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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 00:09

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Qui, mieux qu’Aubert de Villaine, pouvait incarner la candidature des Climats de Bourgogne au Patrimoine Mondial de l’Humanité à l’Unesco ? Dans un monde du paraître, des paillettes, cet homme droit, ce gentilhomme au sens premier du terme, ne cherche jamais à capter la lumière qui émane du domaine mythique de la Romanée-Conti dont il est copropriétaire, il tient son rang sans ostentation, avec l’élégance de ceux qui font, avec l’exigence qui sied à un homme en charge de la naissance six grands crus de vins rouges tous aussi extraordinaires : la romanée-conti, qui a donné son nom au domaine, la tâche, richebourg, romanée-saint-vivant, grands echezeaux et echezeaux, et un seul grand cru blanc du domaine le rarissime et fabuleux montrachet. Pour faire progresser un dossier comme celui de la candidature des Climats de Bourgogne au Patrimoine Mondial de l’Humanité à l’Unesco  dans les sphères, dites élevées, il faut cultiver l’art et la manière dit-on, user de diplomatie et de conviction, Aubert de Villaine y ajoutera son haut degré d’exigence.

 

L’accueillir sur mon petit espace de liberté est pour moi, à la fois, un grand honneur et une marque de considération de sa part qui me vont droit au cœur. Lorsque je l’ai sollicité, à la suite de la Conférence de presse, salle des Pôvres, le matin de la vente des Hospices de Beaune, et qu’il m’a répondu, avec sa courtoisie habituelle, qu’il se soumettrait avec plaisir à mes 3 questions j’en ai éprouvé une réelle fierté. Grand merci donc à Aubert de Villaine d’avoir trouvé dans son emploi du temps fort chargé le temps d’être mon invité.

 

Question 1 :

Bonjour Aubert de Villaine, sans jouer les érudits, dans ma jeunesse vendéenne, loin de la Bourgogne, Climats, avec un s et un C majuscule, évoquait pour moi un très beau roman d’André Maurois. Bien sûr, par la suite j’ai découvert les climats de la Bourgogne pour lesquels, comme le dit joliment Bernard Pivot « on ne lève pas les yeux au ciel mais on les baisse sur la terre ». Cependant, pour nos jeunes pousses qui abordent le monde du vin dites-nous, Aubert de Villaine, de quoi s’agit-il exactement ? 

 

Aubert de Villaine :

Comme vous j’ai lu dans ma jeunesse ce roman d’A. Maurois. Je viens d’essayer de le retrouver parmi mes livres, mais sans succès. J’ai bien sûr oublié son contenu, mais il s’agissait, je crois, plutôt des « climats du cœur », ce qui déjà nous éloigne de la climatologie science de l’atmosphère et nous rapproche des « climats » bourguignons, puisque ceux-ci, comme le cœur humain oserai-je avancer avec le risque de filer exagérément la métaphore, se caractérisent aussi par la diversité dans l’unité : unité globale d’un territoire de 50 kms de long sur à peine 1 km au plus large et sa succession de coteaux avec même orientation et même caractère géologique argilo-calcaire – mais aussi, sur ce mince ruban, une diversité extrême de nuances d’expositions, de sols et de microclimats. N’est-ce pas le propre du cœur humain que d’être un et divers ?  Nous, porteurs de la candidature, parlons souvent de la Côte, site des climats, comme d’un cœur qui bat, un et multiple à la fois. 

 

Les climats en Bourgogne ? « ce sont des parcelles de vigne révélées par leur potentiel viticole au regard de conditions géologiques et atmosphériques spécifiques, nommées en général depuis le Moyen-Age au moins et précisément délimitées (en premier par les murs des clos que l’on connaît parfois depuis au moins le 6ème siècle avec la loi des Burgondes) et qui se sont constituées par la différenciation des vins qu’elles produisent et par leur hiérarchisation ».

 

Un climat c'est donc une parcelle de vigne connue souvent sous le même nom depuis des siècles et qui possède une identité propre : culturelle à travers une histoire qui s'étend sur 2000 ans, naturelle telle qu’elle est définie par ses sol, sous-sol, exposition et microclimat particuliers. Le Clos de Vougeot, la Romanée Conti, le Clos de Tart,  le Corton Renardes, le Pommard Rugiens, le Montrachet sont des climats. On en décompte 1247 en Côte d’Or. 

 

« On peut s'interroger sur les processus humains qui, sur cet étroit ruban, ont conduit à différencier des lieux aux caractères aussi affirmés et à construire un parcellaire aussi minutieux. La réponse est en partie dans les contraintes et le risque qu'impose un vignoble situé aux limites septentrionales de la culture de la vigne, établi sur terrain calcaire, pentu, au sol peu profond, pierreux et qui s'oblige en plus à la culture d'un seul cépage, le pinot pour les vins rouges, le chardonnay pour les vins blancs ».

