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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 08:00

Le vin était bon. Lucienne l'écoutait. Au dessert, les mots n'étaient plus nécessaires. Leur pacte scellé dans le marbre de l'amitié ils sentaient qu'ils venaient d'ouvrir un large portail sur de l'extraordinaire, et que même s'ils étaient un peu pompette, demain serait un beau jour. Léon dans son euphorie ne sentait pas dans son dos les regards lourds des gens honnêtes qui déjà fabulaient sur cette Lucienne qui s'affichait avec un jeunôt qui avait une tête de parigot. Faut avouer que la Lucienne n'en était pas à son coup d'essai dans le domaine du défrisage des ça ne se fait pas. Depuis que son père, pharmacien du village, s'en était allé dans le ciel des athées, et qu'à 18 ans elle avait décidé de reprendre les vignes familiales, elle s'ingéniait à ne rien faire comme tout le monde, non par esprit de contradiction, mais par indépendance d'esprit. Dans le désordre, et sans volonté d'exhaustivité, elle était restée fidèle adhérente à la cave coopérative pour la part du vignoble héritée de son père, et elle faisait son vin pour les vignes qu'elle avait acquis au fur et à mesure des années ; elle ne s'était jamais mariée ; elle avait deux enfants ; elle chantait à la chorale ;  pratiquait le roller ; parlait anglais ; voyageait beaucoup ; gagnait de l'argent ; aimait les fêtes et les toilettes ; restait loin des combines des multiples chefs de tribus.

Léon se levait de bonne heure. Le café était prêt. Il en but un grand bol, chaussa des pataugas et suivi du chien de la maison, et il partit dans les vignes. Lui l'habitué du macadam se sentit de suite écrasé par la splendeur du lieu. Le silence profond renforçait ce sentiment de n'être qu'un tout petit homme sans grand intérêt. Plus il progressait dans l'océan de ceps plus il trouvait son projet dérisoire mais quand il atteignit le sommet du côteau les paroles de Lucienne lui revenaient en mémoire et il reprenait courage. Le lendemain soir, lorsqu'il reposa le pied sur le quai de la gare de Lyon, toutes ces images, toutes ces effluves, il les transmit à sa Clairette qui était venu le réceptionner. Ils papotèrent pendant une longue tranche de la nuit. Les dés étaient jetés. Le petit Pochon, fils du gros Pochon, propulsé par ses rêves, boosté par son pacte avec Lucienne, heureux d'éblouir Clairette par sa témérité, s'engageait le coeur léger dans une résistible ascension, une geste inutile, une forme d'élégance morale, un esthétisme gratuit, pour le meilleur et le pire. Le pire pour l'heure étant pour le présent narrateur de savoir ce qu'il va bien pouvoir inventer pour vous passionner et vous tenir en haleine.

à suivre

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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