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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 00:02

Mon histoire de ce matin est un deux en 1, car avec moi tout commence souvent par une lubie, un grain de folie, pour finir non pas par des chansons mais sur le même petit refrain : tiens voilà un joli vin. Aujourd'hui c'est un vin diablotin du "domaine de la femme allongée" C'est parti !
 
En le découvrant, au lendemain du Second Conflit mondial du XXe siècle, haut perché, un peu gauche, frêle et dégingandé comme un gamin qu’aurait poussé comme une asperge, rouge vif comme un puceau timide et hésitant, lui qui venait de traverser l’Atlantique, un beau modèle du Nouveau Monde, dans ma Vendée crottée et étriquée, les paysans du bocage, bien aidés en cela par leurs pieuses épouses, pensaient que le malin, ce diable fourchu et cornu dont le curé leur rebattait les oreilles, s’était travesti dans ce petit monstre agile qui allait, ça ne faisait aucun doute, les foutre dehors de leurs métairies. Trop de bras, pas assez de terre, les chevaux-vapeurs poussaient les jeunes gars à s’engager aux chemins de fer et les filles à se gager chez les bourgeois des grandes villes. Les grandes bâtisses allaient se vider. Les familles s’éparpiller. Un nouvel exode, rapide et sans retour, le début d’une « Révolution » qu’un petit gars du Puy-de-Dôme, pur produit de la JAC, qualifiera de « Silencieuse ».

 

Dieu qu’il était beau ce diable rouge ! Un beau rouge vermillon qu’aucune femme d’ici n’aurait jamais osé se parer. Un rouge de fille de mauvaise vie, pulpeux et lisse tel le rouge baiser de Bourgeois. Présenté au Salon de l'Agriculture à Paris en 1935, le Farmall F12 d’International Harvester (littéralement « tout pour les fermes ») Illinois, surprit les agriculteurs français par sa roue avant unique et ses grandes roues arrière dépourvues de garde-boue. Bien peu de ces étranges engins, avant la guerre, pénètreront dans une Vendée encore fidèle à ses bœufs et à ses Parthenaises de labour. Trop cher à l’achat, avec lui on mangeait du bel argent alors qu’avec nos ruminants, lorsque sonnait l’heure de leur retraite, le prix de leur viande arrondissait le portefeuille. Mon Farmall à moi, le modèle H, avec ses roues avant jumelées, né en 1946, est un tracteur du baby-boom, un enfant du plan Marshall bien adapté à l’exigüité et à la sinuosité de nos champs bocains enserrés de hautes haies. Et, comme promis, tout en bas, il est là : " le diable rouge "

 

Étrange télescopage entre un monde englouti, immobile, routinier, où dominaient le noir et le gris et ce bel objet rouge vif, pétaradant, dessiné par le grand designer Raymond Loewy, un français qui a fait ses études au lycée Chaptal, naturalisé américain en 1938, créateur de logos célèbres pour les plus grandes marques : Coca Cola, Shell, LU et dessinateur en 1953 de la fameuse Studbaker. Irruption d’une modernité belle et séduisante dans un monde qui exècre le paraître. Loewy est un perfectionniste, attentif au moindre détail – il redessinera le logo pour renforcer la puissance de la marque IH – ses efforts porteront sur l’ergonomie du poste de conduite : il regroupe les instruments de bord pour qu’ils soient facilement lisibles, il place les leviers et les pédales à bonne portée pour qu’ils soient faciles à manier. Pour moi le Farmall des années 50 est le seul et unique beau tracteur que l’on n’a jamais créé. C’est un objet rare, mythique, le symbole d’un temps conquérant, celui de ma jeunesse sauvageonne en culottes courtes où je rêvais de poser mes fesses dans le baquet de ce Farmall haut sur pattes, de manier son grand volant tel un Fangio du bocage, de partir sur les chemins de terre conquérir un peu de liberté. Péché d’orgueil, déjà, mes pieds n’atteignant pas les pédales je devais me contenter d’un humiliant sur-place au milieu des poules et des poulets indifférents à mes rêves de gloire.Et, comme promis, tout en bas, il est là : " le diable rouge " allez-y, descendez si vous voulez monter au ciel avec le diable...


C'est un Saint-Chinian Le Diable rouge 2007 45% grenache, 30 % Syrah, 25 % mourvèdre, qui va comme un gant de velours à ma chronique, il provient du " Domaine de la femme allongée ", une appellation qui me comble d'aise, il est l'enfant de  Fabienne et de Jean-Paul Gracia à Villespassans 34 360  Tel : 04 67 93 51 16 / 06 50 59 11 24 mail : jean-paul.gracia@wanadoo.fr acheté à la Cave des des Martyrs, au 39 de la rue, c'est le IXe arrondissement, à 7,30 euros www.lacavedesmartyrs.com . Je ne l'ai pas encore eu le temps de le goûter mais la maison où je l'ai acheté est une maison de confiance alors, faites comme moi, qui ai ce matin du rouge plein les yeux, achetez-le les yeux fermés...

Vous pouvez, pour celles et ceux qui n'ont pas encore adhéré à l'Amicale des Bons Vivants, aller à la rubrique PAGES (en haut et à droite du Blog) consulter la Wine News N° 48  « Profession de foi de l’Amicale des Bons Vivants » Tous les détails pour adhérer.

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