 

Ces contraintes à l'œuvre humaine constituent l'essence même des climats de la Côte d'Or. C'est elles qui ont permis la pérennisation de l'expression de la personnalité des lieux en tant que Projet de l’homme et de la nature. Les fameux « usages locaux, loyaux et constants » sont la réponse du génie humain aux contraintes naturelles, édifiée sur des siècles d’expérience, en vue de faire des vins d’excellence. 

 

Cette viticulture bourguignonne des climats a donné naissance à une économie et à une culture aujourd'hui plus vivantes que jamais qui ont produit et continuent de produire non seulement des vins internationalement reconnus, mais aussi des paysages remarquables - c'est la mosaïque des climats, si spectaculaire à l’Automne, qui s’étire de Dijon aux Maranges - et tout un patrimoine bâti, celui du vignoble et des villages, des villes de Beaune et de Dijon - avec un lien fort qui relie cet ensemble, la pierre calcaire. Roche-mère qui définit et hiérarchise les climats dont elle est le socle, pierre  de construction de tout le patrimoine bâti autour des climats : les murets, les cabotes, les églises, les cuveries… les labyrinthes de caves souterraines de Beaune et les Hospices ou le Palais des Etats de Bourgogne à Dijon…

 

Le « climat » en Bourgogne, c’est donc une oeuvre conjuguée de l'Homme et de la nature où génie du lieu et génie humain s'accomplissent ensemble – et ne peuvent que s’accomplir ensemble - dans le cadre d'une très longue durée historique.

 

Il en résulte que les climats de la Côte viticole de Côte d’Or et la constante référence au lieu pour caractériser les vins dont elle est le site emblématique sont aujourd’hui regardés dans le monde entier comme le modèle de la viticulture de terroir, son berceau et son archétype.

 

Quant au mot même de « climat », on le trouve utilisé officiellement dans les actes notariés depuis au moins le 16ème siècle, puis dans les premiers guides et traités à partir du 17ème, mais il est évident qu’il était usité oralement depuis bien plus longtemps. L’inclure dans le titre du dossier malgré les difficultés apparentes que peut présenter l’utilisation d’un mot du langage courant dans un sens particulier local nous a semblé une évidence. Comme le dit joliment Bernard Pivot, le président de notre comité de soutien, « la Bourgogne st la seule région au monde à avoir un climat dans le ciel et  des centaines de climats sur la terre… ».   

 

C'est donc l’idée de climat et la culture qu’elle a matérialisée autour d’elle qui sont au coeur de la Valeur Universelle Exceptionnelle qui justifie la candidature de la côte viticole au patrimoine mondial.

 

 

Question 2 :

Fort bien mais certains esprits chagrins vont objecter : pourquoi diable vouloir faire inscrire les climats de la Bourgogne sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco ? Sont-ils uniques ? Sont-ils en danger ? Je ne sais, dites-nous Aubert de Villaine qu’elle a été la genèse et les motivations de cette démarche de demande d’inscription ?

 

Aubert de Villaine :

Modèle de la viticulture de terroir, « le site culturel des « climats » est un conservatoire unique et vivant de savoir-faire et de traditions transmis et constamment enrichis que l’urbanisation et la banalisation actuelle des pratiques et des goûts pourraient rendre vulnérable ». De même, face aux tendances à l’uniformisation du monde, la protection de la diversité est un enjeu pour l’humanité,

 

Cette place unique dans le patrimoine de l’humanité de la culture des climats et du territoire qu’elle a construit, il nous semble important de l’affirmer aujourd’hui, certes pour démontrer au monde extérieur la vocation exceptionnelle de la Bourgogne, mais aussi et peut-être surtout pour faire prendre conscience à l’intérieur même du territoire de son caractère précieux, unique, patrimonial et qu’il est absolument impératif de veiller à ce que les moyens existent pour qu’elle perdure.

                                                                                                         

Et cela, nous le faisons en un moment de l’Histoire :

 

- où les règlements mondiaux et européens tentent de faire passer toutes les viticultures du monde dans un crible commun,

 

- où les AOC ont perdu un peu de leur aura et où on a le sentiment que l’I.N.A.O. sert plus à relayer les décisions européennes qu’à défendre nos spécificités françaises,

 

- où, dans un monde en mutation accélérée, il est capital de marquer les valeurs qui vous distinguent,

 

- où l’urbanisme dans le vignoble a besoin d’être maîtrisé (il est parfois presque top tard !) et où il est capital que la Bourgogne montre qu’elle est à l’avant-garde dans la protection de son patrimoine,

 

- où le développement durable a pris un poids essentiel et devient un critère déterminant de stratégie de développement et de conquête des marchés,

 

Question 3 : Le projet est sur les rails depuis avril 2009, le gouvernement français l’a en effet confirmé sur la liste des biens qu’il entend présenter à l’Unesco. Où en est le dossier ? Quelles sont les prochaines étapes que vous avez à franchir pour le constituer et le remettre aux autorités compétentes de notre pays fin 2011 afin d’être retenu parmi les 2 dossiers présentés annuellement à l’Unesco ?  Que peuvent faire mes lecteurs pour vous soutenir ?

