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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 00:09

Inutile de vous présenter Michel Chapoutier. http://www.berthomeau.com/article-michel-chapoutier-l-homme-qui-adore-l-art-premier-et-la-tete-de-veau--43450706.html   Comme souvent ses prises de position sur ce sujet sensible vont sans doute provoquer quelques turbulences dans les branches de sassafras du monde du vin. Libre parole amène le débat et, comme le hasard des réponses veut que Michel s’adresse à son ami Christian, libre à celui-ci de relancer la balle : mon espace de liberté est fait pour de tels échanges entre gens de bonne compagnie. Sans plus attendre la parole est donnée à Michel Chapoutier.

MICHEL_CHAPOUTIER.jpg

 

1ière Question : Le règlement du Conseil des Ministres du 29 avril 2008 prévoit dans son Titre V : Potentiel de Production un Régime transitoire des droits de plantation qui débouchera en 2015 sur leur extinction. Michel Chapoutier, en tant président du syndicat des négociants de la Vallée du Rhône, que pensez-vous de cette libéralisation ?

 

Michel Chapoutier : Je réponds à cette question en tant que Président des négociants de la Vallée du Rhône mais aussi en tant que Président de la commission des négociants producteurs à l’AGEV. J’insiste sur ce point parce que nous avons tendance à oublier qu’un nombre significatif de négociants est aussi producteur (beaucoup de négociants sont à l’origine des producteurs qui sont devenus négociants dont la partie négoce est devenu majoritaire). J’ai toujours été convaincu qu’un négoce producteur comprend les problèmes de la production. Comme je l’avais dit à certains producteurs dans une réunion professionnelle parisienne, « vous avez le négoce que vous méritez». Cela avait un peu choqué, mais j’entendais par ces paroles : les régions où la production a voulu tenir de manière très insistante le négoce à distance du foncier. Souvent, en période de crises, le négoce a moins « joué le jeu » car il se sentait moins impliqué dans la problématique économique et foncière de la production. Les régions comme la Vallée du Rhône Septentrionale, où le négoce est fortement et historiquement producteur, sont des régions qui ont très peu connu les crises. A plusieurs reprises nous avons approché l’AGPV (l’association Générale de la Production Viticole) pour demander que le négoce puisse aussi être intégré dans les tables de discussions. Et là systématiquement, une fin de non-recevoir  a été évoquée.

Nous sommes donc face à deux constats :

-          Le négoce a eu toutes les peines du monde à se faire entendre pour pouvoir participer en tant qu’acteur dans le développement du foncier viticole.

-          Le principe d’attribuer des droits sur une logique de production en occultant la logique de commercialisation a probablement contribué, plus fortement que nous le croyons, aux crises de surproduction. Il est bien entendu concevable qu’un jeune puisse et doive être aidé et soutenu lorsqu’il souhaite s’installer (logique de production).

Mais cette approche unilatérale aurait du également intégrer une phase de soutien de la capacité de frappe commerciale. Donc, le système ayant montré ses limites, et face à l’impossibilité pour le commerce de pouvoir se faire entendre par la position hégémonique de la production sur des principes légaux, la libéralisation des droits semble être enfin une alternative nécessaire.

 

2ième Question : Vous avez bien conscience, Michel Chapoutier, que votre position va à contre-courant de la position unanime des organisations de producteurs qui demandent au Ministre de l’Agriculture de faire revenir la Commission de l’UE sur cette position. Dans l’hypothèse où un régime de droits de plantation serait à nouveau en vigueur au-delà de 2015 qu’est-ce qui doit changer pour qu’il vous satisfasse ?

 

Michel Chapoutier : La seconde question stipule bien : « dans l’hypothèse où un régime de droits de plantation serait à nouveau… » car l’OCM me semble avoir été actée. De ce fait, il ne me parait pas être à l’ordre du jour de revenir sur ce principe. Bien entendu, je suis un fervent défenseur du principe interprofessionnel et donc de l’autonomie de décision des interprofessions. S’il est possible d’envisager une voix dérogatoire par des accords interprofessionnels, il faut que nous commencions réellement à accepter le principe de mise en adéquation des possibilités de plantation avec les potentiels, besoins et demandes des marchés. Il faudrait également qu’au lieu de considérer l’unité quantitative de production par appellation, nous la considérions par acteurs. Pourquoi sanctionner, dans des appellations en difficultés, des acteurs hautement qualitatifs qui eux n’ont pas suffisamment de droits de plantation pour satisfaire de fortes demandes ? Si le plus gros acteur d’une appellation a des problèmes d’écoulement de ses stocks ; est-ce normal de sanctionner toute l’appellation au nom des stocks moyen de cette appellation ? N’est-ce pas le nivellement par le bas ?

