Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 00:00

Cher vous qui avez du faire HEC ou un machin assimilé,

 

Je ne sais à quel étage – on me dit qu’il y en a beaucoup chez vous à Levallois – vous êtes au siège de ce grand bazar moderne à l’enseigne Carrefour mais je me risque tout de même à vous écrire pour vous dire que je suis scotché par votre inventivité pour ce qui concerne votre nouvelle MDD vin de pays : Augustin Florent. Vraiment vous êtes forts les gars, z’avez du salement cogiter, z’avez du drôlement potasser les z’annuaires des marchands de vins du département de la Seine et de la Seine-et-Oise de 1920 à 1936, z’avez du vous z’abimer méchamment les yeux sur le bottin des maisons de Bercy, pour exhumer ce brave Augustin Florent de sa naphtaline. Vous m’direz que les prénoms de nos pépés reviennent en force chez les moutards poussés dans leurs poussettes Mac Laren par leurs bobos de parents : Jules par ci, Léon par là, des Robert, des Raoul, des Ernest et sans doute dans quelques temps des Eugène, des Mathurin, des Armand, des Norbert ou des Arsène… Bref vous avez flashé pour Augustin classé au 271em rang avec 8087 individus répertoriés dans l’hexagone. Moi j’aurais préféré Auguste car je dois vous avouer que votre Augustin Florent me fait penser au prototype des caciques SFIO du Nord : Augustin Laurent, celui qu’a adoubé Pierre Mauroy à la mairie de Lille qui lui même a mis le pied à l’étrier à Martine Aubry, la dame des 35 heures, auriez-vous subliminalement virés « socialos » les gars et les filles de chez Carrefour ?

 

 

Je plaisante bien sûr, mais tout de même, vous nous prenez – même si je ne suis pas client de la boutique, je m’assimile  aux pékins qui vous fréquentent – pour des demeurés avec vos signatures à deux balles. Augustin Florent, ça pose, ça rassure, ça fait très bedaine sous petit gilet avec montre à gousset, pantalon de velours et écrase-merde à semelles de crêpe, qui va acheter son vin aux braves vignerons des Coteaux de l’Ensérune ou des Cotes de Briant avec sa Juva 4, son portefeuille à élastique gonflé de grosses coupures, « tope là », cochon qui s’en dédit, à mon avis vous auriez du ajouter pour faire plus encore plus couleur locale : Augustin Florent père&fils.

 

Pour votre édification de jeunes as du marketing tous justes sortis de vos couches-culottes je vous propose un bel exemple du notre glorieux passé du vin quotidien : « La vinée du Bon Vieux temps » Jérôme Rollet. Admirez le travail ! C’est t’y pas beau ça ? Dans la plus pure tradition du marchand de vins, y’a pas de qui pro quo avec le Jérôme Rollet alors qu’avec vous l’étiquette est très copié-collé des petites récoltes de Nicolas. Vous êtes un peu fégniasses mes cocos, le genre coucous qui s’la pètent grave : « Le distributeur a retenu un packaging épuré sur le mode "tableau noir" avec un fond ardoise et une typographie à la craie pour un rendu aussi ludique que lisible » Et pis quoi encore, vous n'allez pas nous faire accroire que vous avez trouvé ça tout seuls.

 

 

 

Je m’emporte ! Mais ne me dites pas que vous êtes payés pour nous pondre des trucs pareils ? Si c’est le cas, un bon conseil à vos chefs des étages élevés : il vaudrait mieux que vous alliez exercer vos talents ailleurs ça allègerait les frais généraux ce qui ferait plaisir à Bernard Arnault. Bon, je redeviens hyper-sérieux : votre bousin c’est, me dit-on, une MDD et que la définition de ce genre de marques c’est de coller au cul des marques nationales en un peu moins cher. Pourriez-vous me dire à quelle marque nationale vous sucez la roue ? Si c’est à Petites Récoltes de Nicolas j’y perds mon latin de cuisine car je ne crois pas que vous détournerez un seul client de ce généraliste de quartier avec votre  Augustin Florent.

 

En fait, tout bêtement, j’ai le sentiment que vous faites de l’habillage de bouteilles pour votre entrée de gamme et que, lorsque vous écrivez sur votre catalogue que vous proposez « en exclusivité une gamme de vins authentiques pour se faire plaisir au quotidien. Des petits vins sympathiques et faciles à boire… » vous prenez le train avec un quart d’heure de retard. Disons que ce n’est qu’un banal relifting d’un sourcing existant de longue date. J’espère au moins que vos chefs de rayon auront à cœur de présenter un superbe facing de ces « 13 saveurs à découvrir » et non de les disperser dans le mur de vins en fonction des critères traditionnels. Rassurez-vous je ne vais pas sauter au-dessus du périphérique pour vérifier. Dormez tranquilles jeunes gens et jeunes filles  qui avez du faire HEC ou un machin assimilé, ce n’est pas avec le père Augustin Florent que vous allez décrocher la timbale de l’innovation. Il est vrai que les MDD adorent copier par-dessus l’épaule des grands.

