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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 00:09

Réfléchir ensemble à son avenir, faire bouger les lignes, ne pas s’en remettre à la facilité du statu-quo, choisir, décider de bâtir de nouveaux outils, innover, c’est le Cap qu’a choisi l’équipe dirigeante de la Cave de Florensac, emmené par son Président Thierry Coste. Les temps sont durs, dans le monde du vin en vrac l’économie des échanges est inégal du fait de l’inorganisation des offreurs et de l’économie de cueillette qui prévaut chez beaucoup d’acheteurs. J’ai beaucoup écrit sur ce sujet, prêché dans le désert goguenard de ceux qui s’accommodent du maintien et de l’entretien de rapports de forces d’un autre âge. Des occasions perdues à la pelle qui laissent la porte ouverte aux GCC : les Gros Cons Cagoulés qui vont déposer des bombes au domaine de la Baume à Servian. Geste anonyme, même s’il est revendiqué par le CRAV, lâche, qui ne débouche que sur le fait divers. J’ai connu au temps de mes responsabilités ministérielles, en Languedoc, en Bretagne ou en Corse la rhétorique de la violence, le double langage, les chefs manipulateurs,  pure justification de l’incapacité des groupuscules à affronter les choix nécessaires.

 

Mais revenons aux 260 vignerons coopérateurs de Florensac qui, sur leurs 1100 ha de vignes complantées essentiellement en cépages aromatiques : cabernet-sauvignon, chardonnay, merlot, sauvignon, syrah, viognier, produisent des vins de pays 50% de blancs, 25% de rosé et 25% de rouges vendus à 95% en vrac dans le cadre de contrats de partenariat avec de grands opérateurs. Le choix qu’ils ont fait, courageux, novateur, d’innover, de bâtir une vitrine de leur savoir-faire, alliant mise en avant des vins, proposition d’une gastronomie de qualité et l’accueil d’évènements, en créant Vinipolis doit être salué à sa juste valeur. De plus, ce qui ne gâche rien, la réalisation résolument tournée vers le XXIe siècle, est à la hauteur des ambitions affichées. L’espace Vinipolis m’a de suite plu car il allie le contemporain, la fonctionnalité à la convivialité propre au monde du vin, surtout dans l’espace de restauration. Bien sûr, les anciens ont du se trouver, au départ, un peu dépaysé dans cet univers ludique et colorisé mais, comme il n’y a aucun parti-pris de choquer, je pense que cet espace, ouvert et lumineux, constitue une magnifique passerelle générationnelle qui devrait permettre, ce qui a été trop longtemps négligé, la transmission. De plus, même si la vente reste l’objet principal du lieu, il ne donne pas le sentiment d’un simple temple de mercantis.

Je ne suis pas très fan de l’appellation oenotourisme car elle trop restrictive, sauf pour les accros du vin, mais à Vinipolis l’approche des concepteurs dépasse les limites étroites d’un produit touristique au sens strict. Le 3 en 1 : espace de vente-vins, le Bistrot d’Alex et la salle de réception pour séminaires et réception, permet d’ouvrir le spectre des possibilités de toucher le plus grand nombre et de faire évoluer le produit en fonction des demandes. Vinipolis est un complexe à la fois intelligent et à fort potentiel. Dès l’entrée dans l’espace-vente, qui surplombe un chai à barriques visible grâce à un dallage vitré, ce qui frappe, outre la luminosité, c’est une utilisation simple et ludique des codes couleurs. En un seul coup d’œil la concordance couleur, entre les bornes dites « oenothématiques » et l’offre produit présentée, est simple à saisir. Le côté ludique et interactif, grâce aux écrans, me semble dédramatiser l’exercice de la dégustation. Je n’entre pas dans le détail mais le désir de s’informer du futur acheteur n’est pas ici soumis à une quelconque forme de jugement de valeur. Et puis, pour les nouvelles générations, ça fait parti de leur univers. Le responsable, Hicham Roubal, me faisait remarquer que très souvent, les déjà initiés au mode de fonctionnement des bornes, prenaient à leur compte le processus de découverte et de dégustation. Point intéressant, pour ceux qui ne viennent qu’acheter l’espace est en libre-service.

 

Mais, en dehors de l’approche purement vin, ce qui m’a séduit dans la démarche des concepteurs de Vinipolis c’est que pour les métiers qui ne sont pas les leurs : restauration et réception ils se sont associés avec de vrais professionnels. On ne s’improvise pas restaurateur ou traiteur. Le Bistrot d’Alex, qui est un bel espace, agencé et meublé avec un goût simple et sûr, très tendance, a été confié au chef Alexandre Fabre associé à Jean-Claude Fabre, tous deux ayant fait la réputation de Léonce à Florensac. Je n’ai pu déjeuner car le restaurant était « maintenance technique » mais l’approche produits : ceux de la mer avec des poissons de la criée d’Agde et des coquillages de l’étang de Thau, et ceux de l’Aveyron tout proche : bœuf et volailles à la plancha ou à la rôtissoire, me semble être d’excellente facture. Bien évidemment les vins servis proviennent de l’espace contigu à des prix très doux. Et, cerise sur le gâteau, le bistrot d’Alex est ouvert pour le déjeuner du dimanche ainsi que l’espace-vente. Bravo Vinipolis ! Pour l’espace réception, si je puis me permettre une légère critique, je le trouve encore un peu froid et impersonnel, trop Sofitel, mais, avec l’aménagement de l’espace extérieur de 2 ha et quelques touches de ci-delà : un peu de technologie et de vie aux murs, l’ensemble devrait rejoindre la qualité des deux autres.