Je sais que mon ami Christian Paly le Président de mon interprofession, défend le principe dérogatoire sur les droits de plantations par l’approche interprofessionnelle. Pour cela il m’a donné comme exemple le principe des accords sur les rendements. C’est sur ce point que mon avis diverge. « Chat échaudé craint l’eau froide ». Nous ne pouvons pas parler d’accord interprofessionnel sur les rendements. Nous n’avons connu, à aujourd’hui, uniquement des choix unilatéraux de la propriété, proposés en acceptation au négoce. Si ce dernier était d’accord, la situation était parfaite. Et si tel n’était pas le cas, le désaccord était simplement annexé au Comité National de l’INAO, sans possibilité pour le négoce de peser dans cette décision sois disant interprofessionnelle. Donc dans ce principe, je n’encouragerai pas le négoce à se laisser endormir par ce risque de « duperies ».

 

3ième Question : Une vraie gestion interprofessionnelle dites-vous mais, comme vous êtes à la fois négociant et producteur je sais que sur la répartition des droits de plantation vous développez des propositions qui risquent de mettre un peu d’animation dans le Landerneau viticole. C’est l’une des fonctions de mon « espace de liberté » Michel Chapoutier. À vous !

 

Michel Chapoutier : Finalement, ma proposition face à ces constats est simple : ou libéralisation totale des droits de plantation, ou des droits de plantation sont proposés qui devraient être partagés de manière proportionnelle entre le négoce et la propriété. La propriété resterait souveraine dans son choix d’attribution (jeunes agriculteurs, etc. …), et le négoce pourrait rester  souverain et cohérent avec sa philosophie. Nous attribuerions des droits en priorité aux acteurs qui exportent, embauchent et se développent, etc. … Je n’entends pas par là que le négoce récupérerait un pourcentage équivalent à sa part de commercialisation pour seulement agrandir ses capacités de productions. Non, le négoce pourrait utiliser ces droits pour les  redistribuer aussi en direction de la production en accompagnement de contrats à long termes. Un des problèmes chroniques sur le sujet des contrats d’approvisionnement est, comme l’Arlésienne, nous en parlons beaucoup mais que nous ne voyons presque jamais. La LMA encourage en plus la concrétisation de la contractualisation. Dans cette logique Le négoce pourrait donc, en échange de contrats long terme, redistribuer ces droits aux contractants de la production. Ainsi la production participe activement au côté du négoce aux potentiels de croissance. Ainsi  nous orientons les droits de l’allocation du négoce, vers ceux qui ont déjà les capacités d’écoulement et de développement, vers ceux qui savent se donner les moyens de se développer par de l’engagement long terme et par de la contractualisation

 

 

 

 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

michel chapoutier 25/07/2010 01:40



Désolé jean pour ma réponse tardive… Mais étant à shangai j’étais tenu loin de mon ordi.


A propos de shangai il est surprenant de voir que le pavillon France ignore parfaitement l’existence du vin, comme le pavillon
alsace propose 2 bières : corona et budweiser… nos métiers sont bien défendus… ça fait peur… ça mériterait un coup de gueule du père Berthomeau !!!


Revenons à notre céréalier apprentis vigneron. Tout d’abord planter coute quelque sous, si en plus notre apprentis espère
récolter + 150 hl/ha, il devra prévoir l’irrigation qui augmentera significativement l’investissement… Planter de la vigne ce n’est pas planter des céréales ou des salades : l’argent
immobilisée est autrement + conséquente pour attendre 3 à 4 ans les premières rentrées de fonds.  Quelle banque prêterait sans demander quelques
informations sur la rentabilisation de cet investissement (prévisions de ventes à quel prix et comment), se risquant à un soutien abusif ?? cette contrainte économique me parait plus
efficace et plausible que les droits de plantations.


Un contrat d’achat de sa vendange par un négociant ou l’intégration dans une coopérative sera la meilleur réponse à cette
banque.


Reste à trouver la coopérative qui le suivra ou le négociant qui achètera. Cette deuxième contrainte est + efficace que des
droits de plantations.  Car enfin le directeur de coopérative ou le négociant savent parfaitement qu’un vin de France, rouge, sans ig va se confronter
à la concurrence européenne et même mondiale, la plus dure qui soit. Si notre apprentis vigneron s’obstine malgré les conseils des professionnels avisés, ayant eu la rare malchance de
 rencontrer une banque qui ne craint pas le risque de soutien abusif ; il pourra toujours se reconvertir ds le jus de raisin ou le mout
concentré. Ce ne sont pas des réglementations qui vont apprendre à observer et réfléchir ceux qui se refusent à tout effort d’écoute et d’analyse.



heritier jean 22/07/2010 20:00


que pense mr Chapoutier de l'histoire suivante: je suis agriculteur céréalier dans le lauragais il n'existe plus de droit de plantation j'ai envie de me diversifier et je décide de planter dans une
parcelle irrigable 30ha de syrah et de cabernet parcelles que je vais conduire en mode industriel taille mécanique enherbement irrigation ......je pense avoir quelques DPU.... je pense faire entre
150 et 200hl/ha ......et je pense vendre le raisin sur souches je pense que cela pourra intéresser quelques vinificateurs et pour moi cela restera une culture de diversification


un producteur 22/07/2010 13:28



Merci pour votre réponse. La mécanique est compliquée et me dépasse. Mais si je comprends bien on rapproche la production de l' attente du marché et il faudrait trouver les moyens économiques de
lisser pour moins subir les fluctuations.