 

 

Entendez-moi bien, ce que je raille c’est votre prétention à vous parer des plumes de créateurs avec votre approche ringardo-minimaliste de votre « collection de vins de terroir à petits prix ». Ils méritent mieux que votre pseudo-marketing ces vins sans prétention. En les personnalisant, par un patronyme à la con, vous dévalorisez le travail des vignerons des caves où vous achetez vos vins. Pour votre défense vous allez me rétorquer que le patronyme de fantaisie est un grand classique du négoce français. Je sais. En effet, je n’ai jamais croisé à Vinexpo ni le baron de Lestac, ni Jean-Pierre Chenet. En revanche, j’ai salué souvent Marcel Guigal et Gérard Bertrand qui signent des vins achetés chez d’autres vignerons. Ce goût très prononcé des marchands de vie pour des noms fleurant bon le terroir leur a toujours été reproché par les vignerons authentiques. Ça accrédite le soupçon de maquillage qui a produit en France la notion que je ne goûte guère : vins de propriétaires.

Bref, vous les gars d’une soi-disant grande maison, cotée à la Bourse, au CAC 40, qui s’est illustrée bien avant les autres en dotant son ex-patron d’un parachute doré, pourquoi vous z’osez pas baptiser vos vins dit de Distributeurs, les vôtres donc, de votre nom. Auriez-vous honte ? Ne serait-il pas de confiance ? Moi j’ai la nostalgie de Félix Potin et j’ai toujours détesté Justin Bridou (question à mes fidèles lecteurs : qui était-ce et quel est son rapport actuel avec le vin ?) alors pour vos vins de pays à petits prix j’aurais aimé, en souvenir d’un de vos patrons bien aimé, que vous la baptisiez cuvée Daniel Bernard. C’est du même tonneau, deux prénoms assemblés, que votre Augustin Florent, mais en plus rutilant.

 

Comme vous êtes jeunes dans la boutique, sans doute, il faut que vous sachiez que ce n’est pas la première fois que je souffle dans les bronches du Mammouth (lire ou relire ma chronique : « Ferme ta grande gueule CARREFOUR ! »link
 

Cette fois-ci c’est sur un sujet bien plus mineur mais, étant donné que vous dépotez avec vos « potes de la GD », surtout celui qui vous adore : le Michel-Edouard de Landerneau, beaucoup d’hecto de nos belles provinces de France, le moins qu’on puisse vous demander c’est de faire correctement votre métier. Sans vouloir vous vexer plus encore : vous le faites mal. Vous n’êtes pas à la hauteur des enjeux. L’imagination n’est pas au pouvoir : tristes rayons que les vôtres ! Comme je suis bien en jambes en ce moment sur le sujet GD, j’y reviendrai dans ma prochaine chronique à propos de « ma cave en ville » de votre collègue Monoprix.

 

Allez, vous qui avez du faire HEC ou un machin assimilé, autour de la machine à café de Levallois-Perret, positivez ! Saluez Augustin Florent de ma part lorsque vous le croiserez. Y doit s’ennuyer en votre compagnie le pauvre. Je vous salue très positivement.

 

Jacques Berthomeau

  

Secrétaire Perpétuel de l’ABV

 

D’ailleurs, les gars et les filles de Carrefour qui avez du faire HEC ou un machin assimilé vous devriez adhérer à l’Amicale des Bons Vivants, ça vous ferait du bien.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Pour la prochaine série vins de Carrefour, celle de cet hiver par exemple, j'ai trouvé un nom désuet et évocateur : "Le Vin de Pépé".
Commentaire n°1 posté par Michel Smith le 09/04/2009 à 09h32
eh ben! y s'ait lacher le grand Jacques!! Bravo! quel plaisir à lire! La gravité su sujet n'a d'égal que la mise en cause de l'incompétence constatée!
Cordialement

Alain Soutiran
Commentaire n°2 posté par soutiran alain le 09/04/2009 à 19h41
Personnellement, je ne vois pas trop où est le problème, mais j'ai au moins appris deux choses:
1) que mon prénom est à la mode (comme je l'aime bien, je comprends);
2) le prénom de Monsieur Chenet (Je ne savais pas que c'était Jean-Pierre, je croyais que J.P. était un secret comme J.M. pour Weston)
Commentaire n°3 posté par Norbert le 09/04/2009 à 21h40

