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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 00:04

 

La terre remuée fumait dans l’air frais du matin et des achées rouge brun se tortillaient dans les raizes. Nous venions tout juste de terminer le bêchage sous un soleil naissant qui m’avait mis en nage. Pendant tout notre ouvrage nous n’avions pas échangé une seule parole. Perchés sur les branches des arbres fruitiers environnant les passereaux  guettaient notre départ pour aller se repaître dans le garde-manger dont nous venions d’extraire leur pitance favorite. J’avais soif. Raymond s’épongeait le front et le cou avec son grand mouchoir à carreaux. « Bonjour tonton ! » La voix était enfantine. Elle provenait d’une jeune et belle plante, aux joues rose tendre tachées de son, rousse flamboyante, juchée sur un vieux vélo rouge dans l’intervalle du barreau que j’avais laissé ouvert. « Bonjour petite fleur » lui répondait mon Raymond. Sa jupe corolle laissait voir des genoux harmonieux qui annonçaient des cuisses fines et fermes. « C’est Marie-Églantine, la fille de ma sœur Lucette… » Avant même que Raymond n’embraye sur ma présentation la mignonne, en plantant ses yeux verts dans les miens, lui demandait « et lui tonton qui c’est ? »

- Quelqu’un de pas très fréquentable petite fleur…

- Alors pourquoi tu le fréquentes tonton ?

- Parce que je suis vieux mon cœur…

- Et moi je suis jeune…

- T’as tout compris ma cocotte.

- Oui tonton mais il est beau.

- C’est bien ça le problème mon Églantine…

Appuyé sur mon manche de bêche je me gardais bien d’intervenir dans leur échange trop content que j’étais de laisser Raymond faire son petit numéro. Je contemplais Marie-Églantine. Elle avait une taille fine soulignée par une large ceinture et, lorsqu’elle descendit de sa bécane, en se penchant pour la poser tout contre l’un des piliers du barreau, la fente de sa poitrine me donnait le vertige. Raymond se marrait en douce. En quelques enjambées de cabri Marie- Églantine venait se planter face à moi. Je lui tendais la main. « Embrasse-là crétin ! » Je m’exécutais de bonne grâce en m’entêtant du parfum sucré de sa peau de rousse.

L’irruption de Marie- Églantine bouleversa nos plans. Elle nous fit du café. Raymond m’observait du coin de l’œil en trempant sa tartine beurrée. Pour ne rien vous cacher mon imagination galopait sur fond du babillage de la jeune effrontée. « Tonton Raymond me traite toujours comme une gamine mais je vais avoir dix-huit ans. Je passe mon bac en juin… Et toi, tu fais quoi ? » « Des affaires… » répondait goguenard Raymond. Elle s’en fichait. Enchainait « c’est quoi ton prénom ? »  « C’est un secret d’État petite fleur… »  pouffait le Raymond. « Tu es un espion ? » Je dodelinais de la tête en prenant un air de cocker triste. « Je t’ennuie avec toute mes questions stupides » enchaînait-elle en papillonnant des sourcils « quand tu en auras envie tu me diras… »  Raymond se gondolait « méfies-toi petite fleur, c’est un prédateur. Il te dira tout quand tu lui auras tout donné… » Je le coupai un peu furibard «  tu pousses le bouchon un peu loin papy. Tu me tailles un costar qui ne me va pas. Moi je ne m’attaque jamais aux jeunes filles en fleur… ». Marie- Églantine me fusillait du regard et se regimbait « te fais pas de mouron beau gosse c’est moi qui décide ! ». Ça coupait la chique au Raymond. Je tendais ma tasse pour que la rebelle me serve du café et j’enchainais sur un tout autre sujet : le couple infernal, formé par les deux poitevins, Marie-France Garaud et Pierre Juillet, qui sévissait auprès du président Pompe.

Le Tout Paris bruissait de leurs manœuvres et de leurs intrigues. La vieille garde gaulliste ronchonnait, elle renâclait face aux initiatives du sémillant Chaban pour desserrer l’étreinte du contrôle des médias, Desgraupes et sa clique les exaspéraient. Le père de Marie, lorsque nous avions passé notre soirée avec lui nous avait dit pique pendre sur ces réactionnaires. La Marie-France était redoutablement méchante. Telle une araignée elle tissait patiemment sa toile pour engluer le père de la Nouvelle Société et l’éliminer du jeu. Des amis de Chaban, inquiets de son influence néfaste auprès de Pompidou, m’avaient fait discrètement contacter, à mon retour de croisière, pour que je monte un coup tordu pour la discréditer. Avant de leur répondre j’avais fait procéder à une petite enquête par les fouilles-merdes de la grande maison. Conclusion : la plante était hautement vénéneuse, carnivore, perverse et suffisamment tordue pour déjouer une attaque par la bande. En dépit de ce diagnostic catastrophique j’avais donné mon accord mais, comme je ne souhaitais pas mouiller Chloé qui aurait pu m’introduire au Secrétariat Général, grâce à sa chère mère, je ne savais pas comment m’y prendre pour pénétrer dans l’entourage de l’éminence grise en jupon. En m’écoutant, Raymond se marrait en tétant sa roulée du matin. Marie-Églantine, qui s’était posée sur le coin de la table, prenait un air mutin et susurrait « on le lui dit tonton ? » Raymond opinait. « Maman pourrait vous aider, elle s’occupe du pool des secrétaires de l’Elysée… »

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