 Egalement à mon échelle microscopique, ne faudrait il pas pour le modeste producteur que je suis une partie "libéralisée" pour aller tenter le diable seul face à ses marchés et ses clients.
Avec toutes les contraintes écologiques nécessaire bien entendu. Ne pas basculer dans une extrême ou une autre mais laisser des joints de dilatation pour que l' édifice ne s' écroule pas par trop
de rigidité ou parce qu' il ne sera plus assez solide.


 


 



chapoutier 22/07/2010 12:06



En réponse au commentaire numéro 3,


Je ne dirais pas que le négoce ne veut pas faire de contrat à long terme. Je pense que comme c’est difficile peu de personnes
s’y risque. Si le cours est à la baisse : le négoce est moins intéressé ; si le cours est à la hausse : la production est moins intéressée. Alors il faudrait indexer le prix du
contrat ! oui mais l’indexer sur quoi ???? Sur les cours interprofessionnels ? Quel service économique de quelle interprofession peut oser affirmer que les transactions moyennes
annoncées par les « services éco » sont justes ?? Aucune et à cela plusieurs raisons…


 


Tant que le contrat interprofessionnel ne sera pas une vraie pièce fiscale, une pièce de la facture du vrac… Tous le monde
pourra écrire n’importe quelle valeur dans le sens où il veut influencer le prix…


Tant que nos gouvernants ne mandateront pas la dgccrf pour contrôler la vérité des valeur tout en leur donnant les moyens de le
faire… il n’y aura aucun risque de sanction aux contrats à valeurs erronés.


L’avantage de lier le contrat à la facture est que la fraude deviendrait fiscale car logiquement et facilement contrôlable par
les services fiscaux.


A ce moment là, les cotations interprofessionnelles seraient crédibles et donc éligible comme support d’indexation.  


Je ne serai pas non plus choqué qu’une partie des fonds des interpro servent à mettre en place des couvertures pour amortir les
fluctuations des cours : comme le font les banques avec les devises.


Finalement il y a des périodes économiques pro-négoce et des périodes économiques pro-production et comme chacun veut tirer
profit de sa période avantageuse, il est difficile de fédérer une logique économique à long terme qui nivellerait relativement bien les avantage des uns et des autres. Pondérer les excès de
hausses et de baisses ,nécessiterait un fond intermédiaire qui pourrait être organisé par les interprofessions (cvo économique) ; encore faut-il que leur contrats soient fiables . Mais
là on pourrait demander de manière + convaincante de prendre le crayon et de coucher le contrat sur le papier. Plus le contrat sera long, moins il sera dégradé par des fluctuations et
spéculations temporaires. Si en plus le contrat est accompagné de droit de plantation le négociant aura tout intérêt à les amortir sur la durée la plus longue.



Un producteur 22/07/2010 09:05



Bonjour,


Dans le principe, controler la production quand globalement la demande est à peine suffisante est plus que normal.


Cependant comment exercer ce contrôle, cette régulation ?


Sur la base actuelle, clairement ça ne marche pas. Les droits entre l' inertie de mise en oeuvre de la production et la mise en valeur de cette production sont d' un risque incroyable. Rien ne
permet de garantir ni dans un univers de contrôle des plantatations, ni en son absence que ça marche.


Octroyer des plantations aux secteurs en développement est cependant un bon principe. Même si cela ne résoud rien au fond, cela peut permettre d' accentuer ce qui trouve preneur, ce qu' attend le
consommateur, et permettre une réforme plus rapide qui aille dans le bon sens.


Ou encore se planter en plantant plus: ce que l' on croyait manquer trois à cinq ans avant.


Il y a tant de potentiel de production mal exploité qui ne trouve pas preneur. Avant il faut déjà sans doute réorganiser. Mais notre radeau continue sa dérive. Les phyto pourrissent l' ensemble,
et l' oenologie permet de palier les réformes de fond en nous donnant sans plantation les moyens de moduler le vin comme on le veut.


 


Le seul vrai avantage est qu' en dérégulant  cela pourrait responsabiliser et secouer le cocotier. Cependant justemant on ne veut pas que les gens réfléchissent .


Et si le négoce en désignant ce qui marche , va marcher gére une partie de l' octroi des plantations, l' avantage est en effet qu' il offre des contrats à long terme. Mais le négoce par
expérience ne peut vraiment garantir plus que quiquonque le long terme. 


En atomisant, en éclatant ceux qui peuvent réfléchir de ceux qui doivent agir, il faut toujours qu' il y ai des filtres ou des pondérateurs au milieu. Auparavant c' était l' administration.
Monsieur Chapoutier dit que le négoce peut remplir ce rôle.


Et si les producteurs eux-mêmes pouvaient le faire en le justifiant bien sûr. A l' intérieur des exploitations ne pourrait-on donner enfin un vrai espace de réorganisation, ou de liberté avec ses
propres données ?



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