Chenet fut dénommé tout d'abord JP CHANEL nom d'un collaborateur de Grand Chais bien sûr CHANEL contesta et gagna d'où Chenet qui a gardé le même prénom.
Le problème cher Norbert c'est le nom de fantaisie et le copiage sur Nicolas pour un grand distributeur comme Carrefour. Si on croit rassurer ainsi les consommateurs de vin on se leurre mais c'est un grand classique des gens du vin qui ne voient pas souvent où est le problème et préfèrent penser qu'on leur en veux.
Bien à vous

Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 10/04/2009 à 08h37
Bon il n'y a pas de quoi fouetter un chat. On ne peut pas toujours faire un sans faute dans la création d'une étiquette.

D'ailleurs il est difficile d'établir des règles dans le domaine et encore moins des certitudes, prenez par exemple une boisson comme Red Bull, le packaging etait nul et tous les poncifs du marketing prévoyaient un fiasco. Résultat ? les poncifs du marcketing ont revu leur copie.
Bon bien sur ce n'est pas du vin me diront les puristes.... mais ça illustre bien les problemes d'appréciation qu'on peut avoir sur l'habillage d'un produit.

Ceci dit je serai curieux de connaître l'étiquette idéale pour Monsieur Berthomeau.


Bien cordialement
S. COUREAU
Commentaire n°4 posté par S. COUREAU le 09/04/2009 à 23h20

Vous ne m'avez pas compris monsieur Coureau ce que je conteste c'est l'emploi d'un patronyme de fantaisie pour la marque d'un Grand distributeur qui se doit de signer ses oeuvres et le copiage de la marque Petite récolte de Nicolas. Pour le reste il n'y a pas d'étiquette idéale et surtout pas définie par moi. L'important c'est de faire adhérer le consommateur pas de le leurrer en lui faisant accroire qu'il achète un vin personnalisé.

Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 10/04/2009 à 08h33
Hmmm, je crois que dans l'histoire ce n'est pas le brave collaborateur Chanel qui a vraiment posé des problèmes, mais une marque homonyme plutôt notoire...
Commentaire n°5 posté par Norbert le 10/04/2009 à 13h27
Bien évidemment ce fut la maison CHANEL qui demanda le retrait mais Joseph Hellfrich ne doute de rien... et Chenet est devenu la 1er marque française de vin à l'export...
Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 10/04/2009 à 18h53
"Rassurez-vous je ne vais pas sauter au-dessus du périphérique pour vérifier" Alors celle-là, M. Berthomeau, il ne fallait pas la faire! C'est idiot, mais j'en connais qui vont vous taxer de parisianisme. Et vous savez bien, puisqu'il est impossible d'ignorer que vous avez un peu vécu dans nos belles régions, que le trait le plus moqué chez les parisiens, c'est leur propension incoercible à vouloir donner des leçons à tout l'univers, sans parfois rien y connaitre...
Commentaire n°6 posté par enofool le 10/04/2009 à 16h04
Rien à voir avec le parisianisme mais ceux qui me suivent depuis longtemps savent qu'avec mon vélo nous ne sautons jamais l'enceinte du périphèrique et surtout que nous ne mettons jamais les pieds dans les temples de la GD qui le bordent, non par ostracisme mais parce qu'il y a trop de monde cependant comme je vis à Paris depuis plus de 30 ans j'aime cette ville tout comme j'aime beaucoup de beaux coins de France je suis un rat des villes et un rat des champs ce n'est pas incompatible.
J'essaie de dire que je pense sans toutefois estimer que j'ai raison et donner des leçons à qui ce soit...
Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 10/04/2009 à 18h51
Il y a des jours où c'est dur d'être Parisien. Ce n'est plus mon cas, mais quand je vais flâner dans la ville lumière (la plus belle ville du monde ?) et que je fréquente ses mille et uns bistrots, je me dis que les vignerons de ce pays ont la chance d'avoir encore des Parisiens têtes de chiens à qui vendre leurs joyeuses productions.
Commentaire n°7 posté par Michel Smith le 11/04/2009 à 08h41

La maison ne recule devant aucun sacrifice elle publie même les commentaires envoyés sous l'anohymat dans sa boîte perso

Bonjour,

 

Je viens de lire votre bafouille. Vous vous moquez (certainement à raison) du dérapage marketing de Carrefour. Mais je ris dans ma barbe en lisant votre texte, à certains moments on dirait du très mauvais Céline.