 

Aubert de Villaine :

En Avril 2009 le Comité National des Biens Français a en effet confirmé le dossier des climats sur la liste dite indicative des dossiers qui pourraient être présentés au Comité International de l’Unesco. Depuis cette date beaucoup de travail a été réalisé tant au niveau de la démonstration de la Valeur Universelle Exceptionnelle du site – c’est le dossier dit scientifique qui est la base de la candidature – que de la mise en place d’un plan de gestion, élément lui aussi capital pour l’inscription puisqu’il consiste à prouver aux commissions de l’Unesco qui viendront inspecter le site que celui-ci possède les outils propres à le protéger et à assurer sa pérennité. On sait que l‘Unesco n’hésite guère à rayer un site de la liste du patrimoine mondial si celui-ci ne respecte pas les engagements pris lors de l’inscription.

 

Le 11 Janvier dernier, nous avons fait un point d’étape auprès du Comité national réuni par les Ministères de la Culture et de l’Environnement. Nous espérons maintenant être invités par le même Comité National à présenter notre dossier finalisé à la fin de cette année 2011.

 

Pour la suite il est préférable de ne pas en préjuger pour l’instant, sachant qu’on doit être choisi par l’Etat français parmi d’autres dossiers pour être l’un des deux que peut présenter la France chaque année, ce qui  ne peut pas être envisagé pour nous avant 2012 au plus tôt, vraisemblablement plutôt en 2013. L’Unesco a ensuite une année et demi pour examiner le dossier avant qu’il ne soit présenté officiellement pour être admis sur la liste du patrimoine mondial…ou refusé, ce qui est loin d’être rare : la France s’est vue à plusieurs reprises refuser des dossiers qui, dans ce cas, après révision, peuvent être présentés à nouveau à des sessions ultérieures. Comme vous le voyez le parcours des Climats de Bourgogne vers le patrimoine mondial est loin d’être arrivé à son terme !

 

Entre-temps ont été engagées de nombreuses actions de communication dont le but est de mieux faire connaître la candidature et d’encourager son appropriation par la population du territoire. Par exemple une exposition exceptionnelle de photographies évoquant la culture des climats est actuellement accrochée dans la cuverie du Château du Clos de Vougeot, siège social de l’association, après l’avoir été sur les murs du Palais des Etats à Dijon puis des Hospices de Beaune et avant de l’être au printemps prochain à Nuits-St-Georges.

 

On peut soutenir la candidature portée par l’Association pour l’inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO en rejoignant notre comité de soutien.

On peut s’inscrire sur le site : WWW.CLIMATS-BOURGOGNE.COM

 

 

N.B. Les phrases mises entre guillemets sont tirées de textes du Professeur Garcia de l’Université de Dijon qui supervise présentement la publication en un volume des contributions des nombreux chercheurs (historiens, géographes, géologues, sociologues, économistes, biologistes…) qui se sont mobilisés pour fournir le matériau scientifique du dossier de candidature.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

yves 03/02/2011 21:52



le portail du site climats-bourgogne lors  de sa mise en ligne souffrait d'un français très approximatif, je l'ai signalé, les corrections ont été faites: je veux bien une caisse de Romanée
pour service rendu



JACQUES BERTHOMEAU 04/02/2011 07:40



le tombeur de boudins nantais donne dans la correction et revendique le prix sans doute pour épater ses poufs



Luc Charlier 03/02/2011 14:25



Monsieur l’auteur d’un célèbre rapport (si, si), qu’on aurait bien fait d’écouter in illo tempore, expliquez-nous tous les
avantages du classement à l’Unesco, qui sont financiers bien entendu. Et pourquoi la France y postule-t-elle si souvent ?


La PLUS MAUVAISE dégustation professionelle importante que j’aie jamais faite de ma vie a eu lieu au Dieweg (où Hervé Lalau a son
bureau). On y a goûté, à l’aveugle, entre 25 et 30 échantillons - envoyés par une association professionnelle officielle - de vins rouges (évidemment) du ... Clos de Vougeot (AOC). Vive les
climats bourguignons !


A l’opposé, deux des meilleures portaient sur ... Cairanne (pas d’AOC propre à l’époque) et sur Bandol (en rouge, alors que
l’appellation produit actuellement plus de 60 % de rosé).


Et
pourquoi pas le concours du cracheur de noyaux de cerise ? Ou du meilleur assassin de François de Grossouvre ? De Céret à l’Elysée, les premiers noyaux voyagent très bien chaque
année.



Annie Caburet 02/02/2011 08:11



Cette affaire de climat ne passe-t-elle pas à côté des changements de climat à venir ?



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