La voile latine, aérienne et légère, image de la cave de Florensac, me semble bien appropriée au projet de ses dirigeants. Ils ont pris le bon cap, sans que pour autant la navigation leur soit facilitée. Sans vouloir les faire crouler sous des lauriers je peux me permettre d’écrire et de souligner que, ce qui me semble le plus important dans la démarche stratégique du président Costes, c’est tout d’abord qu’elle a été menée avec ses coopérateurs, qu’ensuite elle a débouché sur des choix clairs et opérationnels et qu’enfin elle a marqué une rupture avec ce qui plombe trop souvent la gouvernance des caves coopératives : l’isolement du couple président-directeur et le mélange des métiers. Dans le grand théâtre languedocien, où les jeux des initiés priment trop souvent sur l’intérêt des vignerons et le bien public, les décideurs politiques et professionnels feraient bien de s’inspirer du professionnalisme de leurs collègues de Florensac. Longue vie à Vinipolis ! Merci à Hicham Roubal pour son extrême gentillesse et surtout sa force de conviction et d’enthousiasme. Et si vous passez du côté de Florensac à l’heure du déjeuner allez donc vous restaurer au Bistrot d’Alex je suis persuadé que vous ne serez pas déçu du voyage.

Rappel : adhérez à l'ABV pour que triomphe le bien vivre à la française : pour les formalités d'adhésion vous reporter à la fin de la chronique "Mon Plan de Relance : investir dans le bien vivre en adhérant à l’ABV" en cliquant sur son titre (colonne de droite du blog). J'y reviendrai car seul un vrai réseau amical et convivial nous permettra de mener à bien le combat contre les sinistres cavaliers de l'Apocalypse de l'abstinence. Et ne me dites pas que vous n'avez pas le temps !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Irène Tolleret 06/03/2009 19:18

Le goût d'un Cabernet du Languedoc n'est pas le même que celui de Bordeaux ni que celui de la Coonawarra. Et si la force du Languedoc résidait justement dans le fait que les 2 offres coexistent : des vins de cépages tous simples, savoureux, avé l'accent, pour recruter des consommateurs apeurés par la complexité de nos AOC (des américains, des chinois...), et des AOC fédérées (on peut toujours rever) autour du nom de famille Languedoc, avec leur personnalités propre comme tout membre d'une famille, leurs qualités et leurs défauts qui font leur charme, cette accroche culturelle permettant de fidéliser ces millions de consommateurs qui ne nous connaissent pas encore...Donc vive le Languedoc dans toute sa diversité, et vive Vinopolis, et tout à fait d'accord avec Michel sur les GCC...

David Cobbold 06/03/2009 08:51

Que serait le monde du vin sans un Michel Smith râleur ? Il a raison en principe sur les cépages dits "locaux", encore que la définition de ce qui est "local" n'est pas si aisé que cela (d'où vient la garnacha, Michel ?). Mais surtout parce que voyager implique changer de cadre, décourvrir d'autres paysages et goûts (ou langues quand on quitte nos frontières). Cela dit, l'expression d'un cabernet en Languedoc n'est pas la même qu'à Bordeaux. Le goût du vin doit largement autant au producteur et au climat local qu'au cépage.

Michel Smith 06/03/2009 08:21

On passe souvent beaucoup trop vite sur l'autoroute aux abords de Florensac. Au temps ou JC Fabre avait son Léonce et ou les tolérances alcooliques étaient plus souples pour les habitués de la route, l'étape à Florensac était quasi obligatoire.
Je vais donc m'y arrêter la prochaine fois en espérant que les gendarmes du cru feront la sieste, que les vins seront à la hauteur et que je pourrais goûter les cépages locaux, carignan en tête, plutôt que de me farcir la sempiternelle gamme insipide de cépages dits "aromatiques". Je ne veux pas jouer les habituels râleurs de service, encore moins endosser le rôle du contradicteur systématique, mais de grâce laissons le sauvignon à la Loire, le cabernet au Médoc, le merlot au Libournais, la syrah au Rhône et le chardonnay à la Bourgogne. Il y en a d'excellents dans le Midi, certes, mais quand il s'agit de tourisme culturel oeuvrons plutôt pour la culture du pays dans lequel nous sommes et non pour la copie de spécialités extérieures à la région.
Je ne veux pas non plus accaparer cette boîte à commentaires avec un discours qui sera jugé comme rétrograde et chauvin, mais par pitié soyons un peu plus ambitieux dans la mise en avant de nos cépages "locaux" et de notre culture viticole. Quand mes amis étrangers, y compris les parisiens, goûtent nos grenaches, nos cinsaults ou encore nos alicantes, lorsqu'il en reste, ils sont carrément "espantés" ! Ces centres oenotouristiques déjà expérimentées avec succès par Georges Duboeuf au Sud de Mâcon doivent être encouragées, je suis le premier à le souhaiter. Le problème c'est que la maréchaussée nous attend à la sortie au point que les touristes n'osent même plus acheter leurs vins à la source de peur de se faire alpaguer au moindre milligramme d'alcool.
Quant à la poignée de GCC du CRAV qu'ils aillent se faire sauter au diable...

JACQUES BERTHOMEAU 06/03/2009 08:57


Cher Michel, j'ai omis d'écrire qu'à Florensac ils font du Picpoul de Pinet pour le reste je ne ferai pas de commentaires sur ton commentaire sauf qu'ils ne sont pas chauvins à Florensac puisqu'ils
vendent des vins de Duboeuf dans leur espace. Et puis faut aussi penser aux jeunes cher Michel pourvu qu'ils commencent après grâce à tes conseils y évolueront bonne journée et pense à faire des
recrues pour l'ABV


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