Vous critiquez une chaîne de distribution qui copie, qui pique ses idées chez les autres mais vous-même n’avez aucun style. Avec de surcroît, des fautes d’orthographe à la pelle …

J’ai acheté hier une bouteille de cher Augustin et je l’ai trouvée d’un excellent rapport qualité-prix. Un vin qui correspond tout à fait à l’annonce du groupe commercial.

Votre critique est celle d’un vieux schtroumpf qui regarde dans le rétroviseur. Allez critiquer les grands châteaux de Bordeaux qui sont devenus hors de prix et qui font le bonheur des spéculateurs.

Vous devez être un chouette monsieur mais là, laissez-moi vous dire que vous avez raté votre cible.

Bonne soirée,

 

Benoit l’épicurien

 

PS : aujourd’hui, j’ai acheté trois bouteilles de rouge de cher Augustin. Pour votre info, je suis amateur de vin et ai déjà bu quantité de crus classés du Bordelais.

Commentaire n°8 posté par le petit télégraphiste pour un belge agressif le 17/09/2010 à 19h51

En recherchant "la cave d'Augustin Florent" je suis tombé sur votre article qui m'a bien plu, mêm s'il date. Je n'ai pas l'habitude de faire mes courses dans la grande distribution, je suis adepte des marchés de producteurs. J'ignorais que "la cave d'Augustin Florent" était une marque crée par Carrefour.

Si je faisais cette recherche, c'est qu'à l'occasion de mes récentes vacances, je me suis dépanné d'une bouteille de vin d'Appellation Ventoux contrôlée 2011 dans une petite épicerie avec l'étiquette "la cave d'Augustin Florent", bouteille numérotée. Le vin était bouchonné et je voulais faire part de mon désagrément. Eh bien je comprends mieux à présent si c'est préparé pour Carrefour.

Je me suis promis de ne plus acheter d'Augustin Florent, mais encore plus à présent que je sais qui se cahce derrière.

Commentaire n°9 posté par JCO le 17/07/2012 à 16h22

L'année dernière, j'ai acheté du vin à une "dégustation" de Carrefour Jambes. Je cherchais, non des marques, mais du vin avec un prix s'accordant à mes moyens. J'avais noté cette étiquette "Augustin Florent" sans plus. D'abord, première surprise à cette dégustation, c'est qu'il n'y en avait pas, il semble que j'étais venu trop tôt! J'ai acheté du côtes du Rhône, du Beaujolais, un peu de Bordeaux que je n'apprécie pas trop. Résultat des tests : BOF. Si votre Benoît l'épicurien trouve le rapport qualité/prix excellent, c'est qu'il est employé par Carrefour!! Continuez à défendre le vin et conseillez donc à l'Epicurien (et autres) de regarder "l'aile et la cuisse". Mais bon, comme e toute façon ils sont vendus ...

Commentaire n°10 posté par GOFFIN Jean-Claude le 04/09/2012 à 13h58

Hier on m'a, via l'internet et ses spams, proposé le N°5 de la mère Chanel pour 12€e le flacon de 100 ml. On m'expliquait que si c'était beaucoup moins cher que chez mon parfumeur préféré, c'est uniquement parce qu'il n'y a pas de packaging. Alors moi, comprenez que je puisse y perdre mon latin : si un vin n'est pas cher parce qu'il a packaging pourquoi mon parfum préféré est-il plus cher quand il en a un?...

(Je viens de voir que le billet du Taulier date en fait de 2009... ce n'est pas moi qui l'ai sorti des tiroirs mais c'était très bon à lire)

Commentaire n°11 posté par s.cadio le 04/09/2012 à 21h27

J'ai acheté 3 de ces bouteilles hier chez carrefour, oui on est en 2013 et l'article date de 2009, mais je cherchais des avis sur ce vin ! deux médocs et un morgon de 2011. En premier on a ouvert une bouteille de morgon, pour comparer avec une autre qu'on achète directement chez un ami vigneron. IMBUVABLE. AUjourd'hui, on ouvre le medoc, IMBUVABLE également. ALors que mon ami vigneron m'avait dit que 2011 etait une bonne année, me voilà bien eu; Et encore plus en me faisait berner de la sorte par une etiquette . et AOC en plus pour de la piquette... beurk... je vais me faire une joie à aller leur ramener demain chez carrefour. merci pour cet article !

Commentaire n°12 posté par Angéline le 14/04/2013 à 22h22

le vin en BIB 3 L de chez Carrefour Austin Florent est infecte !

Commentaire n°13 posté par armelle le 12/05/2013 à 18h55

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