisme des AOC bloque aussi toute approche intelligente : ne pas mélanger les torchons et les serviettes.



Goulebeneze 16/04/2009 08:42

Je reviens sur le rosé et je poursuis mon commentaire d'hier soir. L'affaire était donc dans les coulisses depuis des années. Depuis quand exactement ? Depuis CAP 2010 ? M. Berthomeau avez-vous entendu demander le coupage blanc rouge dans vos entretiens de l'époque ? Par qui ? Qu'en pensent les négociants de la place provençale, pourquoi ne laissent-il s'exprimer que leurs représentants nationaux qui ne font du rosé qu'à titre accessoire. Enfin, le champagne rosé, la belle affaire, serait du coupage. Coupage oui mais avant la seconde fermentation, coupage pas toujours, et enfin le champagne rosé, ce n'est pas du vin, c'est du Champagne, cela fait une sacrée différence, il serait bleu, les clients le paieraient plus chers, ce qui est d'ailleurs le cas du rosé. Alors, on sonde, on informe, on pétitionne et on suggère. Les provençaux finiront bien par trouver une manière de valoriser leur démarche. Mais s'il faut donner une explication au ramdam médiatique, c'est que objectivement le dossier est plié, la seule voie c'est de réveiller les producteurs de rosé de noirs des autres pays producteurs. En période électorale tout est possible. Mais de grâce évitons les propos anti-bruxellois, la responsabilité de la situation est partagée. Bonne journée.

JACQUES BERTHOMEAU 16/04/2009 10:03


Au risque de vous décevoir cher concombre masqué CAP 2010 répondait à cette question avec son espace de liberté. Pourquoi vous plaignez-vous si ce n'est de récolter le fait que "les grands
chefs des AOC" veulent tout sauf de sortir de l'ambiguité dans laquelle ils sont encore. D'aileurs vous parlez des rosés avec les mêmes mots que les caciques des vins de table ex-VCC du temps où
j'étais à l'ONIVIT.
Qui sont les négociants de la place provençale ?
Et à Tavel dans la cave coop on produit quoi CCM ?


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